Nous avons, dans notre numéro du 13 janvier dernier, rendu hommage à la vie si bien remplie de Mathieu de Dombasle, à sa mémoire si digne de vénération. Aujourd'hui nous avons à annoncer qu'un digne tribut va lui être payé. Une souscription, qui a bien le droit de s'intituler nationale, est ouverte, dans les bureaux du Cultivateur, rue Tanume, n° 10, pour l'érection à Nanci d'un monument en l'honneur de l'illustre fondateur de Roville. Une commission, qui sera composée de pairs de France, de députés, de membres de l'Institut et de nos principales illustrations agronomiques, sera chargée des soins que réclamera l'accomplissement de ce projet.--Une autre souscription remplit aussi les colonnes du National, qui le premier en a eu l'idée, et de la plupart des journaux des départements. Elle a pour but d'offir une épée d'honneur au contre-amiral Dupetit-Thouars. Bien qu'un maximum bien bas ait été fixé pour chaque offrande, le chiffre de cinquante centimes, une somme considérable se trouve déjà réalisée par suite de l'influence des innombrables citoyens qui sont allés se faire inscrire.
Le modèle du tombeau de Napoléon est terminé; voici en quoi consiste ce spécimen. Il se compose de douze pilastres ayant entre chacun d'eux un entre-colonnement à jour bordé d'une galerie circulaire. Cette galerie communique à deux escaliers dont l'issue aura lieu par le souterrain qui doit communiquer de l'église (près du chœur) à la crypte. Douze figures de Victoires, tenant chacune une couronne à la main, décorent le pourtour de celle-ci. Ces statues, d'une proportion gigantesque, sont adossées contre les pilastres. Au-dessus règne une large frise décorée d'allégories et de bas-reliefs. Le sarcophage qui doit renfermer le cercueil impérial ne dépasse pas le niveau du sol. Cette mesure a été adoptée, afin de ne rien ôter de l'harmonie générale de l'architecture du dôme, et de lui conserver tout le cachet historique de l'époque de Louis XIV. A la hauteur du sol, et tout autour de la crypte, est établie une enceinte bordée d'une balustrade à hauteur d'appui, d'où le public pourra voir tout l'ensemble du monument. Il n'a été fait sur ce modèle aucune inscription. La commission a décidé qu'on y graverait seulement le nom de Napoléon, Enfin, on a décidé que l'épée de l'empereur, ainsi que son chapeau, la couronne impériale, la couronne de fer et la décoration de l'ordre de la Légion d'honneur, qu'il a instituée et qu'il portait à Sainte-Hélène, seraient déposés sur sa tombe.
M. de Sausm, évêque de Blois et doyen de l'épiscopat français, vient de mourir au chef-lieu de son diocèse, il était né le 11 février 1756. C'était un proche parent de Condorcet. Après avoir été grand vicaire de Valence, il fut nommé évêque de Blois lors du rétablissement de ce siège épiscopal en 1822. Nommé plus tard à l'archevêché d'Avignon, il refusa. Il refusa également la croix d'honneur: «J'ai assez, dit-il, de ma croix d'evêque.» Vivant trés-modestement, il employait ses revenus à des actes de bienfaisance.--Monseigneur l'évêque de Blois rendait le dernier soupir le 6; le 7, M. de Tournefort, évêque de Limoges, succombait à une longue et douloureuse maladie, dans sa quatre-vingt-troisième année. Son testament, déposé au greffe du tribunal, établit que ce prélat meurt dans un état de pauvreté complète, et ne laisse pas de quoi pourvoir aux frais de son inhumation.
Chronique musicale.
THÉATRE-ITALIEN: Corrado d'Altamura; I Puritani.--L'ORPHÉON.--THÉATRE DE L'OPERA COMIQUE: Oreste et Pylade.
Vraiment le Théâtre-Italien est d'une activité merveilleuse et qui devrait faire rougir de honte nos deux théâtres lyriques français. En six mois, il fait autant ou plus de besogne que ses deux concurrents n'en font dans toute une année. Nous avons déjà rendu compte de Belisario, de Maria di Rohan, du Fantasma, sans compter les reprises d'ouvrages anciens, auxquels des chanteurs nouveaux donnaient un vif attrait. Voici une dernière reprise et un dernier opéra inconnu jusqu'ici en France, qui vont clore dignement une saison si bien employée.
L'opéra nouveau est intitulé: Corrado d'Altamura. Il a trois actes, on plutôt deux actes, dont le premier est divisé en deux parties, pour ménager l'attention des auditeurs. Il est de M. Frédéric Ricci, jeune compositeur italien qui a fait tout exprès le voyage pour le faire représenter et assister aux répétitions.
On n'exigera pas de nous de grands détails sur le libretto que M. Frédéric Ricci a mis en musique. Corrado n'est pas un géant comme le sont d'ordinaire les héros d'opéra: c'est un père, un père tendre, qui adore sa fille et n'entend pas raillerie sur les mauvais tours qu'on lui joue. C'est ce qu'un certain chevalier félon, appelé Roger, apprend bientôt à ses dépens.
Roger s'est fait aimer par la belle Delizia, fille de Corrado, ou Conrad. Il lui a promis mariage; il porte à son doigt l'anneau des fiançailles, gage de leur foi mutuelle. Il doit l'épouser après la campagne. Mais le drôle est ambitieux. Le grand chancelier de Sicile, qui ne sait rien des engagements de Roger, lui offre sa fille, et Roger accepte sans se faire prier. La fille d'un chancelier est bonne à prendre. Mais Bonello ne laissera pas le crime s'accomplir.