En 1844 au moment où je recueille ce souvenir encore récent, je suis à la veille de me retirer des affaires, comme on dit, et d'aller vivre à Batignolles avec ma femme, qui m'a donné deux fils et qui m'en promet un troisième. Le ciel m'a béni; je lui demande la même faveur pour ma postérité.
Quant à mon ami Achille, il cherche, à l'heure qu'il est, à se faire enlever par une riche veuve, et, de temps en temps, il monte en omnibus pour y rencontrer des héritières.--Il mourra gamin.
P. de K.
Améliorations des Voies Publiques.
Dans notre précédent article sur les nouveaux percements de rues projetées ou en cours d'exécution dans Paris, nous avons établi une distinction nécessaire entre les projets qui n'ont pour but que la mise en valeur de terrains jusqu'alors improductifs, et ceux qui satisfont à un besoin réel de circulation. Les premiers sont habituellement le fruit de spéculations particulières; les autres répondent surtout à l'intérêt général.
Malheureusement nous n'avons guère à signaler sur la rive gauche de lu Seine que des projets peu importants au point de vue de la circulation.
Cette situation fâcheuse de la rive gauche tient à plusieurs causes. La principale vient de sa constitution même; c'est pour ainsi dire un vice organique, une maladie de naissance. La plupart des quartiers situés de ce côté de la ville, et principalement ceux du 10e arrondissement, se sont établis par un mouvement qui leur était propre et en dehors du système général de la cité. Sur la rive droite, la ville avait déjà triplé son étendue et brisé trois enceintes, qu'elle se renfermait encore, sur la rive gauche, dans les remparts élevés par Philippe-Auguste, et qui avaient soutenu les assauts de Henri IV. A ce moment la cour se transportait à Versailles; la noblesse, qui abandonnait ses demeures féodales, vint se fixer à Paris, et, par une attraction inévitable, construisit ses hôtels le long des routes qui conduisaient à la résidence royale. Alors s'ouvrirent et se bâtirent comme d'un seul jet toutes ces rues parallèles à la Seine également distantes les unes des autres, et dans une direction unique vers la route de Sèvres et de Versailles.
De ce seul fait dérivent toutes les conséquences actuelles. Versailles abandonné et désert a causé la solitude du noble faubourg.
En effet, si l'on examine le plan de la rive gauche, on verra qu'elle ne compte des rires perpendiculaires à la Seine, communiquant avec l'autre rive et rayonnant au centre, que dans les vieux quartiers antérieurs à cette subite extension; les rues Saint-Jacques et de La Harpe, artères du quartier de l'Université; la rue Dauphine, artère du quartier Bussy, dont la rue de Seine forme la limite; au delà, la rue du Lac, ancienne route qui a conservé son activité première, et la rue de Bourgogne, offrent seules un débouché.