Il a fait acte de justice en se montrant moins hostile envers M. Corot.
L'Incendie de Sodome, par M. Corot, est une belle et large composition, pleine d'effet, et où se trouvent réunies toutes les excellentes qualités qui distinguent son talent. Qui pourrait croire qu'un pareil tableau ait été refusé l'année dernière, et que le célèbre paysagiste ait été obligé d'en rappeler, comme on dit à la Correctionnelle? M. Corot est bien vengé par ses œuvres elles-mêmes; elles protestent éloquemment contre l'exclusion brutale dont elles avaient été frappées.
L'incendie de Sodome, tableau par M. Corot.
La Sainte Elisabeth de M. Glaise est une œuvre estimable, et par là nous voulons dire un de ces tableaux bien faits, mais peu saillants, où il est presque impossible de signaler des défauts, mais où, en revanche, les qualités n'abondent pas. M. Glaize, plein d'avenir et de talent, nous remet à l'année prochaine sans doute. Sa Sainte Elisabeth est bien peinte; la tête a un admirable caractère de piété.
M. Auguste Charpentier nous donne une Adoration des Bergers, sujet fréquemment traité, où un grand nombre de peintres ont échoué. M. Auguste Charpentier s'en est tiré à son honneur, et il y a vraiment lieu à le féliciter. La composition de son tableau est savamment ordonnée; les groupes sont habilement disposés; mais pourquoi la couleur n'est-elle pas plus harmonieuse, et surtout plus vigoureuse? M. Auguste Charpentier possède un talent de dessinateur si remarquable que nous lui souhaitons un vrai talent de coloriste. Ses autres ouvrages accusent tous un incontestable mérite, et les portraits qu'il a exposés rappellent ceux qui l'ont tout d'abord placé au premier rang parmi nos portraitistes.
Un jeune peintre, M. Baudron, a droit à nos éloges pour son Annonciation de la Vierge, purement dessinée, de couleur assez brillante, et où nous avons distingué quelques inexpériences de composition. M. Baudron appartient à l'école ingriste; son tableau nous porte à croire qu'il s'est un peu affranchi des règles du maître quant à la couleur.
M. Adolphe Leleux a déjà fait ses preuves; il a exposé de délicieuses scènes bretonnes qui l'ont mis du premier coup au nombre des peintres de genre les plus distingués. Ses Paysans picards sont des portraits véritables. Rien de plus naïf et de plus naturel, M. Adolphe Leleux a rencontré ces paysans-là, et nous-mêmes, il nous semble les reconnaître. Les Cantonniers navarrais sont l'œuvre capitale du peintre. Ici M. Adolphe Leleux a agrandi le cercle ordinaire de ses compositions; il a placé la scène au milieu des montagnes de la Navarre, où la nature est à la fois vigoureuse comme en Normandie, et chaude comme en Espagne. L'ensemble du tableau est parfait; les personnages sont gracieusement et naturellement posés; les montagnes sont d'une couleur excellente;--et combien leur vue est douce à celui qui les a traversées! Mais, se demande-t-on, M. Adolphe Leleux aurait-il abandonné la Bretagne pour la Navarre? Il y aurait chez lui ingratitude; nous aimions tant ses premiers tableaux bretons! Répondons aux mécontents que M. Leleux illustre la Bretagne en ce moment, et que, l'année prochaine, il exposera des Faneuses bretonnes: il n'a pas, d'ailleurs, jeté exclusivement ses vues sur cette province de la France. Que M. Adolphe Leleux voyage en Bretagne, ou en Navarre, ou dans les Alpes, il rapportera toujours de ses excursions de gracieux tableaux. Ne soyons donc pas exclusifs à son égard, et ne lui imposons pas de limites.
Les Laveuses à la Fontaine, tableau par Bohémienne, pastel par Eugène
A. Leleux. Tourneux.