Note 2: Le Diable à Paris,--Paris et les Parisiens.--Mœurs et coutumes, caractères et portraits des habitants de Paris; tableau complet de leur vie privée, publique, politique, artistique, littéraire, industrielle, etc., etc.; vues, monuments, édifices publics et particuliers, lieux célébrés et principaux aspects de Paris. Vignettes à part avec légendes, par Gavarni; vignettes dans le texte, par Bertall. Chez Hetzel, rue Richelieu, 76. (30 centimes la livraison).
Le Diable à Paris.
Nous devons à l'indiscrétion du diable lui-même, ou tout au moins à celle de son éditeur, de pouvoir donner à l'avance au public parisien quelques détails sur une publication nouvelle qui, ainsi que son titre l'indique, l'intéresse au plus haut point.
Grâce à cette communication officieuse, nos lecteurs ne seront donc pas pris en traître. Qu'ils se tiennent pour avertis. Le Diable est a Paris! ou s'il n'y est pas, c'est de bien peu qu'il s'en faut, car jeudi, nous assure-t-on, il y sera.
Le diable à Paris? Qu'y vient-il faire? Dieu tout-puissant, Dieu juste et miséricordieux! Hélas! hélas!
Telles furent les exclamations que m'arracha l'annonce de cette grande nouvelle, le diable à Paris!
Mais grâce au ciel, ou plutôt grâce à l'enfer, je fus bientôt rassuré, car je trouvai sur ma table le programme de ce futur voyage du Diable à Paris, et la lecture de ce très-curieux document dissipa mes craintes, comme elle dissipera les vôtres, à coup sûr, dès qu'il sera devenu public, si, malgré ce que j'ai l'honneur de vous dire, il vous arrivait d'en conserver. Il paraîtrait, en effet, que le diable, à tout prendre, n'est pas si noir qu'on veut bien le dire, et qu'il est avec lui aussi des accommodements. D'ailleurs, si j'en crois mon ami Stahl, dont je n'ai aucune raison de suspecter la véracité, Satan ne viendra pas en personne à Paris. Il s'y fera représenter, comme un puissant, monarque qu'il est, par un ambassadeur! Cet ambassadeur, ce n'est ni un duc ni un prince, c'est mieux peut-être, car c'est un diablotin fort agréable, le favori, l'aide de camp de Satan, et son nom est Flammèche, nom fort joli et bien trouvé pour un nom de diable.
Comment Flammèche fit-il le voyage? Nul ne le sait. Mademoiselle Lenormand elle-même, si elle vivait encore, ne pourrait pas vous l'apprendre. Ce qui est certain, c'est qu'un jour on l'aperçut fumant mélancoliquement une cigarette sur le boulevard de Gand. Pourquoi fumait-il une cigarette? me demanderez-vous; parce qu'il aimait le tabac. Pourquoi se montrait-il si mélancolique? parce que, comme votre très-humble serviteur, il était devenu amoureux, amoureux fou, tellement amoureux, qu'après avoir en vain remué ses notes et ses souvenirs, il ne put rien tirer de son encrier,--qu'un billet doux.
Or, comme Flammèche était un diable honnête, il ne voulut pas manquer à sa parole. Il s'occupa exclusivement de celle qu'il adorait, et il pria des gens de lettres et des dessinateurs, dont il avait fait la connaissance, de rédiger pour lui les notes promises à Satan. Tous, écrivains et artistes, s'empressèrent de mettre généreusement à sa disposition, ceux-ci leur plume, ceux-là leur crayon.