C'est ainsi que, grâce à la collaboration du nos publicistes et de nos hommes d'État les plus éminents, qui, tous ou presque tous, ont leur place à l'Académie, la publication de MM. Loiseau et Vergé n'a pas tardé a conquérir, en France et à l'étranger, les suffrages des savants et de tous ceux qui se vouent au culte des sciences morales et politiques. Depuis lors son succès s'étend et s'affermit tous les jours. Déjà le compte rendu de l'Académie forme une collection très-importante; c'est une sorte d'encyclopédie à laquelle les plus belles intelligences de notre temps viennent apporter tour à tour le tribut de leurs lumières et de leurs travaux, dans ces diverses sciences que M. le comte Portalis définissait naguère et si justement les maîtresses branches des connaissances humaines. Pour la philosophie, MM. Cousin, Damiron et de Rémusat; MM. Guizot, Thiers, Mignet et Michelet, pour la morale; MM. Rossi, Passy, de Tocqueville, de Beaumont et Blanqui, pour l'économie politique; et, enfin, pour la législation, MM. Portalis, Troplong et Dupin; tels sont, pour ne pas les nommer tous, les hommes dont les communications viennent enrichir les livraisons mensuelles du compte rendu de l'Académie.

L'Académie des Sciences morales et politiques, cette institution dont la France peut être fière, car elle nous appartient en propre, et les étrangers nous l'envient, compte aujourd'hui dans son sein presque toutes les notabilités parlementaires. C'est un terrain neutre où elles viennent se réunir, sans acception de partis, et dans des vues purement scientifiques; tout accès est rigoureusement fermé aux coteries et aux passions politiques. Là se discutent chaque semaine, sans arrière-pensée, avec bonne foi, et toujours dans un but d'application pratique, les questions les plus considérables de notre temps: hier, la liberté d'enseignement; aujourd'hui, la réforme pénitentiaire. Ces hommes, que nous voyons si divisés ailleurs et engagés dans des luttes ardentes au sein de nos assemblées politiques, viennent demander à la philosophie, à la morale, à la législation, à l'histoire et à l'économie politique, des enseignements profitables et des applications salutaires. Ils s'étudient à propager le goût et la culture de ces sciences qui ne sont en réalité que l'expérience appliquée à l'étude de l'homme et des sociétés civiles, et à leur imprimer, autant que possible, cette unité de direction et cette harmonie de doctrine qui peuvent seules les porter au plus haut degré de perfection. C'est ainsi que l'Académie comprend sa mission, et qu'elle contribue puissamment à l'amélioration morale et au bien-être matériel des sociétés.

Il ne nous serait pas possible, sans excéder les limites que nous devons nous prescrire, de jeter même un rapide coup d'œil sur tous les mémoires et documents réunis dans les quatre premiers volumes du compte rendu; le nombre en est considérable; la critique pourrait signaler plusieurs communications peu dignes assurément du figurer dans une collection qui doit être, ce nous semble, exclusivement réservée à des travaux d'une véritable valeur. MM. Loiseau et Vergé ont donne droit de cité à certains mémoires qu'il eût été de bon goût d'élaguer de leur recueil; peut-être les exigences académiques leur serviraient-elles d'excuse; mais, à notre sens, ils ne sauraient être trop sévères dans l'admission des mémoires qu'ils croient devoir publier; cette sévérité, nous la leur demandons dans l'intérêt même de la dignité du corps savant dont ils sont les organes. A côte de ces travaux vraiment nuls et insignifiants, nous aimons à nous reporter aux communications fort intéressantes de MM. Mignet, Cousin, Portalis et Troplong, sur divers points de philosophie, d'histoire et de législation. La section d'économie politique est dignement représentée dans les livraisons du compte rendu par MM. Hippolyte Passy et Blanqui, auxquels MM. Loiseau et Vergé ont emprunté des travaux d'une grande portée, et qui suffiraient à eux seuls au succès de leur recueil Le compte rendu de l'Académie publie régulièrement chaque mois: 1º un bulletin exact et détaillé de toutes les séances; 2° le texte ou au moins l'analyse très-développée des mémoires et autres travaux communiqués à l'Académie; 3º les rapports sur les ouvrages présentes et sur les concours annuels, les discours prononcés aux séances publiques et les notices biographiques lues par M. le secrétaire perpétuel; 4° enfin, les discussions qui s'engagent entre les membres de l'Académie dans le cours des séances ordinaires. Le résumé de ces discussions presque toujours improvisées est, à coup sûr, la partie la plus difficile de la lâche que MM. Loiseau et Vergé se sont imposée; jusqu'à ce jour, ils ont su l'accomplir avec un tact et une mesure qui méritent tous nos éloges.

L.

Albums sur les Expositions de Peinture, années 1840, 1841, 1842, 1843 et 1844. Préface, par M. le baron Taylor; texte, par MM. Augustin Challamel et Wilhelm Tenant. --Paris. Challamel.--Le Salon de 1844 28 fr. papier blanc; 32 fr. papier de Chine.

Depuis vingt années, l'art de la peinture a subi, en France, une immense révolution. Les grandes toiles deviennent de plus en plus rares. Les artistes ont cessé de travailler exclusivement pour des édifices ou pour des palais. Ce ne sont plus seulement les rois et les grands seigneurs qui achètent des collections de tableaux. Chaque bourgeois un peu riche a son musée. Or, comme les galeries de la classe moyenne n'ont jamais de proportions monumentales, la plupart des peintres ont dû, par nécessité plus encore que par goût, renoncer à la grande peinture religieuse et historique, et composer des tableaux aux de genre ou des paysages qui pussent trouver facilement une place dans les salons de leurs acquéreurs. Qu'en résulte-t-il? Autrefois, un grand tableau justement renommé ornait un édifice public ou privé, dont l'entrée n'était jamais interdite, soit au public, soit aux artistes: aujourd'hui, à peine le salon est-il fermé, une foule de petits chefs-d'œuvre disparaissent sans qu'il soit possible de retrouver leurs traces, sans que leur possesseur jaloux permette à son plus ardent admirateur d'en étudier la couleur et la composition.

La publication entreprise depuis plusieurs années par M. Challamel a eu pour but, nous n'en doutons pas, de remédier en partie à ces graves inconvénients. Tous les tableaux, toutes les sculptures qui ont attiré au salon l'attention des vrais connaisseurs, M. Challamel les reproduit dans ses albums sur les expositions du peinture. Des artistes habiles sont chargés de les dessiner, de les lithographier et de les graver. Un texte explicatif, rédigé par deux jeunes écrivains de goût et de talent, accompagne chaque planche. Ces albums, commencés en 1840, et continués depuis avec un succès toujours croissant, formeront un jour une curieuse histoire de l'art de la peinture et de la sculpture au dix-neuvième siècle. Jugés à un point de vue moins sérieux, ils composent la plus charmante collection de dessins qui puisse orner la table d'un salon élégant ou les rayons d'une bibliothèque d'élite.

Les Patineurs en chambre.

On est quelquefois condamné à se contenter des semblants à défaut de la réalité. Les soldats font la guerre dans des champs labourés; ils y cueillent des pommes de terre, n'ayant plus de lauriers à cueillir sur les champs de bataille. Les chasseurs parisiens chassent à tir et à courre dans des potagers où, pour cent sous d'entrée, on leur lâche un lapin de garenne élevé dans un tonneau. On a établi, il y a quelques années, une école de natation pour l'hiver dans une grande baignoire qui reçoit l'eau de la pompe à feu du Gros-Caillou; quand on sortait de cette école et qu'on tombait par hasard dans la rivière, où était sûr de se noyer.