Les légumes, cet autre produit de nos jardins, brillaient par leur absence, sauf cependant les haricots. Les personnes qui sont friands de ce légume n'apprendront sans doute point sans intérêt qu'un horticulteur de Batignolles en avait exposé cent vingt-quatre variétés.

Parmi les objets qui peuvent être regardés comme appartenant plus spécialement à l'industrie horticole, on remarquait surtout les poteries de M. Follet, ces vases si gracieux qui imitent toutes les formes, celle du vase étrusque, de la lampe, du candélabre, et que leur beauté comme leur élégance appelle à figurer bientôt dans tous les appartements.

Cette exposition horticole est la première qui ait encore eu lieu cette année 1844. A ce titre on lui devait dans l'Illustration une mention toute particulière. Bien plus, sous une apparence assez futile, ces exhibitions cachent un but plus élevé, plus positif. Dans une ville comme la capitale de la France, le commerce des fleurs est loin d'avoir atteint ses dernières limites. Non-seulement il est susceptible de grands développements encore, mais il peut s'élever aux proportions d'une branche d'industrie aussi intéressante que lucrative. A Gand, dont la population ne dépasse pas 100,000 individus, il se fait annuellement, en fleurs, pour plus de trois millions d'affaires. Pourquoi Paris, dix fois plus grand, dix fois plus peuplé que la capitale de la Flandre occidentale, ne donnerait-il pas lieu à un commerce trois à quatre fois plus considérable?

Courrier de Paris.

Nous avons eu, depuis quelques jours, à pleurer plus d'un mort regrettable; les uns ont laissé après eux, comme le lieutenant général comte Pajol, le souvenir d'une vie éclatante; tout le pompeux et bruyant cortège des grandes existences et des grandes renommées les a suivis et accompagnés jusqu'à la tombe; les drapeaux flottants, les tristes fanfares, le roulement lugubre des tambours voilés, les croix et les cordons, les faisceaux, l'escorte militaire, la longue file des voitures armoriées, et la foule se pressant au passage de ces splendeurs terrestres si voisines du néant.--Les autres, pour avoir vécu avec moins de bruit, pour être morts avec plus de modestie, n'en laissent pas moins une mémoire douloureuse et chère, où revit tout l'honneur d'une existence marquée par la distinction du talent et par la pureté du caractère.--Ainsi presqu'en même temps que le brillant et héroïque général de l'empire, un homme modeste, un simple artiste, frappé subitement, rendait le dernier soupir. Sans doute, sa dépouille mortelle n'a pas reçu les splendides témoignages qui ornent les trépas fameux, mais il y avait dans les regrets profonds et nombreux qui se pressaient autour du cercueil de l'artiste, dans l'attestation que les éloges et les larmes de ses amis et de sa famille donnaient de sa vie laborieuse, honorable, intelligente, et de sa bonté, je ne sais quoi de plus touchant et de plus désirable que toutes les magnificences possibles.

L'homme ainsi pleuré avait été un des artistes les plus distingués de l'empire et de la restauration, et jusqu'en ces dernières années, Jacques (Nicolas), peintre en miniature, avait conservé sa réputation en même temps que toute la vigueur et toute la finesse de son talent: privilège que ne gardent pas toujours, dans l'âge avancé, les artistes naguère les plus forts et les plus habile; au temps de la jeunesse et de la maturité! Décadence prématurée qui a jeté la désolation dans plus d'une âme de peintre ou de poète! ruines douloureuses! spectacle attristant du corps survivant à l'esprit, de l'oubli précédant le silence de la tombe! cruel et amer regret d'un talent vaincu par la vieillesse, que du moins Nicolas Jacques n'a pas ressenti.

Il était né à Nancy en 1780. Des revers de fortune l'obligèrent à quitter sa famille de bonne heure et à chercher ailleurs un sort plus favorable. A treize ans, Jacques arriva à Paris, sans appui, sans argent; à treize ans, remarquez-le bien, c'est-à-dire dans un âge encore tout voisin de l'enfance, Jacques puisa dans son malheur et dans l'honnêteté de ses sentiments naturels, une force et une résolution qui de l'adolescent tirent un homme; déjà son goût pour la peinture s'était éveillé; il en suivit la pente, et par je ne sais quel heureux coup de fortune, le pauvre enfant parvint à entrer dans l'atelier de David. Là, il étudia avec ardeur sous l'œil du maître, et le maître le distingua bientôt. David rêvait pour Jacques la brillante renommée du peintre d'histoire.

Les études persévérantes, les remarquables progrès de l'élève semblaient promettre de justifier bientôt ce rêve bienveillant par une heureuse réalité; mais la pauvreté était là qui frappait tous les matins au chevet du jeune artiste; la pâle pauvreté lui conseilla de quitter les songes et les horizons infinis, pour se borner à une partie de l'art moins éclatante, mais plus propice aux bourses désertes et aux affligés. Jacques quitta la grande toile pour la miniature.

Isabey lui donna des leçons, Isabey, le peintre élégant des fins visages et des gazes légères; Jacques devint bientôt l'égal de ce maître et partagea son crédit et son succès Les célébrités de ce temps guerrier allèrent ainsi d'Isabey à Jacques, du pinceau de Jacques au pinceau d'Isabey; rois, reines. héros de la victoire et de la guerre, héroïnes de la grâce et de la beauté. Jacques eut affaire à toutes les renommées de cet âge héroïque, aux plus redoutables comme aux plus charmants; pas un doux nom, pas un nom illustre ne manque à l'honneur de son pinceau: Joséphine, Hortense, la princesse Borghèse, Bernadotte, le grand duc et les princesses de Bade, Cherubini, mademoiselle Mars, dont Jacques a laissé un admirable portrait, qui lui valut, en 1810, la grande médaille d'or impériale. Que sais-je encore? Cuvier, madame de Lavalette, le général Foy, Benjamin constant, les princes de la branche aînée, les princes de la maison d'Orléans, mademoiselle Rachel; et, ici même, les lecteurs de l'Illustration ont pu voir un portrait de l'amiral Dupetit-Thouars reproduit d'après une excellente miniature du regrettable artiste.

Ce long et persévérant succès, qui suivit Jacques dans tout le cours de sa vie, ne fut que la juste récompense d'un talent plein de conscience et de délicatesse: dans un genre où l'habileté tient trop souvent lieu d'étude et de science, Jacques sut apporter les pures traditions du dessin correct et savant; sa manière offrait une alliance exquise de la sévérité du goût antique, restauré par David, avec la finesse et la grâce du pinceau d'Isabey.