Note 3:Séance du 5 juin 1843.
Mais alors pourquoi ne pas rechercher cette cause unique et principale? pourquoi ne pas porter votre scalpel là où est le siège de la maladie? Pourquoi? La réponse pourrait être longue et trop vive.
Restons dans les faits. Un fait officiel peut suffire à prouver que quand les masses se passionnent pour quelque grande chose, les natures perverties subissent elles-mêmes cette heureuse influence, et s'abstiennent du mal pour participer au bien.
Le nombre des accusés et prévenus qui, ainsi que nous l'avons dit était en 1827 de 65,220, s'était élevé en 1829 au chiffre de 69,350.
1830 arrive avec ses agitations, ses passions politiques, «année exceptionnelle» dit M. de Tocqueville, «année glorieuse,» ajoutons-nous. Qu'arrive-t-il? Dans ce conflit universel, dans ce bouleversement, dans cette révolution qui ferme les ateliers et jette le peuple sur la place publique, sans doute la propriété va recevoir de plus nombreuses atteintes, les crimes et les délits vont se multiplier? Non; une grande passion enthousiasme ce peuple, il lutte, et ce n'est pas pour ses droits, il n'en a pas; pour ses biens: il est pauvre; mais pour les biens et les droits de la bourgeoisie, et sous l'influence de cette passion généreuse, les mauvais instincts sont comprimés, Paris voit à ses barricades des hommes qu'en d'autres temps la misère eut peut-être poussés en Cour d'assises, et le chiffre de 1820, 69,350, descend en 1830 à celui de 62,544. Dix ans plus tard, en 1840, il s'élevait à 98,336.
Ce fait est significatif, et nous le proposons comme sujet de méditation aux hommes que préoccupe d'une façon absolue la question de la réforme pénitentiaire.
En résumé, nous ne nions pas l'importance de l'amélioration que l'on propose de faire subir à notre système pénitentiaire; elle est certainement, parmi les choses immédiatement possibles, la plus praticable et la plus facile. Mais par cela seul que, suivant l'expression de M. de Tocqueville, l'état des prisons n'est pas la cause unique, ni même la cause principale du désordre profond que signalent les documents officiels, il convenait de rechercher cette cause unique et principale. C'était le plus pressé, c'était ce qui devait attirer toute la sollicitude des hommes d'État; ce n'était pas trop pour cela que de faire un appel à toutes les lumières de la religion et de la science moderne; mais on n'est pas allé au plus pressé, ou est allé au plus facile.
Le problème de la réforme pénitentiaire embrasse les plus grandes réformes sociales. Nous ne nous dissimulons pas l'immense difficulté des moyens que l'on a indiqués jusqu'ici, maison nous accordera que si les gouvernements ne devaient entreprendre que des choses faciles, la science politique ne constituerait plus le plus haut degré de l'enseignement humain, et c'est peut-être parce que depuis longtemps les pouvoirs publics n'osent pas aborder la solution des difficultés sociales, que tant d'hommes médiocres se croient appelés à devenir des hommes d'État.
Nous avons taché d'agrandir la question et de lui restituer sa haute importance sociale; mais il est évident que pour cela, nous avons dû sortir un moment du terrain pratique dans les limites duquel on a restreint la réforme pénitentiaire; du moins nous avons conscience de n'être pas sorti des limites du possible, et ce qui paraît utopie aujourd'hui pourra être réalisé demain par une administration active, intelligente et dévouée.
Hâtons-nous, toutefois, de rentrer dans le mouvement actuel, dans le cercle des améliorations qui sont sur le point d'être adoptées, et étudions la question du point de vue actuellement pratique.