Jérôme Paturot à la recherche d'une position sociale; par Louis Reybaud, auteur des Études sur les Réformateurs et Socialistes modernes.--Troisième édition en un seul volume in-18. 3 fr. 50 c.--Chez tous les libraires.
M. Louis Reybaud, auquel ses travaux d'économie sociale ont assigné un rang très-élevé parmi les publicistes et les économistes contemporains, continue ses publications sérieuses, en attendant que l'Académie des sciences morales et politiques lui ouvre ses portes à deux battants; mais il n'est pas tellement absorbé par les questions savantes qui font l'objet préféré de ses études, qu'il ne trouve encore le temps de se distraire par des travaux moins graves, par des ouvrages d'imagination et des études de mœurs qu'il produit sous cette forme piquante, avec cette verve comique dont les contes de Voltaire ont fourni chez nous les meilleurs modèles. Si l'anonyme et les pseudonymes de M. Louis Reybaud n'étaient pas son secret, nous pourrions attacher son nom à plus d'un belle page de critique littéraire, à plus d'une piquante histoire dont le feuilleton a tiré gloire et profit. C'est sans nom d'auteur que les spirituels récits de Jérôme Paturot ont paru d'abord dans le National, et ensuite dans deux éditions in-8º aujourd'hui épuisées. M. Louis Reybaud s'est décidé à avouer la troisième édition, et il s'est cru obligé de s'en justifier dans une préface qu'il a mise en tête de ce volume; cette justification est superflue; M. Louis Reybaud avait failli à l'intérêt de sa gloire littéraire en ne signant pas Jérôme Paturot; il a réparé cette faute envers lui-même et envers le public en l'avouant: il n'y a pas grand courage à faire cet aveu en tête d'une troisième édition.
L'Illustration a déjà parlé de Jérôme Paturot, il ne lui reste rien a en dire, sinon qu'elle persiste dans le jugement qu'elle en a porté, jugement que la faveur du public a complètement ratifié.
Z.
Frithiof, poème d'Isaïe Tegner, traduit du suédois par MM. M. Desprez et F. R. 1 vol. in-18.--Paris, 1844. Challamel. 3 fr. 50.
Le poème de Frithiof jouit en Suède d'une grande célébrité: en peu d'années il est devenu populaire, et le temps n'a fait que consolider ce succès. En le traduisant en français, MM. Desprez et F. R. ont d'abord voulu mettre leurs compatriotes «en état de juger par eux-mêmes, dans une de ses meilleures productions, cette poésie du Nord que très-peu connaissent, que les autres ignorent ou qu'ils n'ont étudiée que sur le témoignage des savants.» Mais ils ont vu aussi dans leur publication des intérêts plus généraux: un intérêt de système littéraire et un intérêt politique. L'étude de ce chef-d'œuvre littéraire de l'un des principaux écrivains de l'école romantique prouve, dans leur opinion, que le romantisme est, sous beaucoup de rapports, un système primitif, et qu'il ne convient ni à un âge de philosophie tel que le nôtre, ni à un peuple actif comme nous le sommes et comme tout peuple doit l'être; d'autre part, les poésies de Tegner leur paraissent pouvoir être considérées, sous le point de vue politique, comme l'expression même des vraies dispositions politiques du peuple suédois. S'il chante les anciennes franchises, les vieilles assemblées des hommes du Nord, l'indépendance des anciens paysans suédois, les limites du pouvoir royal, la toute-puissance du mérite personnel, il n'en est pas moins partisan des institutions monarchiques. Toutes les fois qu'il en trouve l'occasion, il vante le pouvoir d'un seul, la gloire des rois, la force de la royauté. «Ici encore, disent les traducteurs de Frithiof éveille un puissant écho dans les sentiments de la nation; il n'y a point de pays où l'on manifeste, avec un plus ardent désir de reforme, un penchant plus prononcé pour le pouvoir royal, un respect plus religieux pour les traditions. Les Suédois offrent le rare spectacle d'un peuple qui veut arriver à la liberté à l'aide des lois existantes, et qui ne pense point que l'égalité dans la société implique la république dans le gouvernement. Ils ne demandent que le développement de leurs institutions primitives, et la régénération de cet esprit de justice qui se trouve àl'origine historique de toutes les nations, mais qui s'est mieux conservé chez eux que chez tous les autres peuples de l'Europe.
A. J.
Dictionnaire universel d'Histoire et de Géographie; par M. Bouillet, proviseur du collège royal de Bourbon.--Chez L Hachette, rue Pierre-Sarrazin, 12.
Le livre de M. Bouillet en est déjà à sa seconde édition. Ce rapide succès s'explique facilement par la nature même et la richesse du nouveau dictionnaire. L'ouvrage, qui se compose de près de 2,000 pages, contient: l'Histoire proprement dite, la Biographie universelle, la Mythologie, la Géographie ancienne et moderne. Ainsi se trouvent résumées en un seul volume les vastes collections savantes qu'ont déjà produites l'étude de l'histoire et celle de la géographie. C'est une véritable encyclopédie où l'on a rassemblé tous les faits importants déjà acquis à la science, toutes les notions intéressantes et utiles.
L'auteur de ce dictionnaire, M. Bouillet, était déjà connu dans le monde savant par un ouvrage analogue d'un incontestable mérite; je veux parler du Dictionnaire de l'Antiquité sacrée et profane, qui est aujourd'hui au nombre des manuels classiques.