Algérie.--Vue de Mehounech d'après un dessin original.

Les rapports de Constantine avec le Désert sont les plus anciens, les mieux établis, et ceux qui se maintiendront sans doute le plus longtemps. Biskarah, située à sept ou huit jours de marche de Constantine, y envoyait chaque année, au printemps, une caravane de 200 à 300 chameaux chargés de dattes, de tabac en feuilles, d'objets de teinture, de bernous, de henné, de plumes d'autruche, de gomme, de tapis; elle en tirait des armes, des grains et des tissus. L'ensemble de ce commerce s'élevait à 200,000 francs par an. Les habitants de Constantine n'envoyaient jamais de caravane à Biskarah; mais, lors du départ de la colonne chargée du recouvrement de l'impôt, les soldats emportaient quelques objets de l'industrie de Constantine, pour faire des échanges contre des produits du pays. Ces expéditions avaient lieu à l'époque de la récolte des dattes, et la colonne était de retour à la fin de l'hiver. Le même commerce d'échange des mêmes produits avait lieu entre Constantine el Tuggurt, qui est à douze journées de Biskarah, et par conséquent à dix-huit ou vingt de Constantine. Tuggurt payait tribut au bey de Constantine entre les mains un cheik-el-Arab. En 1819 et 1820, le bey se rendit en personne à Tuggurt, qu'il frappa d'une contribution de 500,000 boudjoux.

Courrier de Paris

Longchamp s'est passé sans éclat et sans bruit; on ne parle ni de modes nouvelles, ni d'attelages merveilleux, ni de rivalités audacieuses, ni de luttes à outrance entre le luxe, la vanité et la coquetterie; décidément le jour de Longchamp est un jour comme un autre pour les Champs-Elysées, avec un peu plus de foule, un peu plus de poussière et un peu plus de fiacres que de coutume; sans doute il y a encore d'honnêtes curieux qui se parent dès le matin, et descendent de leur faubourg, femme et enfants sous le bras, pour aller et venir de la place Louis XV à la barrière de l'Étoile jusqu'à extinction de chaleur naturelle; sans doute les étrangers et les provinciaux, s'il y a encore des provinciaux, sortent en toute hâte de leur hôtel garni et vont chercher Longchamp, sur le bruit de son ancienne réputation et de ses splendeurs passées; sans doute quelques commis marchands font des essais d'habits neufs, et quelques grisettes de mauvais goût s'enrubannent et s'étalent; mais Longchamp n'en a pas moins perdu son goût pour les tentatives singulières et les excentricités; il ne crée plus rien, il n'invente plus rien, il n'ose rien. Le Longchamp d'aujourd'hui se promène avec sa robe et son habit du mois dernier; il trotte sur ses chevaux ordinaires et roule dans son équipage de l'an passé; ne lui demandez ni une forme de chapeau inusitée, ni une coupe d'habit inconnue, ni la révélation d'une cravate, ni la découverte d'une étoffe superlative: il viendrait plutôt en robe de chambre et en pantoufles; Longchamp n'a plus d'imagination ni audace; il vit ses trois jours par un reste d'habitude et fait son temps; mais pendant ses trois journées, autrefois si fécondes en médisances, en petits scandales, en rencontres singulières, Longchamp ne fournit pas au chroniqueur d'aujourd'hui la plus mince épigramme, l'originalité la plus simple, le scandale le plus innocent.--Pendant le Longchamp de 1844, on a vu une des plus jolies danseuses de l'Opéra se promener, modestement dans une citadine, au cheval étique et à l'automédon râpé. Du temps du vieux Longchamp, la belle eût fait voler la poussière, sous le pied rapide de ses quatre alezans, laquais devant, laquais derrière, attirant tous les regards et éclipsant les plus élégantes, les plus titrées et les plus belles. Le Longchamp actuel est beaucoup plus honnête, plus retenu, plus modeste; mais n'est-il pas un peu ennuyeux?

--Les églises ont été visitées, pendant la semaine sainte, par une foule empressée et fidèle; est-ce conviction? est-ce curiosité? L'une et l'autre sans doute; il y a des âmes pieuses, Dieu merci, qui obéissent sincèrement au devoir du chrétien dans ces jours de recueillement et de prières; il y a aussi les âmes douteuses et les âmes légères qui se laissent aller au courant et vont où va le flot qui passe; les uns regardent d'un air préoccupé et distrait les images suspendues aux voûtes des temples et se promènent çà et là sur les dalles de marbre comme des ombres incertaines; les autres écoutent attentivement la voix du prêtre et du prédicateur, dans une attitude méditative et recueillie; je doute cependant que les plus indifférents et les plus sceptiques puissent se défendre d'une émotion intérieure et secrète en pénétrant sous les voûtes sonores des églises, par les jours éclatants qui illuminent Paris depuis plus d'une semaine; l'or et le marbre étincellent, l'encens fume, la prière retentit, l'orgue l'accompagne pieusement; le soleil, flamme divine, brille à travers les vitraux et inonde le temple de lumière; les petits enfants, les vieillards et les femmes passent tenant à la main le rameau de buis bénit; c'est un spectacle à la fois magnifique et pénétrant qui élève le cœur et lui montre un refuge, surtout si, en descendant les marches du temple, vous rencontrez un cercueil couronné de fleurs d'oranger et recouvert d'un linceul virginal, pareil à celui que je heurtai l'autre jour en sortant de Notre-Dame; c'était la jeune fille, l'unique trésor d'un illustre magistrat qui venait, pâle et immobile, s'offrir aux prières des morts; les visages étaient consternés, les pleurs roulaient en abondance: «Tant de jeunesse et de beauté! disait-on de toutes parts... âme innocente et pure, âme délivrée, retourne dans le sein de Dieu!»

--Pâques oblige les théâtres à faire leur clôture; mais cet usage pieux a subi, comme tant d'autres, des changements considérables, et s'est modifié avec l'esprit du temps; autrefois, sous la vieille monarchie, les théâtres chômaient pendant la quinzaine de Pâques tout entière; la restauration imita l'ancien régime le plus qu'elle put, et ne demanda cependant aux spectacles mondains que huit jours d'abstinence; la révolution de Juillet est d'une philosophie moins scrupuleuse. Les trois théâtres royaux sont seuls obligés à une clôture de trois jours; les autres théâtres, qu'on appelle les petits théâtres, ont pleine licence jusqu'au vendredi saint inclusivement; et même dans les premières ardeurs publiques de Juillet 1830, le vendredi saint ne fut pas excepté. Le vaudeville fredonnait et la danse gambadait ce jour là comme d'habitude. Cette année, la pénitence a été observée par tous les spectacles indistinctement; voudrait-on revenir peu à peu à la huitaine religieuse et monarchique?

Dans l'ancien régime, la rentrée du Théâtre-Français se célébrait avec solennité; un des acteurs en crédit adressait officiellement une allocution au parterre, avec tous les respects en usage; il y était question du passé et surtout de l'avenir. Si le passé avait péché, l'avenir promettait monts et merveilles. Lekain, Larive, Saint-Prix, Talma, ont pratiqué les derniers cette allocution des vacances de Pâques. Aujourd'hui, les choses s'arrangent plus bourgeoisement et avec moins de cérémonie, la Comédie-Française ne harangue plus le parterre; et la meilleure raison qu'on puisse donner, après celle des usages abolis, c'est qu'il n'y a véritablement plus de parterre; j'appelle parterre, en effet, cette réunion de juges éclairés et assidus qui siégeait non-seulement au parterre proprement dit, mais à l'orchestre, mais dans les loges: tribunal qui avait l'œil incessamment ouvert sur les acteurs, et ne leur passait pas la plus légère peccadille; cour suprême et savante, qui s'était familiarisée, par une longue étude et une longue pratique, avec tous les secrets de l'art et de la poésie théâtrale; docteurs ès lettres dramatiques, qui possédaient la science de Racine, de Corneille, de Beaumarchais, de Regnard, de Lesage et de Molière, comme un bon conseiller de cour royale ou de cassation tient sa jurisprudence sur le bout du doigt. Or, à l'heure qu'il est, il n'y a plus de parterre, c'est-à-dire il n'y a plus de juges; ce sont pour ainsi dire des passants qui viennent au théâtre comme dans une hôtellerie, pour y loger la nuit, et en sortent le lendemain matin sans seulement se rappeler ce qu'ils y ont vu, pas même l'enseigne de l'hôtel, pas même le nom de l'hôtelier.--Toute habitude, toute intimité est abolie entre les acteurs et le public; le parterre de la veille n'est plus le parterre du lendemain; l'un n'impose plus à l'autre, et celui-ci n'a plus le respect de celui-là; aussi tout va à la diable; les acteurs, faute de surveillants rigides, s'abandonnent à toutes les mauvaises habitudes des écoliers émancipés; le public, à son tour, ne se donne plus la peine de comprendre quelque chose aux œuvres qu'il considère, non plus comme un objet d'étude et de plaisir élevé, mais comme une façon de passer, tant bien que mal, une heure ou deux. Puisque le public et les comédiens s'en vont, dégénèrent de compagnie, et ne se connaissent plus, que voulez-vous, bon Dieu, que ces gens-là aient à se dire à Pâques, et sur quoi reposerait la harangue? Ils se taisent donc à Pâques comme à la Trinité.

Accident arrivé du Ballon de M. Kirsch, dans le pré de Montréal.