--Les journaux racontent la mésaventure d'un aéronaute appelé Kirsch; cet honnête monsieur avait placardé dans tout Paris des affiches monstres, selon l'usage antique et solennel; c'était, pour lundi dernier que la merveilleuse ascension était annoncée; le lieu était bien choisi. M. Kirsch avait planté sa tente au parc de Monceaux; le ciel par sa splendeur éclatante semblait vouloir se faire le compère de M. Kirsch et le tenter par l'appât d'un voyage dans l'air calme et transparent, mollement coloré de soleil et d'azur. Quant aux curieux, ils étaient en nombre: papas, mamans, petites filles, petits bons hommes, cuisinières, tambours-majors, commis de toute espèce, grisettes, gardes nationaux, sergents de ville et bonnes d'enfants, il y avait des places à dix sous, à vingt et à quarante; prenez vos billets!
La foule avide et, empressée attend, la bouche béante et les yeux ouverts à deux battants, que l'intrépide M. Kirsch escalade les cieux et détrône Jupiter, ou tout au moins aille donner une poignée de main à Junon; mais M. Kirsch n'ira pas si loin. Le ballon en effet s'élève à quelques pieds de terre, rencontre un arbre, se heurte contre ses branches, s'y accroche, se déchire, s'entr'ouvre et crève; M. Kirsch ne soupera pas ce soir dans l'Olympe! La clameur qui s'élève aussitôt n'est pas difficile à deviner. La foule est inhumaine, elle ne pardonne pas la défaite, surtout quand elle y entre pour 50 centimes; on crie donc de toutes parts haro sur M. Kirsch! et dans un temps un peu plus cannibale, on eût vraisemblablement mis l'aéronaute en pièces. Casser les chaises, disperser en lambeaux les débris du ballon infortuné, en faire un auto-da-fé et danser autour de la flamme une ronde diabolique, tels sont les passe-temps des temps civilisés; M. Kirsch n'y a pas laissé sa peau, mais sa recette, que le public a réclamée et reprise sans pitié. Or, le public a fait tout juste ce que honnêtement et chrétiennement il ne devait pas faire. Dans quelle occasion a-t-on surtout besoin du garder la recette, si ce n'est quand on vient de crever son ballon? je vous le demande à vous tous, amoureux, rois, ministres, philosophes, poètes, coureurs de fortune et de renommée, qui lancez en l'air des ballons de toute espèce, ballons de gloire, ballons de génie, ballons de savoir, ballons de bonheur, ballons d'amour, combien s'arrêtent, comme le ballon de M. Kirsch, au premier buisson de chemin et jettent au vent vos rêves évanouis!... Et la foule arrive, qui vous rit au nez au lieu de vous consoler, et fouille dans vos poches pour y chercher et y voler votre dernier espoir: «Honni soit le maladroit aéronaute!» Vae victis, mon pauvre M. Kirsch; c'est la morale de ce bas monde.
--Pendant que M. Kirsch crevait comme une outre, mademoiselle Plessis hasardait son ballon dans le Misanthrope. Il va sans dire que mademoiselle Plessis s'attaque à Célimène. Que faire, en effet, de cette beauté, de ces vingt ans, de ces yeux miroitants, de ce sourire, de toute cette jeunesse, si on ne l'emploie pas à troubler les cœurs et à faire pirouetter les petits marquis? Mademoiselle Plessis a donc fait la coquette; mademoiselle Plessis possède, il est vrai, une bonne partie des armes nécessaires à Célimène, les yeux, le sourire, la beauté et les vingt ans que nous avons dit; mais elle n'a pas l'arsenal tout entier, ou plutôt il lui manque encore cette fine habileté, cette souplesse perfide et cette grâce traîtresse de la Célimène de Molière; mademoiselle Plessis, en un mot, n'est pas suffisamment scélérate, et a un fond de bonne fille dont Célimène ne s'accommode guère. Mais les Célimène se forment si vite! Il ne s'agit que de commencer, et vous verrez que, le premier pas fait, mademoiselle Plessis ira loin. Son ballon, toutefois, n'a pas échoué à la recherche de Célimène, comme celui de là-haut; il a vogué, au contraire, assez gracieusement, à une élévation moyenne; en attendant qu'il aille aux nues, mademoiselle Plessis est bien capable de l'y pousser et de l'y suivre.
La mésaventure de Caligula n'a pas découragé M. Alexandre Dumas. L'infatigable fabricant est aux prises, à l'heure où je vous parle, avec une tragédie en cinq actes. On ne dit pas encore le titre; mais l'œuvre sera terminée avant un mois, et représentée probablement après les vacances.
M. Alexandre Dumas a bien des chutes à faire oublier. On affirme qu'il est lui-même frappé de ses récentes disgrâces, et sent la nécessité de faire pénitence et de se racheter. Nous le souhaitons de bon cœur; rien n'est plus affligeant que le spectacle d'un talent en ruines. Que M. Alexandre Dumas relève et rebâtisse l'édifice de sa réputation lézardée, nous ne demandons pas mieux, et au besoin nous apporterons la pierre et le ciment.
--Carlotta Grisi est revenue de Londres triomphante et couronnée de guinées et de bank-notes.--M. Vatel vient d'envoyer à Lablache une tabatière de 3,000 fr., comme témoignage de reconnaissance pour les bons et loyaux services de l'illustre artiste; un empereur n'aurait pas mieux fait: M. Vatel n'est cependant que le directeur du théâtre italien; ce don magnifique annonce que la direction du théâtre italien a du bon tabac dans sa tabatière.--Liszt, à peine de retour d'Allemagne, prépare un concert échevelé; et le Cirque-Olympique, voyant les feuilles poindre et les arbres verdir, monte à cheval, quitte sa salle enfumée du boulevard du Temple, et va caracoler aux Champs-Elysées; le Cirque-Olympique est le meilleur des almanachs; dès qu'il plante sa tente à l'ombre des arbres, et remet Murât et Napoléon en magasin, dites: le printemps est venu... il est venu en effet, et que Dieu en soit béni; respirons l'air embaumé, mes chères belles, et roulons-nous sur la verdure.
La Frégate à vapeur le Princeton.
L'Illustration a rendu compte, dans son numéro du 23 mars, de l'horrible catastrophe arrivée sur le Potomac, près de la ville de Washington, et qui a coûté la vie à plusieurs des hommes les plus éminents des États-Unis.
Nous donnons aujourd'hui la reproduction d'un plan du Princeton, publié par le Weekly Dispatch, et qui indique la position du canon dont l'explosion a causé de si affreux ravages, celle des spectateurs et celle des victimes de ce terrible accident.