M. Philippoteaux a rendu aussi une visite aux Arabes. Le Combat de l'Oued-Ver, livré le 27 avril 1840 par le duc d'Aumale à la tête des chasseurs d'Afrique, lui a donné occasion de peindre un bon tableau.
L'Avant-poste arabe a de la couleur; le Rapt est ingénieux; la Razzia n'est pas moins bien composée que le Combat de l'Oued-Ver, dans des proportions moindres. M. Philippoteaux a compris que les campagnes,--ciels et terrains,--de ses tableaux devaient être chaudes et colorées; c'est bien en Afrique que se passent les diverses scènes qu'il nous représente. Si vous vous arrêtez devant le Retour de Sédanais après la bataille de Douzy, vous comprendrez qu'il a lieu dans le Nord. Le dernier tableau, exécuté dans les données connues du talent de M. Philippoteaux, montre combien il a fait du progrès.
Néanmoins nous préférons les toiles arabes de M. Chacaton, car ce jeune peintre a fait des progrès rapides. Le Souvenir de la villa Borghèse, à Rome, pêche par un éclat trop conventionnel, et heureusement pour le peintre, deux autres tableaux font vite oublier ce pastiche: ce sont la Rue Hourbarych, au Caire, et Une Fontaine arabe. Le premier, avantageusement placé dans le salon carré, est très-joli de composition, outre le mérite de reproduction qu'on y remarque. Au milieu se trouve un groupe de cavaliers posés d'une façon ravissante; ce tableau, sous le rapport de la couleur, est le meilleur que M. Chacaton ait exposé cette année. Une Fontaine arabe fait briller son habileté ordinaire, mais la composition en est un peu confuse, et nous avons eu besoin de recourir au livret. «Une caravane, avant d'entrer dans le désert, vient faire boire ses chameaux et remplir ses outres.» L'explication donnée avec la plume par M. de Chacaton aide beaucoup à qui veut comprendre la scène rendue par son pinceau. Ce tableau plaît singulièrement par la disposition des groupes pris à part.
Force nous est de renoncer à entretenir les lecteurs de l'Illustration des marines envoyées par M. Gudin, non à cause de leur peu de valeur artistique, mais à cause de leur nombre. Le livret se charge d'expliquer tout au long les sujets choisis par M. Gudin; quatre pages et demie sont spécialement affectées à leur nomenclature raisonnée. Une page commente le tableau de la Mort de saint Louis: une demi-page commente la Vue de la Chapelle de Saint-Louis; une page relate la Fondation de la colonie de Saint-Christophe et de la Martinique; une page et demie fait savoir comment Lasalle découvre la Louisiane; reste une demi page pour l'Incendie du quartier de Péra, à Constantinople, et pour l'Équipage du Saint-Pierre sauvé par un brick hollandais: total, cinq pages et demie. Nous renvoyons le lecteur au livret, en lui recommandant de regarder avec attention l'Incendie de Péra, placé dans le salon carré.
Pour exercer le droit de critique vis-à-vis de M. Gudin, il faut se résumer. Son talent, multiple et fécond, est arrivé à une hauteur peu commune, mais il ne grandit plus, et quelques toiles signées du nom de M. Gudin donnent prise à la sévérité.
Le dernier des Commis Voyageurs.
(Voir t. III, p. 70 et 86.)
III.
LE DOUBLE MYSTÈRE.
Au bruit qui se faisait à la porte de l'appartement, Jenny et Marguerite venaient d'accourir; et cette scène, qui jusque-là s'était passée dans l'ombre, se trouva inopinément éclairée. Impossible de rendre le mouvement de surprise qui éclata à la fois chez les divers personnages qui y jouaient un rôle. Jenny ne put contenir un cri étouffé; Marguerite sentit la lampe qu'elle tenait vaciller dans sa main, elles deux hommes en présence poussèrent une exclamation simultanée: