Sans être taxé d'admiration outrée, on peut avancer que M. Marilhat a les honneurs de l'exposition, et que son envoi est jugé magnifique par tout le monde. Quelle étendue de pays s'offre à nos regards! Continuons nos recherches sans abandonner le célèbre paysagiste; suivons-le, en partant de l'Auvergne, jusque sur les bords du Nil et dans la Syrie. Un admirable panorama se déroulera devant nos yeux: Une Vue prise en Auvergne et les Souvenirs des environs de Thiers, présentent deux effets différents qui rappellent, sous plusieurs rapports, les chefs-d'œuvre de Ruysdael; dans le premier tableau, l'orage avec ses fureurs; dans le second, une paisible journée d'automne. Le Souvenir des bords du Nil a toutes les merveilleuses beautés que l'on remarque ordinairement dans les paysages de M. Marilhat, la forme, la couleur, la lumière. Un Village près de Rosette a moins de charme peut-être, soit que l'inspiration ait failli au peintre, soit que la nature ait ici plus de monotonie. Le paysage est d'un vert bien foncé sur le premier plan; une atmosphère brumeuse le couvre en entier; en revanche, les palmiers sont peints avec habileté, et l'aspect général du village ravit les yeux. Les Arabes syriens en voyage sont un véritable chef-d'œuvre dans le genre. Comme on s'intéresse à la petite caravane, et comme on voudrait s'attacher aux pas de ces indolents Arabes, commodément assis sur leurs chameaux, emmenant avec eux leurs familles et leurs meubles. Une ville d'Égypte au crépuscule semble avoir été daguerréotypée, tant il y a de vérité et d'exactitude dans le mirage; et cependant, tout l'effet de ce paysage a de l'harmonie. N'est-ce pas bien là le silence suprême du crépuscule? L'horizon a de l'immensité dans cette petite toile, et l'esprit peut rêver à son aise devant cette magnifique représentation de la nature. Le Café sur une route de Syrie se fait remarquer surtout par la lumière et par l'agrément des détails; ce tableau est d'un bel effet. Enfin, la Vue Prise à Tripoli couronne l'œuvre de M. Marilhat, pour qui le Salon de cette année est un triomphe, et dont nous n'avons pu parler, dans la sincérité de notre âme, qu'avec un point d'admiration au bout de chacune de nos phrases.

Les sujets arabes sont devenus à la mode, et, depuis notre conquête d'Alger, la majeure partie de nos peintres a voulu visiter l'Afrique ou l'Orient. De là une foule de tableaux à mosquées, de razzias, de fontaines orientales. Qu'allons-nous devenir, s'il nous faut indiquer avec quelques détails les progrès de cette nouvelle invasion d'Arabes?

Pour sa part, M. Théodore Frère a exposé deux tableaux africains: Une Caravane d'Arabes traversant le Rummel à gué (environs de Constantine), et la Rivière de Safsafh (environs de Philippeville). Donc, nous nous promenons dans nos possessions, grâce à M. Théodore Frère. Le premier tableau, que l'Illustration reproduit, a un mouvement remarquable et une vérité de tons peu commune; le second plaît par la disposition des plans, bien que les lignes manquent un peu de largeur.

Environs de Constantine.--Une Caravane d'Arabes
traversant le Rummel à gué, par M. Théodore Frère.

Vue prise à Tripoli, en Syrie, par M. Marilhat.

La rue Hourbarych, au Caire, par M. Chacaton.

M. Théodore Frère possède un talent qui grandira certainement avec le temps, pourvu qu'il ne se laisse pas aller à l'exagération, pourvu que son amour de la nature vraie ne le jette pas dans la peinture sèche et aride. Cet écueil évité, nous osons le rassurer sur l'avenir. Son Portrait d'homme en pied est-il ressemblant? Nous l'ignorons, mais nous savons qu'il est bien peint.