Quatre tableaux de M. Morel-Fatio sont en progrès sur ceux de l'année dernière. Les régates du Havre ont du succès et attirent les regards des visiteurs. Jean Bart montant la Palme de dix-huit canons, et s'emparant d'un vaisseau hollandais de soixante canons, et la Prise à l'abordage du transport anglais, les Deux Jumeaux par l'heureuse Tonton, sont des œuvres de valeur travaillées avec conscience et habileté. Quant aux Pécheurs normands, ils ont inspiré à M. Morel-Fatio un petit tableau frais et gracieux.
Le Combat du brick français l'Abeille, commandé par M. Mackau, etc., est, sans contredit, le plus beau tableau exposé par M. Meyer. L'effet de matin est poétiquement rendu, et l'on s'intéresse vivement à ce fait d'armes si glorieux de notre ministre actuel de la marine. Le Sauvetage du brick le Phénix manque un peu de vigueur, tout en étant dramatiquement composé. C'est à la couleur qu'il faut s'en prendre. Deux autres petites toiles de M. Meyer sont agréables.
Restons en mer, puisque nous y sommes: s'il vous arrive d'aller aux bains de Trouville, vous rencontrerez sans aucun doute M. Mozin naviguant dans sa barque; il cabote, il va de Trouville au Havre, du Havre à Honfleur. Ce sont ses parages, et rarement il s'aventure plus loin. Suivons-le. Le Gué de Diouville plaît par le sujet même, gracieusement traité. La Vue d'Honfleur, à notre avis, est un des bons tableaux de l'Exposition: il serait parfait, si les maisons de la ville avaient un peu plus d'éloignement, ce qui rendrait la mer plus vaste; les accessoires sont peints de main de maître. Enfin, Paris est un joli panorama, plein de lumière et de couleur.
Chaque année, MM. Guillemin et Fortin se disputent, ou plutôt se partagent, comme dit Figaro, la palme du genre. Le premier a traduit sur la toile ces vers de M. William Ténint:
Les Bleus sont là! la ferme est cernée, et des pas
Résonnent sur le sol!... Le salut, c'est la Bible!
Plus d'armes! à genoux! la lutte est impossible!
Un chrétien se défend, mais ne se venge pas! etc.
Dieu et le Roi est une composition plus importante que toutes celles échappées jusqu'à présent au pinceau de M. Guillemin. Le type breton apparaît dans ce tableau, qui est un épisode des guerres de la Vendée. Le vieux Matelot est une scène touchante que le peintre a rendue avec beaucoup d'expression. Toutefois, la Consultation l'emporte sur les autres tableaux de M. Guillemin. De la vérité, de l'expression, de la distinction dans les figures, voilà ce que nous y avons remarqué, et ce qui a fait le succès de cette petite toile.
Pour M. Fortin, il s'applique de préférence aux scènes d'intérieur, et la Bretagne est sa contrée privilégiée, Une Proposition (paysans de Quimper) est peinte avec un naturel exquis; les accessoires sont ravissants, et si les têtes des personnages avaient plus de finesse, ce serait un délicieux tableau. Sous ce titre, Douleur, M. Fortin a rendu une scène poignante: un paysan breton veille près du lit de mort de sa femme. Comme exécution, tout le monde préférera Douleur à une Proposition.