Un pair! c'est un mortel coiffé de plumes blanches,

Largement ondulé d'un pallium sans manches,

Tel qu'au grand Muséum l'exposa Champmartin, etc.

Le portrait de M. Gillibrand vaut donc celui de M. le duc de Fitz-James, auquel le poète faisait allusion.

La Vision de saint Jean, par M. Bonnegrâce, est d'un véritable style biblique; la composition en est large et digne du sujet. M. Bonnegrâce a parfaitement traduit avec le pinceau ce verset de l'Apocalypse: «La ville était toute brillante de la clarté de Dieu, et la lumière qui l'éclairait était semblable à une pierre de jaspe transparente comme du cristal.» Un peu moins d'incertitude dans le dessin, un peu plus d'harmonie dans la couleur, rendraient cette tuile tout à fait remarquable. M. de Bonnegrâce arrivera, sans aucun doute, à une belle réputation.

La figure du Christ n'a pas de vulgarité, disions-nous, en parlant de «Laissez venir à moi tes petits enfants.» Le contraire est applicable au Christ peint par M. Millier, dans son Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem, tableau qui, pris en son entier, ne ressemble pas aux autres tableaux religieux. M. Muller a fait preuve d'originalité. La composition est remarquable, mais bizarre dans certaines parties. Un brouillard se répand sur tous les personnages, et les empêche d'être vus complètement; quelques groupes sont bien posés, notamment celui des gens qui soulèvent une porte. La foule, à gauche, manque de relief. Le paysage est habilement composé. Au total, l'Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem est un des bons tableaux de M. Muller.

La Vision de saint Jean, par V. Bonnegrâce.

Si l'on veut prendre une idée exacte des danses espagnoles en pleine campagne, on regardera avec attention une Danse, souvenir d'Espagne, par M. Charles Porion, qui expose pour la première fois, et à qui son début fait honneur. Figures et paysages méritent nos éloges; la couleur du tableau de M. Porion nous porte à croire qu'il sera coloriste en même temps que dessinateur.--Dans un tout autre genre, M. Alphonse Teytaud continue ses succès passés. Les Pèlerins d'Emmaüs, que messieurs de l'administration du Musée ont fort mal placés, ont, malgré ce désavantage, attiré nos regards. Ce paysage composé atteste, de la part du peintre, une imagination vive et puissante. Si nous étions plus sûrs de nous,--nos yeux pourraient bien nous avoir trompés, tant les Pèlerins sont placés haut,--nous conseillerions à M. Teytaud de travailler encore sur les premiers plans, pour les rendre aussi beaux que les fonds.--Les paysages de MM. Balourier, Toudouze et Rouyer promettent pour l'avenir.--M. Joseph Thierry a exposé un fort beau paysage, où les campagnes effondrées par la pluie, le ciel éclatant d'un côté, sombre de l'autre, sont peints avec une entente remarquable. Par les détails, on reconnaît dans M. Joseph Thierry le décorateur; ils visent à l'effet.

MM. Morel-Fatio et Louis Meyer se sont réunis pour peindre une Scène de la visite de la reine Victoria au roi Louis-Philippe. Le roi de France se rend dans un canot à bord du yacht anglais. Ce tableau est surtout remarquable par son exactitude historique, et nous permet cependant de donner à M. Morel-Fatio un conseil qui s'adresse à tous deux; ils doivent se garder des tons pâles dans les ciels, et des tons bleus dans les flots de l'Océan.