Le Moniteur, qui d'ordinaire n'a à enregistrer, à pareille époque, que des harangues de félicitations stéréotypées et des réponses royales dont la forme bienveillante est nécessairement toujours un peu la même, vient de nous apprendre que l'ardeur de la chambre des pairs a fait irruption aux Tuileries, et que le discours de M. l'archevêque de Paris avait nécessité de la part du roi une réponse très-ferme et très-digne. La lutte que l'on disait d'abord n'être qu'une querelle de cuistres et de bedeaux s'est donc singulièrement et déplorablement élargie et élevée. Nous y avons toujours vu une question de liberté, sans doute, mais aussi une question de gouvernement, et nous faisons des vœux pour qu'une solution prompte et nette vienne bientôt mettre un frein aux passions qui s'agitent des deux parts, et un terme à un débat que l'ajournement aigrirait à coup sûr, et pourrait rendre compromettant.
L'Angleterre aussi a offert dans les séances de son parlement une certaine animation. Un membre de la chambre des communes, qui s'est plus fait remarquer par l'exaltation de son torysme et par la violence de son langage que par le talent qu'il a montré et l'influence qu'il exerce à la chambre, avait, durant les vacances de Pâques, provoqué un meeting en faveur du bill de dix heures, la proposition de lord Ashley. Dans cette assemblée, M. Ferrand accusa sir J. Graham d'avoir fait usage à la chambre de faux documents, et d'avoir tenté de suborner le président du comité chargé de faire un rapport sur son élection. Sommé à la chambre de s'expliquer sur cette inculpation, M. Ferrand, maintenant son dire avec beaucoup de vivacité, s'engagea à fournir le lendemain toutes les preuves qu'on pourrait désirer pour la justification de son assertion. Le lendemain venu, il déclara qu'il n'était disposé à rétracter aucune des expressions dont il s'était servi, et qui d'ailleurs ne blessaient l'honneur d'aucun membre de la chambre. Un immense éclat de rire ayant accueilli cette déclaration inattendue, et qui semblait, dans la pensée de son auteur, devoir tenir lieu de tout éclaircissement, M. Forrand prit son chapeau et s'esquiva, laissant à ses collègues un geste de mépris pour adieu. Sir Robert Peel dit gravement: «Jamais on ne vit désappointement pareil depuis le jour où un escamoteur, qui avait promis d'entrer dans une bouteille, disparut au moment d'exécuter le tour.» Les rires recommencèrent de plus belle; mais le ministre ne se contenta pas pour lui de ce succès, et pour son collègue de cette réparation; il demanda, en faveur de sir J. Graham, un ordre du jour motivé que la chambre a adopté.--A la chambre des lords, on s'est vivement préoccupé d'une mesure prise en dehors du gouvernement, et qui peut lui faire naître des embarras sérieux. Lord Ellenborough, gouverneur général des Indes, vient d'être révoqué par la cour des directeurs de la compagnie. Cette cour a en effet reçu, d'un édit de 1784, des prérogatives qui lui permettent, dans de certains cas, d'agir en vertu de sa seule volonté, et de régler les affaires de l'Inde en dehors non-seulement de l'initiative, mais même du contrôle du gouvernement. Elle est composée de vingt-quatre membres élus par les porteurs d'actions de la compagnie, qui sont au nombre de trois mille cinq cents environ. Chaque action est de 50,000 francs. Lorsque les emplois de gouverneur général, de gouverneur des présidences, de commandant en chef de l'armée et de conseillers d'État pour l'Inde, viennent à vaquer, la cour des directeurs propose, pour les remplir, une liste de trois personnes à la chambre du contrôle, et celle-ci soumet à la sanction royale les choix qui lui paraissent les plus convenables: mais les directeurs peuvent révoquer le gouverneur général sans avoir à solliciter ou à attendre aucun concours. Il est assez bizarre que cette dispense porte précisément sur celui de tous les droits qui touche le plus près à l'ensemble de la politique coloniale. Lord Ellenborough perd, avec son poste, un pouvoir sans limites et un traitement de 900,000 francs. S'il était resté sept ans en fonctions, il aurait droit à une pension de 156,000 francs; mais la disgrâce est venue l'atteindre bien avant ce terme. Cette mesure a vivement irrité lord Wellington, qui portait un intérêt particulier au lord-gouverneur: elle doit amener prochainement des explications à la chambre des lords; nous aurons à y revenir.
Les plaidoiries ont recommencé avec une activité nouvelle dans le procès d'O'Connell, et la cour n'a point encore prononcé d'arrêt.
Le différend entre le bey de Tunis et la cour de Turin vient d'être concilié par l'Angleterre, dont la médiation avait été sollicitée par la puissance africaine. Il est assez digne d'attention de notre part que notre intervention n'ait pas plutôt été réclamée, et que, voisins du bey, ce ne soit pas à nous qu'il se soit adressé pour une négociation de ce genre. On remarquera que, pendant que le bey donnait cette prouve de confiance à l'Angleterre, il fallait toute la fermeté de notre consul pour défendre auprès de lui les droits des Européens, dont le consul anglais, dans une circonstance récente et critique, faisait fort bon marché, par des considérations qui auraient une cause toute personnelle.
Les nouvelles du Portugal nous apprennent que la place d'Alméïda tient toujours; mais les insurgés semblent espérer de l'Espagne un concours que l'atonie où ce dernier pays est tombé lui fera vainement attendre.--Quant aux journaux de Madrid, qui méritent une certaine attention parfois, précisément parce qu'ils n'ont aucune espèce de liberté, et ne disent que ce que le gouvernement les autorise à dire, l'affaire du Maroc les occupe toujours particulièrement. En même temps qu'on y lit que le général Prim, qui s'est refusé, dit-on, à se laisser éloigner volontairement, sous prétexte d'aller commander l'expédition contre l'empereur, est autorisé de voyager pendant huit mois hors du royaume, on y voit aussi la note suivante que nous empruntons au Corresponsal du 24:
«Suivant des lettres de Gibraltar, du 17, une crise extraordinaire et d'une immense importance, relativement à la question espagnole, a lieu à Maroc. Abd-el-Kader aspirerait au trône de Maroc et au khalifat qui y est annexé. Le gouverneur de Fez, la ville la plus importante de l'empire, ainsi que d'autres personnages puissants approuveraient cette pensée, et l'on suppose que l'on obtiendrait l'approbation de la France. L'Espagne devrait profiter de ce grand événement, en agissant avec promptitude. En traitant avec Abd-el-Kader, nous pourrions venger le nom espagnol, et nous assurer un rayon autour de nos places fortes pour la facilité du commerce, en offrant à ce chef arabe leur appui et des secours en munitions, en armes et en artillerie.» Nous ne pouvons croire que les ministres de l'Escurial, dont nous venons d'illustrer les poitrines de nos plus éclatantes décorations, après avoir reçu de nous l'accolade, aillent, sous prétexte de renverser l'empereur de Maroc, s'unir avec Abd-el-Kader pour lui constituer une nouvelle souveraineté plus puissante que celle que nous travaillons si péniblement à détruire. Il peu probable que la France consente à se prêter à ce nouvelle édition du traité de la Tafna.
--S. A. R. madame la duchesse de Kent, mère de S. M. reine d'Angleterre, est arrivée aux Tuileries, dont les augustes hôtes lui font les honneurs de Paris et de toutes merveilles qui y attirent en ce moment, et en grand nombre des étrangers de tous les rangs.
Procédé Roulliet.
(3e article.--Voir t. I., p. 90; t. II, p. 265.)
Dans le numéro du 23 décembre 1843, nous avons cherché à exposer les avantages des procédés de M. Roulliet Nous avons démontré qu'en calquant ainsi la nature, on obtenait une exactitude de contours que l'art du dessin le plus perfectionné est incapable d'atteindre; mais il est un point sur quel nous n'avons pas insisté suffisamment. Nous le faisons d'autant plus volontiers ici, que cette portion importante l'invention a de grandes applications à l'art et à l'industrie. Nous voulons parler du grossissement. Tous les jours un peintre a besoin de grandir une figure ou un tableau, et préférera nécessairement une méthode géométrique, on grandit sa figure dans une proportion quelconque, sans altérer le moins du monde sa forme et les dimensions relatives de ses diverses parties. Pour l'industrie, l'application est encore plus directe. Les dessins des châles, des étoffes soie, etc., doivent être d'abord amplifiés avant de pouvoir être exécutés en petit, car il est nécessaire de compter le nombre de fils qui doivent être compris entre les différents contours du dessin. Un conçoit donc que l'on préfère une méthode prompte et rigoureuse à des tâtonnements longs incertains.