Qu'on ne l'oublie pas toutefois, ce livre remarquable n'est pas seulement un ouvrage politique; comme M. Cyprien Robert, nous espérons qu'il deviendra «un guide pour les voyageurs, un manuel pour les diplomates, et un recueil de documents nouveaux pour tous les amis de l'histoire, de l'ethnographie et de la littérature.»

Une Lyre à l'Atelier, poésies par Paul Germigny (A. Grivot), tonnelier à Châteauneuf. Deuxième édition.

Il y a quelques mois, Béranger écrivait au poète-tonnelier de Châteauneuf: «Vous êtes poète, monsieur, et poète des mieux inspirés.... Simple ouvrier, sans instruction, dites vous, comment, jeune encore, avez-vous deviné les secrets de notre versification? Comment êtes-vous arrivé à une pureté de langage fort rare aujourd'hui? J'ai pu apprécier toutes ces difficultés, et Dieu sait le mal que j'ai eu à en triompher. Je remarque aussi que chez vous la méditation précède presque toujours la mise en œuvre de vos sujets, d'un choix habituellement poétique. Sans doute on trouve encore quelques traces de négligence dans vos vers, mais on ne les aperçoit qu'en les relisant.

«De plus que le métier, vous avez une sensibilité réelle; on peut même dire que c'est là votre muse. J'espère qu'elle vous inspirera longtemps, et que vous donnerez une suite à ce premier volume, en vous engageant toutefois à rester dans la route que vous avez prise, c'est-à-dire à ne pas trop faire de vers, à bien choisir vos sujets, et à les disposer habilement avant de vous livrer au travail de la rime.

«Nous autres vieillards, nous aimons à faire les pédagogues; pardonnez-moi quelques petites observations critiques qui vous prouveront au moins que je vous ai lu avec attention... Presque toutes vos compositions sont conçues et exécutées avec goût et talent. Ce qui me surprend autant que leur mérite, c'est que votre nom n'ait pas eu plus de retentissement à Paris. Beaucoup d'éloges ont été prodigués à des vers qui sont loin de valoir les vôtres, et je regrette de vivre loin du monde des journaux; ce qui m'empêche d'en obtenir la justice qui vous est due. Croyez du moins qu'il y a près de la capitale un petit coin où on la rend tout entière au poète tonnelier du Blaisois; c'est celui du vieux chansonnier qui se dit de cœur tout à vous.

«Béranger.»

Que pourrions nous ajouter aux éloges et aux conseils de Béranger? les premiers vers du poète-tonnelier, seulement, adressés à M. l'abbé Bidault:

Dans la fatigue et les sueurs nourrie,

Vers vous, Bidault, ma muse ose voler;

Accueillez-la cette fille chérie