Les Derniers Jours d'un Peuple sont de l'école et de la famille des Fiancés. Ce roman est, comme son aîné, un épisode de l'histoire de Florence, un hommage aux souvenirs de la patrie du Dante; mais ici l'auteur, mieux inspiré peut-être qu'Alexandre Manzoni, a traité un sujet plus dramatique et plus favorable aux émotions, à l'intérêt d'un récit attachant. M. Azéglio a saisi le moment où Florence, encore libre, livre son dernier combat à la tyrannie menaçante. Dans le tableau de cette lutte héroïque, il a voulu protester contre l'oubli de l'histoire, et prouver que Florence était digne de la liberté.

C'est assurément un magnifique spectacle que ce siège où l'on voit une poignée de citoyens braver les efforts réunis de Charles-Quint, de Clément VII et des peuples voisins, rivaux de Florence. Si l'auteur s'était contenté d'être l'historien de cette glorieuse agonie, de retracer les mœurs et les usages de l'Italie au seizième siècle, et de les faire revivre dans une peinture animée, il n'aurait rempli que la moitié de sa tâche; le succès qu'ont obtenu en Italie les Derniers Jours d'un Peuple ne serait pas complètement justifié. Mais c'est qu'il y a dans ce beau livre autre chose encore que le mérite de la couleur locale, de la représentation historique; on y trouve des situations vraiment dramatiques, des scènes saisissantes, de ces péripéties qui prolongent la curiosité du lecteur et provoquent tour à tour sa fureur ou sa pitié. M. d'Azéglio, peintre énergique et vrai, possède aussi le secret des larmes, et, à côté de ces fiers républicains, tels que Nicolo Lapi, ce type admirable dont Walter Scott eût envié la création, apparaissent des figures de femmes dont il a revêtu la réalité des plus poétiques couleurs.

M. d'Azéglio est gendre de Manzoni; quelques personnes ont prétendu que les Derniers Jours d'un Peuple tiennent de plus près à l'auteur des Fiancés que son gendre lui-même. Il y a dans cette supposition un hommage rendu au mérite de l'ouvrage que nous annonçons. M. d'Azéglio ne se plaindra peut-être pas si l'on dit que M. Manzoni pourrait avoir composé son livre, pourvu qu'on ajoute que M. d'Azéglio l'a composé lui-même.

O.

Dictionnaire des Racines et Dérivés de la Langue française, par F. Charassin et F. François.--Paris, A. Heois, 63, rue Richelieu.

Le titre d'un pareil ouvrage suffit à indiquer son utilité. Effectivement, s'il est généralement reconnu qu'il est nécessaire de bien connaître sa langue maternelle et de la parler avec abondance et précision, on est fort loin de s'entendre sur les meilleurs moyens à employer pour parvenir à ce but.

Une des conditions pour bien savoir une langue, c'est de posséder tous les mots qui la composent. Or, c'est généralement trente à quarante mille mots à apprendre par cœur. MM. Charassin et François ont cru qu'il y avait moyen d'abréger ce travail par un bon ouvrage élémentaire, composé dans ce but; ils se sont mis à l'œuvre et ont fait un traité raisonné propre à servir à la fois de guide aux étudiants et de manuel aux instituteurs.

Leur procédé a été de substituer au hasard et à l'arbitraire de la routine un classement raisonnable, basé sur les rapports naturels des mots, sur les liens de parenté qui existent véritablement entre eux. Ils ont donc mis en ordre et rangé dans trois ou quatre mille classes, formées charnue de mots ayant entre eux de fortes similitudes, les quarante mille mots de la langue française. On comprend l'avantage qui résulte pour le lecteur de cette disposition nouvelle, puisqu'en trouvant en tête de la nomenclature le mot qui exprime le mieux l'idée générale, ils groupent autour de ce mot tous les dérivés, faisant ainsi des familles distinctes au milieu desquelles il est plus facile de se reconnaître que dans ce chaos rarement complet et toujours illisible qu'on appelle un dictionnaire.

Nous croyons donc devoir recommander ce travail aux professeurs de langue française et aussi aux littérateurs, auxquels les dictionnaires ordinaires n'apprennent pas, ne donnent pas beaucoup plus que l'orthographe de certains mots dont ils peuvent être en peine, et une signification trop souvent douteuse, en négligeant et les racines de ces mots et leurs rapports avec d'autres mots de la langue.

P.