Quand dans son sein il sent monter la sève.

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Si le nom du tonnelier de Châteauneuf n'a eu jusqu'à ce jour qu'un faible retentissement dans la capitale, la faute en est-elle à la presse parisienne? Ce petit volume, publié à Orléans, ne lui était pas parvenu; comment aurait-elle pu deviner son existence?... Quant à nous, nous sommes heureux de réparer une injustice involontaire; nous accorderons toujours des encouragements et des éloges à tous les poètes qui publieront des vers aussi chastes et aussi élégants que ceux dont M. A. Grivot nous envoie la collection sous le pseudonyme de Paul Germigny.

Un Été en Espagne, par Augustin Challamel, avec vignettes. Un vol. in-18.--Paris. Challamel. 3 fr. 25 c.

L'ingénieux auteur de l'Histoire Musée de la République française, M. Augustin Challamel, a employé l'été dernier à parcourir une partie de l'Espagne. Il est allé de Bayonne à Burgos, de Burgos à Madrid; puis à Tolède, à Grenade, à Cordoue, à Séville: chemin faisant, il a visité toutes les curiosités qu'il pouvait voir sans trop se déranger; et de ce voyage il a rapporté une petite relation d'une simplicité remarquable. Nous ne saurions trop louer surtout la sage réserve de M. Augustin Challamel. Bien qu'il manifeste souvent une admiration exagérée pour la mauvaise poésie de M. Victor Hugo (il doit pourtant préférer la bonne), il n'a fait aucun usage, ni des systèmes, ni de la langue de l'école romantique; doué d'un esprit fin et observateur, il possède en outre des connaissances aussi étendues que variées; il sait, de plus, comment se fabriquent les livres modernes: il pouvait donc ou amuser ses lecteurs par des anecdotes aussi anciennes que le monde et inventées à plaisir, ou les ennuyer par d'orgueilleux semblants d'érudition; il a mieux aimé raconter sans aucune prétention ses aventures et ses observations personnelles, tantôt en prose, tantôt en vers. Aussi ce petit livre se fait-il lire avec beaucoup d'intérêt et de plaisir. Évidemment M. Augustin Challamel n'a pas encore le désir de devenir académicien ou pair de France. Le public lui en saura gré.

Rudiment des Chanteurs, ou Théorie du Mécanisme du Chant, de la Respiration et de la Prononciation; par madame Claire Hennelle, née Wuiet, professeur de chant.--Paris, Meissonnier, 22, rue Dauphine. 4 fr. 50.

«C'est dans la direction du souffle, dit l'auteur, que réside tout le mécanisme du chant. Qui s'en occupe? Nous n'avons pas la manière d'exercer notre gosier, et ce n'est qu'à force d'exercice que nous pouvons arriver, sans savoir comment, à une véritable souplesse. Comment se fait-il, dans une capitale comme la nôtre, où les plus belles voix abondent, où les plus savants maîtres se trouvent réunis, que nous n'ayons pas plus de chanteurs? C'est que les grands maîtres sont appelés pour coordonner l'ensemble, donner la forme et soigner les accessoires, et qu'eux-mêmes dédaignent de poser les toasts sans lesquelles pourtant rien n'est certain. Tout enseignement demande des toasts. Elles manquent au chant.» Ces lignes nous paraissent suffire pour indiquer clairement le but que s'est proposé madame Claire Hennelle en écrivant le Rudiment des Chanteurs. L'ouvrage est divisé en trois chapitres. Le premier traite de la formation du son; de l'appui et de la direction de l'air: de la rupture de l'air et du port de la voix; des sons blancs; de la cadence; de l'appui des notes; de l'allongement du souffle: de la fausseté de la voix; des sons filés; des gammes chromatiques; de la mesure, de la nuance; du registre de la voix; du passage de la voix de poitrine à la voix de tête, ou de fausset. Le chapitre deuxième traite de la respiration; le troisième, de la prononciation. Quelques considérations générales fort judicieuses terminent ce petit ouvrage didactique où l'on trouve à chaque page les preuves d'une excellente méthode, d'une longue expérience et d'un goût éprouvé.

X.

Les Derniers Jours d'un Peuple, par d'Azéglio; traduit de l'italien par Ét. Croix.--Lavigne. 2 vol. in-8. 15 fr.

Il faut rendre cette justice à l'Italie moderne, qu'elle a été sobre de romans historiques; ses écrivains ont admiré, traduit Walter Scott, mais il en est fort peu qui aient cédé à l'entraînement de l'imitation. Cette sobriété est-elle un aveu implicite d'impuissance, ou faut-il y voir seulement la preuve d'une louable modestie? Quoi qu'il en soit, l'Italie peut toutefois se prévaloir de quelques compositions remarquables dans un genre qui ne comporte guère la médiocrité; et, quand elle n'aurait à mettre dans la balance où pèsent tant de romans français qui prétendent à l'histoire, que les Fiancés d'Alexandre Manzoni, ce titre suffirait peut-être à sa gloire.