Routes et Police du Roulage.
En 1836, pour achever complètement nos routes, il nous restait une longueur de 1,463 lieues à construire, et 986 lieues de lacunes à réparer, Ces travaux exigeaient une dépense de 131 millions, savoir: 52 millions pour les réparations de routes, et 79 millions pour les lacunes. La loi du 14 mai 1837 a pourvu à cet impérieux besoin en mettant à la disposition du gouvernement des fonds extraordinaires, qui, ajoutés aux sommes annuellement portées au budget pour cet objet, et répartis sur une espace de douze années, permettront, après ce laps de temps, de voir terminer notre système de viabilité intérieure.
Ce fonds extraordinaire était de 84 millions, dont 60 devaient servir à l'achèvement des lacunes, et 24 concourir, avec les fonds annuellement portés au budget aux réparations de parties de roules dégradées. Sur ces 81 millions, il avait été dépensé, d'après le compte rendu de l'administration des ponts et chaussées, et jusqu'au 31 décembre 1842, savoir:
Pour les travaux des lacunes... fr. 37,519,412 08 c.
Pour les modifications de fortes rampes
assimilées aux lacunes.... 1,881,510 89
Pour les réparations extraordinaires. 22,914,895 34
Total.................. fr. 3,315,818 31 c.
En 1842, on a réparé des lacunes sur 72 routes, sur 29, on a corrigé des rampes rapides, 108 ont pris part aux répartitions extraordinaires; et enfin, dans le cours de cette même année, on a livré à la circulation environ 500 kilomètres de route neuve, et substitué plus de 100 kilométrés de nouvelles portions de route d'un parcours facile à d'anciennes voies, dont l'inclinaison opposait de graves obstacles au roulage.
Nous ne parlerons pas des routes pavées, parce qu'elles tendent chaque jour à disparaître, et ne se conservent plus qu'aux environs de la capitale, ou dans d'autres localités, qui peuvent, par le voisinage des carrières, s'approvisionner facilement en matériaux. Nous nous occuperons spécialement des routes empierrées.
Ces routes se construisent par le procédé suivant: on fait sur la largeur désignée, qui varie de 5 à 6 mètres, un lit de 0 m. 25 c. de profondeur, que l'on remplit de pierres, ou mieux encore, de silex concassés. On a soin de mettre les plus grosses au fond, les plus petites et le gros gravier par-dessus. En règle générale, aucune pierre ne doit entrer dans la construction d'une bonne route, si elle ne peut passer dans un anneau de 0 m. 06 c. de diamètre, dont chaque cantonnier est pourvu à cet effet. Quand le lit de pierres est suffisamment nivelé, on fait passer dessus un rouleau dit compresseur.
Le rouleau compresseur est un cylindre creux en fonte que l'on promène sur la chaussée jusqu'à ce que toutes ses parties soient enchevêtrées, liées et mastiquées ensemble à une profondeur égale à celle du lit de la chaussée. Les meilleurs rouleaux sont ceux qui, d'un poids de 6,000 kilog. environ, n'ont besoin que de six à huit chevaux pour les traîner. Ce sont des cylindres creux en fonte de 1 m. 30 c. de diamètre et disposés de manière à porter la charge dessus. Un poids supérieur à celui que nous indiquons et un plus grand nombre de chevaux, loin de comprimer la route et de réunir pour ainsi dire toutes ses parties en une seule surface adhérente, l'écrase, tandis que le passage et les efforts d'un trop grand nombre de chevaux dispersent les pierres que le rouleau compresseur a pour mission d'enchevêtrer et de transformer en une chaussée parfaitement unie.
Cette opération doit se renouveler environ six fois de suite. C'est le nombre à peu près nécessaire pour que la route ait le tassement voulu pour une bonne viabilité. Quelques ingénieurs, pour faciliter et solidifier en même temps l' agrégation des matériaux, jettent ensuite dessus un lait de chaux ou d'argile, ou du gros sable mêlé d'eau: d'autres croient pouvoir se passer cette précaution.
La route une fois en bon état de construction, il s'agit de la conserver en bon état d'entretien, et c'est la le plus difficile. C'est l'œuvre spéciale des cantonniers sous la surveillance des piqueurs, conducteurs et ingénieurs. Le bagage d'un cantonnier se compose d'une pioche, d'une pelle, d'un racloir à enlever la boue et qui doit généralement être en bois, afin de n'enlever de dessus la chaussé que les parties tendres; d'un balai, autant que faire se peut en genêt ou en d'autres végétaux qui aient le moins possible de parties dures et ligneuses, d'une chaîne à métrer, d'un anneau de 0 m. 6 c. de diamètre et d'un piquet indiquant son numéro et celui de la route sur laquelle il est occupé; il a sur son chapeau une bande semi-circulaire ou une plaque en cuivre sur laquelle est écrit le mot cantonnier, et quelquefois aussi son numéro. Il est, en outre, porteur d'un livret qui doit être représenté aux ingénieurs et conducteurs des ponts et chaussées à toute réquisition.