Tout le monde sait qu'en France les lois sur la police du roulage ont pour élément de vérification des machines dites bascules et qui servent à peser les chargements; c'est du moins leur but ostensible. Quelques personnes prétendent que ces bascules n'ont d'autre but que de donner des places à des individus décorés du nom de préposés, et qui, avec l,000 à 1,500 fr. d'appointements annuels, trouvent le moyen d'amasser en quelques années dix molle livres de rente, mais quand nous l'aurions vu, nous ne voudrions pas le croire. Quant à nous, nous avons toujours été convaincu que les bascules servaient à peser les voitures; c'est pour cela que nous sommes l'ennemi des bascules, qui ne peuvent servir à constater exactement un poids, surtout s'il s'agit de voitures servant au transport des voyageurs. Ainsi une diligence se fait peser à une bascule avec un certain nombre de voyageurs; quelques minutes après elle en prend deux ou trois pour se compléter, son poids est changé, il est quelquefois même d'une assez grande différence avec un égal nombre de voyageurs. Aujourd'hui il fait beau temps, vous passez sur une bascule, et vous êtes en règle. Le lendemain, la route est mauvaise, boueuse, vous avez un chargement moins fort, et cependant vous êtes en contravention; on vous compte comme poids et comme surcharge le nombre de kilogrammes de terre, de boue, d'eau que vous portez avec vous, et malgré vous, dans vos roues, autour du train, sur le coffre de la voiture. On se demande alors si une semblable manière de procéder n'est pas une véritable iniquité, bien plus, c'est une iniquité gratuite et inutile, s'il est vrai qu'une route en bon état ne peut souffrir du poids des chargements. Qu'on s'occupe donc de terminer les routes, d'augmenter s'il le faut le nombre des cantonniers, et on aura plus fait pour la viabilité du territoire que par ce luxe de lois tracassières et fiscales qui étouffent sous les amendes et les procès-verbaux le développement d'une foule d'industries. Que les routes de France soient toutes, et sur tous les points, en bon état de construction et d'entretien, et les partisans les plus acharnés des lois sur la police du roulage, ces hommes qui ont la funeste manie de tout réglementer, ne tarderont pas à être convaincus que le roulage ne dégrade que les mauvaises routes, et peut-être dans un moment de bonne foi finiront-ils par dire aussi: A quoi sert une loi sur la police du roulage?
Salon de 1844.--Sculpture et Architecture,
(6e article.--Voir t. III, p. 35, 71, 84, 103 et 131.)
Velléda, statue en marbre par
M. Maindron.
On ne nous accusera pas de reléguer le compte rendu de la sculpture et de l'architecture dans les dernières colonnes de notre revue, comme s'il s'agissait de remplir strictement un devoir. Nous faisons trêve, pour un moment, à la critique sur la peinture, et nous parcourons les salles basses du Musée.
Cette année, disons-le tout d'abord, l'exposition de la sculpture est très-remarquable. MM. Bartholini de Florence, Bonnassieux, Bosio, Régis Breisse, Dantan aîné et jeune, Antoine Etex, Feuchère, Foyatier, Gayrard, Husson, Jouffroy, Maindron, etc., ont leurs noms consignés sur le livret.
Tout le monde a été d'accord sur l'exposition de sculpture, tout le monde a compris les progrès immenses faits par nos artistes dans cette branche de l'art.
Que nos lecteurs se rappellent, avant de regarder la Velléda de M. Maindron, ces phrases extraites des Martyrs: «Cette femme était extraordinaire. Elle avait, ainsi que toutes les Gauloises, quelque chose de capricieux et d'attirant. Son regard était prompt, sa bouche un peu dédaigneuse et son sourire singulièrement doux et spirituel. Ses manières étaient tantôt hautaines, tantôt voluptueuses; il y avait dans toute sa personne de l'abandon et de la dignité, de l'innocence et de l'art. La dernière fois, elle resta longtemps appuyée contre un arbre à regarder les murs de la forteresse.»
Tel est le portrait de Velléda, tracé par M. de Chateaubriand. En le traduisant avec le ciseau, M. Maindron courait de grands risques.