Ceci prouve que si le chiffre des corrections augmente dans le sens pénal du mot, il diminue d'autant dans la signification morale.
Mais l'on en jugera mieux encore en pénétrant avec nous dans l'enceinte du sanctuaire. Bien que les trois chambres aient aujourd'hui une importance égale sous le rapport de la gravité des délits que l'on y juge, la sixième a conservé le premier rang dans la hiérarchie. C'est la chambre mère, la chambre doyenne, et sa distribution intérieure est mieux adaptée à sa destination spéciale que dans ses deux acolytes; chez ces dernières on aperçoit les traces de l'invasion du correctionnel sur le civil: le civil, modeste dans ses exigences de localité, se contente d'un tribunal flanqué de deux sièges latéraux, l'un pour le ministère public, l'autre pour le greffier; puis d'une barre à hauteur d'appui, assez solidement construite pour supporter le poids des dossiers des avocats belligérants, et pour résister à leurs coups de poing oratoires. A cela se borne le mobilier essentiel; comme objet de luxe, comme superfluité, ajoutez-y quelques banquettes pour MM. les clercs d'avoués et pour les avocats stagiaires, et vous aurez une chambre civile complète et suffisamment meublée.
Mais si le correctionnel met le civil à la porte, il exigera, avant de prendre possession des lieux, bien des changements intérieurs, des réparations, des additions; d'abord il faudra que l'architecte du palais lui construise un banc des prévenus, puis une chambre d'attente pour les témoins, puis une enceinte réservée pour l'auditoire en sabots et en blouse qui constitue la publicité de l'audience, publicité exigée par la loi.
Les deux chambres supplémentaires sont donc assez, mal à l'aise dans leurs locaux usurpés; elle attendent avec une certaine impatience la construction promise d'un nouveau palais de justice; elles l'attendent, mais ne l'espèrent pas, car la promesse et le projet prennent de jour en jour un caractère de plus en plus vague, de plus en plus fantastique.
Entrons donc à la sixième chambre, la seule véritable chambre correctionnelle par son origine et sa disposition, la seule enfin qui soit chez elle, et qu'il soit permis de visiter sans indiscrétion malséante.
Mais je vous dis entrons, et cette invitation de cicérone ne laisse pas que d'être quelque peu téméraire et hasardée. L'entrée n'en est pas si facile que cela.
La porte principale s'ouvre au-dessus du double escalier de pierre que vous voyez à l'une des extrémités de la vaste salle des Pas Perdus. Un garde municipal en garde les abords, bien mieux gardés encore par la foule des curieux et des oisifs qui encombrent, bien avant l'heure de l'ouverture des portes, les degrés du double escalier. Essayez de vous frayer un passage à travers cette foule compacte et serrée, elle vous repoussera par le cri: à la queue! qui a pour elle toute la valeur d'un principe de droit commun. Que si, soutenu par une volonté énergique, vous foulez le principe aux pieds et parvenez à percer jusqu'au seuil la cohorte hurlante, le garde municipal vous saisira au collet et vous demandera de quel droit vous prétendez pénétrer dans l'audience publique.
«Êtes-vous témoin? montrez votre assignation.
--Je n'en ai pas...
--En ce cas, vous n'entrerez point.