Retour de noce, à Tanger.
D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement pour l'Espagne, dans ce différend, de tirer une vengeance complète de l'attentat commis à Mazagan sur la personne de son représentant; un plus beau rôle lui est réservé. Qu'elle comprenne sa situation, et qu'elle en profite, dans son intérêt personnel comme dans l'intérêt de l'Europe et de l'humanité.
L'Orient a longtemps débordé sur l'Occident. C'est l'Occident qui déborde sur l'Orient. Le Nord envahit le Midi, la Russie s'apprête à s'emparer de Constantinople; l'Autriche passe les Alpes et s'étend dans les plaines de la Lombardie et le long des rives de l'Adriatique; l'Angleterre a conquis l'Asie; Gibraltar et Malte lui appartiennent; la France jette dans l'Algérie les fondements d'une puissance inébranlable, en attendant qu'elle réalise en Égypte les grands projets de Napoléon; la civilisation européenne se répand sur tous les points du globe, mais nulle part elle ne fait de plus grands progrès qu'en Afrique; seul, l'empire du Maroc avait échappé jusqu'ici à la loi commune; seule, l'Espagne, si malheureusement occupée de ses guerres civiles, n'a pas encore cherché une nationalité complémentaire sur la côte musulmane de la Méditerranée.
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Abraham, Juif tangérien, interprète du consulat de France. |
Aitja, juive marocaine. |
Mohammed, soldat marocain. |
«La collision qui menace d'avoir lieu entre le gouvernement espagnol et l'empire de Maroc n'est donc point un fait isolé, disait il y a quelques jours le journal l'Algérie, elle se rattache aux événements qui la précèdent; si elle n'en est pas la conséquence, elle en est au moins le complément nécessaire. Pour éclater, elle n'attendait qu'une occasion. A Mazagan, c'est un coup d'yatagan, comme à Alger ce fut un coup d'éventail. «Il existe une coïncidence remarquable entre les phases de cette gravitation méditerranéenne et la circonstance principale du mouvement intérieur qui modifie la face de l'Europe.
La première révolution française épanche sa sève sur l'Égypte; la révolution de 1850, sur Alger; la révolution espagnole, sur le Maroc.
«Ce besoin d'expansion, qui accompagne toujours les crises politiques, est, en effet, un de ceux qui travaillent aujourd'hui l'Espagne. Mais, du côté de l'Europe, les portes du temple de Janus sont fermées; du côté de l'Océan, les colonies qui ouvraient jadis un large débouché à l'activité espagnole, n'existent plus que dans l'histoire; la formidable armada a passé en d'autres mains. Le sud est la seule direction dans laquelle les passions qui agitent la Péninsule puissent trouver une issue légitime; que l'Espagne franchisse donc le détroit, et toutes les volontés, aujourd'hui divergentes, viendront se réunir sur le terrain neutre de la gloire et de la dignité nationales.
«L'empire de Maroc lui-même semble attendre, pour renaître à une autre vie, une commotion électrique. Lui-même est en travail de révolution, et quoiqu'il soit très-difficile d'en prévoir les suites, on peut affirmer que cette révolution ne tardera pas à éclater. L'élément berbère a dominé de tout temps dans la population marocaine; il occupe à la fois les grandes plaines qui règnent au S.-E. et les énormes massifs qui s'élèvent au centre de l'ancienne Tingitanie. Depuis quelques années, une fermentation sourde agite ce vieux sang autochtone; elle se manifeste par des envahissements progressifs sur la race arabe, et elle saisira toutes les occasions qui favoriseront son développement. On peut donc être sûr que les embarras de l'empereur dans sa lutte avec l'Espagne n'inspireront aux berbères que bien peu de sympathie. Le trône des Chérifs recevra donc, même à sa base, des atteintes qui l'ébranleront.