El-Atari, principale rue de Tanger.

Enterrement à Tanger.

«C'est dans les habitudes diplomatiques surtout que la réforme est devenue nécessaire. Dernier représentant de la théocratie musulmane, l'empereur du Maroc a conservé toute l'arrogance d'un sultan, unie à l'intolérance d'un marabout. Jamais, depuis des siècles, il n'a mesuré ses forces contre des forces européennes; il en est encore au point où en était le bey d'Alger, lorsque, plein de confiance en lui-même, il laissait tranquillement débarquer les troupes françaises à Sidi-Ferudj, dans la crainte, disait-il, qu'elles ne lui échappassent. Il est temps enfin de faire savoir à cet insolent potentat que l'Europe a quelque chose à lui apprendre, et d'opposer à cet aveuglement fanatique les leçons de la réalité.»

Qu'ont fait les Maures et les Arabes de ce beau et fertile pays dont ils se sont partagé la souveraineté? Ils ne savent pas même profiter de ses ressources naturelles. Au lieu de se civiliser, au lieu de rester stationnaires comme les Chinois et comme certains peuples de l'Asie, ils se barbarisent, qu'on nous permette cette expression... «Les bouleversements que les Maures ont éprouvés après qu'ils ont été repoussés d'Espagne en Afrique ne présentent aucune variété qui puisse intéresser le lecteur, dit Chénier, et déguiser la bassesse de leur esclavage et la férocité de leur usurpateur; c'est un thème continuel et presque uniforme de dévastations et de forfaits qui ne permet pas de se distraire un instant sur les malheurs attachés à l'humanité. Un voit dans Salluste et dans Procope, qui sont, de tous les historiens qui ont parlé des Maures, ceux qui méritent le plus de confiance, que le temps n'a point influé sur leur génie et sur leur caractère. Ils sont encore, comme le dit Salluste, inconstants, perfides et incapables d'être retenus par la crainte ou par les bienfaits.» Leur vanité égale leur ignorance. Ils se croient tellement supérieurs aux nations de l'Europe, qu'ils ne veulent ni les visiter, ni les laisser pénétrer chez eux. Pour franchir les limites de l'empire ou dépasser les murailles des ports de mer, il faut avoir obtenu une autorisation expresse et spéciale du sultan.


Muley ben Yusuff, marchand marocain.

Simja, Juive tangérienne.

Ali, paysan des environs de Tétouan.

Aussi le Maroc a-t-il très-rarement été visité. La plupart des voyageurs qui se sont avancés un peu loin dans l'intérieur du pays, étaient, comme Lemprière et le docteur Brown, des médecins dont le sultan malade sollicitait les secours. Un des derniers ouvrages publiés sur le Maroc porte la date de 1853. Son auteur est un capitaine anglais nommé Washington. Trois chargés d'affaires français ont été envoyés dans ce royaume depuis 1830; mais les résultats de ces missions officielles sont restés jusqu'à ce jour enfouis dans les cartons de nos ministères. Nous empruntons à la relation anglaise du capitaine Beauclerk (1826). un des compagnons du docteur Brown, les détails suivants sur la capitale de l'empire et sur l'empereur actuel, qui règne depuis 1822:

«Tout à coup, dit Beauclerk, la ville impériale vint frapper nos regards, assise avec ses musquées, ses minarets, sa forteresse, au centre d'une vaste plaine couverte de palmiers, et, dans le fond, les neiges éternelles de l'Atlas se détachant sur l'azur du ciel à une hauteur de onze mille pieds. Tandis que nous jouissions en silence de ce magnifique coup d'œil, notre guide fit faire halte à sa troupe, et ils prièrent en commun pour la santé du sultan leur maître, après avoir remercié Allah de l'heureuse issue de leur expédition.

«Maroc est entouré de remparts à mâchicoulis en terre glaise, de 50 pieds, de hauteur, avec des fondations en maçonnerie, et garnis de tours carrées, à cinquante pas l'une de l'autre; ils ont six milles de tour, et on pénètre dans la ville par onze doubles portes; mais sa population n'est pas en rapport avec sa vaste enceinte; elle renferme de grands jardins et des terrains ouverts de vingt à trente acres d'étendue. Le palais du sultan, situé hors de la ville, du côté du midi, est une vraie forteresse représentant un carré, long de quinze cents verges sur six cents, divisé en jardins et en pavillons isolés qui forment la résidence impériale. Les pièces en sont carrelées en tuiles de diverses couleurs, et n'ont d'autre ameublement qu'un tapis et des coussins.

M. Beauclerk raconte ainsi sa visite au sultan: