Les bornes qui nous sont imposées ne nous permettent pas de donner ici des détails sur les mœurs et les coutumes des habitants du Maroc. On en trouvera dans l'ouvrage de Chénier déjà cité, dans les voyages de Lemprière, des capitaines Beauclerk et Washington. Nous terminerons cet article, nécessairement incomplet, par une courte explication des deux dessins de M. Pharamond Blanchard, représentant une noce et un enterrement.

Pendant le séjour de M. Blanchard à Tanger, un Maure de la montagne vint se marier à la ville. La cérémonie achevée, la noce retourna dans la montagne. La mariée était assise dans une sorte de cage formée avec des morceaux de bois et de la percale blanche, et surmontée d'un dôme de percale bleue; deux Maures soutenaient de chaque côté cette cage, posée sans aucun lien qui l'assujettit sur la selle du cheval; le marié, à cheval, suivait sa femme, conduit par deux parents; derrière les époux se pressait un nombreux cortège de parents et d'amis. Les Maures armés,--et presque tous les Maures ont des armes,--qui voyaient passer la noce, tiraient, on signe de joie, des coups de fusil.

S'ils dérobent aux regards indiscrets les charmes des nouvelles mariées, les Maures ne se donnent même pas la peine de jeter un linceul sur les cadavres qu'ils portent en terre. Ils ont l'habitude d'enterrer les morts aussitôt après leur décès, et, à défaut de bière, ils se servent, pour les conduire au cimetière, de tout ce qui leur tombe sous la main. Ainsi, M. P. Blanchard vit, à Tanger, enterrer un vieillard sur une échelle.

Le dernier des Commis Voyageurs.

(Voir t. III, p. 70, 86, 106, 118 138, 150 et 170.)

VIII.

RÉCIT.--LES AMOURS DE POTARD.

«Heureusement pour nous, continua Potard, le soldat de l'empire n'était plus en état de donner à sa menace tous les développements qu'elle comportait. Sous l'influence d'un nectar infiniment prolongé, ses idées couraient déjà les champs et sa langue faisait irrégulièrement son service. Aux ballottements de la tête, aux clignotements de l'œil, il était facile de reconnaître que Poussepain venait de s'imbiber outre mesure, et quand il prit la parole, sa voix avait cet accent nasal qui est la musique des buveurs.

«--Voici la chose, dit-il... Nous venions de passer sur le ventre à cinq cent trente-six mille cosaques... j'étais du neuvième corps... à l'arrière-garde... en bataille sur les hauteurs pendant que la grande armée opérait sa retraite... Victor nous dit: «Enfants! il faut tenir ici deux jours, autrement l'Empereur est cerné!...» Les mots nous électrisent... Deux ponts avaient été jetés sur la Bérésina... fleuve de malheur!... Eblé était là, le brave Eblé!... c'est bien... Napoléon passe... Eugène aussi... Davoust, Ney aussi... Les cuirassiers de Caulaincourt défilent sur les ponts... Nous restons cinq mille hommes contre cent mille... très-bien! à part un givre qui nous blanchissait les moustaches... Les Russes nous chargent... de mieux en mieux... les obus pleuvent... la mitraille nous prend en écharpe... personne ne bouge... Il s'agissait de sauver l'Empereur... Fallait voir ça, Potard... c'était superbe... quarante-huit heures sans reculer d'une semelle... à cheval de nuit et de jour... quels hommes! Dieu, quels hommes!... le moule en est perdu!... Mais vous ne buvez pas, voyageur? Est-ce que vous seriez malade?... Allons, pays encoure un rouge bord... c'est innocent au possible... une vraie pelure d'oignon... A la mémoire du général Eblé... brave Eblé!... Sans lui, il faillit passer l'eau à la façon des canards!... Brave Eblé!... Voilà un nuits un peu chouette!... Qu'en dites-vous, voyageur?

«--Un breuvage des dieux, capitaine, répondis-je en vil flatteur.