Place du palais et du théâtre, à Munich.--Le roi haranguant le peuple.

L'émeute, dont nous avons fait connaître la cause dans notre dernier numéro, a grondé pendant trois jours à Munich. Les correspondances et les journaux ne sont pas d'accord sur les moyens répressifs qui ont été employés. Plusieurs nient l'intervention du canon, mais tous s'accordent à représenter l'attaque populaire comme fort vive et fort obstinée, c'est dire que l'on a compté des victimes de part et d'autre. Des barricades ont été formées, et des uniformes militaires ont été vus dans les rangs de l'émeute. Enfin, le roi qui, en parlant au peuple du balcon de son palais donnant sur la Grande-Place, n'avait, le 2, obtenu qu'une bien courte suspension d'hostilités, a, le 4, fait annoncer la réduction du prix de la bière. Cette mesure a eu un succès plus soutenu que l'allocution de la surveille; la tranquillité s'est rétablie. Des arrestations ont eu lieu, et l'on instruit sur cette affaire. Ces mesures judiciaires, qui semblent en contradiction avec le parti qu'on avait pris de donner satisfaction et en quelque sorte raison au peuple, n'avaient pas amené de nouveaux troubles; et, le 8 au matin, le roi a quitte sa capitale pour entreprendre un voyage en Italie et en Sicile, auquel il se préparait avant ces malheureuses journées. En partant, ce prince a adressé au premier bourgmestre de Munich une lettre autographe on, après avoir rappelé les forfaits douloureux dont cette ville a été le théâtre, il dit qu'il a vu avec joie et consolation la ferme altitude de la bourgeoisie et le zèle intrépide avec lequel elle a contribué au rétablissement de l'ordre. Il fait envisager son départ comme une preuve de sa confiance dans cette fidélité et ces sentiments éprouvés. Espérons que les magistrats apporteront une sage mesure dans les poursuites auxquelles ils se livrent, et que la population ne sera pas amenée à tromper la confiance de l'auguste touriste.

Dans l'île d'Haïti l'agitation paraît autrement profonde qu'en Bavière. Les journaux anglais, qui consacrent la moitié de leurs colonnes à la glorification de nos ministres, et l'autre à les accuser d'avoir une politique ambitieuse, sans doute pour les élever aux yeux de la France, ont avancé, avec ce que nous appellerons poliment leur habituelle assurance, que la révolution qui gronde et semble prête à éclater dans l'ancienne île de Saint-Domingue est l'œuvre de notre gouvernement, et qu'un de ses agents secrets a été arrêté et trouvé nanti du pouvoirs et d'instructions. Les inventions sont fort obligeantes sans doute, mais ne nous paraissent pas destinées à faire beaucoup de dupes d'aucun côté de la Manche. Le gouvernement de la France a prouvé de reste assurément qu'il n'est pas travaillé par l'esprit de conquête; Haïti particulièrement a éprouvé la modération de nos exigences les plus légitimes, et l'accomplissement de ses engagements à notre égard est tout ce que nous lui demandons. Si son intérêt lui donnait le conseil de se placer sous la protection d'une grande puissance, et si elle s'adressait de préférence à la France, il faudrait précisément voir dans cette démarche et dans cette confiance une preuve que nous ne sommes pas considérés comme, bien envahisseurs. Du reste, le Courrier des États-Unis nous apprend que notre consul, à Santo-Domingo, n'est intervenu que pour sauver la garnison de cette ville. Cernées par des forces supérieures, ces troupes allaient être accablées, quand M. Juchereau de Saint-Denis a offert sa médiation, qui a été acceptée. Les soldats, par suite de la capitulation qui en a été le résultat, ont évacué la place; les officiers seuls ont été autorisés à conserver leurs armes. Le fils du président, qui était parmi ces derniers, est allé au devant de son père, qui marchait sur cette ville à la tête d'un corps d'armée. Des nouvelles postérieures de Port-au-Prince, à la date du 8 avril, annoncent que le général Hérard s'était avancé jusqu'à la petite ville d'Azna, qui n'est qu'à vingt-quatre heures de marche de Santo-Domingo; qu'il avait eu là une longue conférence avec le contre-amiral de Moges, commandant de notre station des Antilles, et qu'on ne croyait pas, en raison de la disproportion des forces, à une résistance bien longue de la partie espagnole soulevée. D'un autre côté, la ville des Cayes venait d'être attaquée et saccagée elle-même par un parti d'insurgés. Profitant de l'absence du général et des troupes, les nègres se soulevèrent en masse, le dimanche 31 mars, et firent un massacre effroyable de la population mulâtre. Le mercredi, les gardes nationaux des Cayes sortirent avec deux pièces d'artillerie pour châtier les rebelles; mais leur commandant passa du côté de ceux-ci et leur livra les canons. Ainsi armés, ils reconduisirent les gardes nationaux, entrèrent aux Cayes, et s'y livrèrent à une horrible boucherie de mulâtres. Les vaisseaux en rade servirent de refuge à ceux qui purent échapper, et un capitaine français, le capitaine Tahet, qui se trouvait en partance, n'hésita pas, bien qu'il n'eût, que les provisions nécessaires à son équipage, à se charger de cent cinquante de ces malheureux, qu'il alla déposer à la Jamaïque. Selon quelques-uns, ce n'est qu'une lutte de castes; selon d'autres, ce sont en même temps des souvenirs de nationalités différentes; une autre version n'y voit, que des inquiétudes sur le sort de la constitution, bientôt nous connaîtrons mieux les événements, leur portée, véritable et leur cause réelle.

Dans l'Amérique du Sud les nouvelles favorables aux Montevidéens prennent de la consistance. Oribe avait lancé un décret par lequel il déclarait, que tous les habitants des campagnes entre Minas, Pando et Salice, c'est-à-dire dans un rayon d'environ quarante lieues, devaient se retirer dans la ville de Minas sous trois jours, et que ceux qui ne se conformeraient pas à cet ordre seraient traités avec la dernière rigueur. Des sujets anglais s'étant trouvés compris dans cette incroyable menace en ont référé au commodore Purvis, dont la sollicitude pour les intérêts de ses compatriotes s'est constamment et énergiquement manifesté en toute circonstance. Nous n'apprendrons que plus tard l'issue de ce conflit, heureux pour nos nationaux qui continuent à se plaindre du peu d'appui qu'ils trouvent dans ces parages auprès des agents de la France.

Sur la foi du journal d'un de nos ports, auquel étaient parvenus des renseignements mensongers, presque toutes nos feuilles ont annoncé que le gouvernement mexicain, mettant à exécution le décret qui interdit aux étrangers toute espèce de commerce de détail, avait fait fermer, à Mexico seulement, dix-huit boutiques françaises; et que, les violences ne se bornant pas là et les Mexicains interprétant à leur manière, les idées de leur gouvernement, plusieurs citoyens français avaient été assassinés. Des lettres dignes de toute confiance autorisent à démentir cette dernière et si triste partie de la nouvelle mise en circulation. Quant aux mesures prises contre le commerce, elles se sont bornées à excepter quatorze étrangers seulement de l'autorisation de vendre en détail, et dans ce nombre on ne compte que six Français. Ce fait a encore sa gravité et attirera sans doute l'attention de notre gouvernement.

Le ministre des États-Unis à Buenos-Ayres vient d'adresser à son gouvernement une lettre qui renferme des détails très-dignes d'attention sur les États du feu docteur Francia, de Paraguay: «Un ministre plénipotentiaire de la république du Paraguay auprès de la confédération Argentine, senor don Andres Gil, écrit-il, est arrivé dans cette ville et m'est venu visiter, me disant qu'il avait ordre de le faire, et de me marquer les sentiments d'amitié de son gouvernement envers les États-Unis, et de me dire que tous les citoyens des États-Unis qui se rendraient au Paraguay seraient considérés exactement comme des citoyens du Paraguay; que son gouvernement désirait voir dans les ports de la république le pavillon des États-Unis. Le Paraguay, ajoute le consul américain, est au centre de l'Amérique du Sud, et probablement en est la partie la plus fertile. Durant trente années il a cessé d'avoir des relations avec ses voisins; la paix et la tranquillité y ont régné constamment; sa population s'élève aujourd'hui à plus d'un million d'âmes; il est borné au nord-ouest par la Bolivie; à l'ouest et au sud, par la confédération Argentine, et par le Brésil, à l'est et au nord-est. Le Paraguay ne peut manquer d'exercer bientôt une influence importante dans les affaires des États de l'Amérique du Sud, qui ont été déchirés pendant tant d'années par la guerre civile. Le Paraguay recevrait des États-Unis une quantité considérable de tissus de coton et des farines: en échange, il donnerait des peaux, du café, de l'indigo, etc. L'Angleterre, la France et le Brésil ont nommé des agents pour visiter le Paraguay. Le seul qui ait rempli sa mission est M. Gordon, secrétaire de la légation britannique à Rio-Janeiro. Dans ce moment, une convention de députés de toutes les provinces est assemblée dans la ville capitale, Assomption, pour rédiger une constitution. Le gouvernement actuel se compose de trois consuls qui administrent en attendant que la constitution soit adoptée.»

On espérait que les condamnations à mort de la commission militaire de Bologne seraient toutes commuées. Cette confiance a été trompée. Le 7 de ce mois au matin, six condamnés ont été conduits, dès le lever du soleil, hors des murs de la ville de Bologne, et fusillés par derrière, au milieu d'un nombreux carré de troupes qui entouraient le lien de l'exécution et empêchaient les rares curieux d'approcher. La nature du tribunal, le supplice outrageant, ont causé beaucoup d'émotion dans la ville.

La discussion sur le bill des manufactures avait été remise à l'ordre du jour dans la séance de la chambre des communes du 10. Lord Ashley a modifié sa proposition. Il demandait qu'à partir du 1er octobre prochain aucun enfant ne fût occupé dans les fabriques plus de onze heures par jour, et qu'à partir du 1er octobre 1847 ce temps de travail fût réduit à dix heures. Une amende de 5 à 10 livres sterling aurait été prononcée contre les manufacturiers qui auraient contraint les enfants à travailler plus longtemps. Lord Ashley a prévu que le succès pouvait ne pas couronner ses efforts, mais il a déclaré qu'il aurait toujours la consolation et la satisfaction de penser qu'il a allumé en Angleterre le flambeau de la philanthropie, qui, Dieu aidant, ne s'éteindra jamais. Le ministre de l'intérieur, sir James Graham, avait déclaré qu'il combattrait résolument la proposition. Mais les coups lui ont été portés par sir Robert Peel, et, au vote, l'amendement n'a compté en sa faveur que 159 voix; le ministère a su en réunir 297. Malgré cet échec, lord Ashley a été l'objet d'une sorte d'ovation, et le Times regarde comme bien fâcheux pour le cabinet le succès qu'il a obtenu.

La chambre des pairs poursuit lentement et laborieusement le vote des articles du projet de loi sur l'enseignement secondaire. On voit la majorité et le ministère passer subitement d'un plateau de la balance à l'autre et se montrer d'autant plus complaisants le lendemain qu'ils auraient eu meilleure envie d'être exigeants la veille.