Que n'a-t-on pas dit des proverbes depuis qu'ils existent, c'est-à-dire depuis le commencement du monde? Ils sont la voix des peuples, la sagesse des nations, etc., etc... A quoi bon répéter ici ce qui a été déjà imprimé tant de fois? Mais ce que nous pouvons apprendre à nos lecteurs, c'est que M. Fournier est le premier éditeur qui, jusqu'au 673,060me jour de l'ère chrétienne, c'est-à-dire jusqu au 1er janvier 1844, ait songé à faire, avec les proverbes actuellement existants, un beau volume in-8°, écrit par trois têtes dans un bonnet, et illustré par Grandville.
Cette heureuse idée a déjà reçu un commencement d'exécution: quatre livraisons des Cent Proverbes ont paru, à la grande satisfaction de tous les amateurs de livres illustrés, et principalement des admirateurs du talent exceptionnel de Grandville. Les trois têtes dans un bonnet (nous ne trahirons pas leur incognito) rivaliseront entre elles, nous en sommes certains, d'esprit et d'originalité. Quant à Grandville, les cinq dessins que nous empruntons aujourd'hui à son nouvel ouvrage nous dispensent de tout éloge. Ce serait lui faire injure, ainsi qu'à nos abonnés, que d'essayer d'analyser les innombrables mérites des grands bois et des vignettes des Cent Proverbes.
Laissons un peu parler le prospectus, qui nous révélera l'idée mère de cette curieuse publication.
«Tantôt simple et ingénu, tantôt brillant et coloré, tantôt sérieux et ironique, suivant le pays qui l'a vu naître; tour à tour gai et mélancolique, grotesque et sublime, toujours concis et acéré, le proverbe prend toutes les formes, s'accommode de toutes les situations; il se montre à la cour, sur la place publique; il habite les palais et les greniers; il se renouvelle, il se transforme, il est toujours jeune comme le cœur humain, dont il est la traduction; le proverbe, c'est l'homme. Voilà pourquoi il est si difficile d'écrire son histoire; nous allons l'essayer cependant.
| L'amour fait danser les ânes. | Au royaume des Aveugles, les borgnes sont rois. |
| Derrière la croix souvent se tient le diable. | Trois têtes dans un bonnet. | Il ne faut pas dire: fontaine je ne boirai pas de ton eau. |
«C'est le proverbe populaire que nous tenons de préférence à mettre en honneur. Le trait naïf et pittoresque, le vêtement simple et même grossier de la phrase dessinent mieux la vérité qu'une parure splendide; le bon sens a le geste décidé, l'allure franche, la physionomie ouverte; la coquetterie n'est bonne qu'à ceux qui veulent tromper, et le bon sens ne cherche qu'à convaincre.
«Rajeunir par l'actualité de l'application, par la fraîcheur du costume, ces éternelles vérités: voilà notre but. Sans parti pris, sans préférence quelconque, sans aucune acception d'époque ou d'origine, nous emprunterons aux philosophes comme aux poètes, à l'antiquité comme à notre âge, au Nord comme au Midi. Toutes les formes littéraires nous viendront en aide: dissertation, apologue, nouvelle, scène dramatique, saynète, fabliau, prêteront à des plumes éprouvées les ressources illimitées de leurs tons divers.»