Nous n'en dirons pas davantage aujourd'hui sur les Cent Proverbes. A l'œuvre on connaît l'artisan, et qui vivra verra.
Bulletin bibliographique.
Angleterre; par M. Alfred Michiels.--Paris, 1844. 1 vol. in-8. 7 fr. 50. Coquebert.
Il ne faut pas juger de ce livre par son litre. A voir de seul mot, ANGLETERRE, imprimé en gros caractères sur sa couverture et au haut de ses 480 pages, qui ne s'imaginerait, comme moi, que M. Alfred Michiels vient de publier un traité politico-économique sur la plus grande et la plus intéressante partie du Royaume-Uni. La lecture du premier chapitre a bientôt dissipé cette illusion. Mais alors même qu'on pénétrerait plus avant dans ce volume, on pourrait encore, si l'on n'est pas habitué à ces sortes d'ouvrages, se tromper complètement sur ses mérités et sur son contenu. En effet, M. Alfred Michiels a eu le tort impardonnable de commencer sans une préfacé on sans une introduction, et de finir sans une table de matières. On est absolument obligé de lire ou de feuilleter ses quatorze chapitres pour savoir ce qu'ils valent et ce qu'ils renferment. Réparons donc en quelques lignes l'omission, peut-être volontaire, de M. Alfred Michiels, et apprenons aux lecteurs de notre bulletin ce qu'ils peuvent être sûrs de trouver dans l'Angleterre.
M Alfred Michiels est un de ces voyageurs qui ne s'occupent ni d'eux-mêmes, ni du présent et de l'avenir. Le passé seul l'intéresse. A peine arrive-t-il dans un pays nouveau, il raconte les événements qui l'ont illustré. Visite-t-il un monument, il en refait l'histoire. Les cimetières surtout l'attirent et le retiennent longtemps, car il y trouve de nombreux sujets d'études rétrospectives, historiques ou littéraires,
Est-ce que les brebis aux louves sont pareilles?
Est-ce que les frelons fréquentent les abeilles?
dit Brute dans Lucrèce. M. Alfred Michiels a suivi la pente où l'entraînaient ses goûts. Il n'a pas voulu publier une analyse détaillée de toutes les impressions purement personnelles qu'il avait éprouvées pendant son voyage, ni risquer de s'égarer dans des considérations philosophiques sur l'état actuel et la condition future du Royaume-Uni. Nous le blâmerons d'autant moins de cette détermination, qu'il a rapporté de son excursion à Londres et dans ses environs, un gros volume dont la lecture est aussi instructive qu'intéressante. Peut-être seulement M. Alfred Michiels apprend-t-il quelquefois à ses lecteurs une foule de choses qu'ils ne pouvaient pas ignorer.
Nous venons d'exposer la méthode de l'auteur de l'Angleterre, voyons comment il l'applique. Arrivé à Boulogne, M. Alfred Michiels constate d'abord deux faits parfaitement connus avant lui, à savoir, qu'il y a deux villes, une ville haute et une basse, et qu'on y parle l'anglais aussi bien et aussi souvent que le français. Mais traversons le détroit, malgré le mal de mer, cette chose bien humiliante, remontons ce fleuve magnifique qui n'a inspire à M. Alfred Michiels qu'une seule phrase un peu trop simple, et débarquons devant la façade ionique de la douane. Dés qu'il a mis pied à terre, M. Alfred Michiels aperçoit le monument, et il fait en conséquence l'histoire de l'incendie de 1666.
Une fois lancé dans cette voie, M. Alfred Michiels ne s'arrête plus. Après un court chapitre sur l'aspect général de Londres, et sur les mœurs de ses habitants, une visite à l'abbaye de Westminster fournit à M. Alfred Michiels une trop belle occasion de se livrer à ses études favorites pour qu'il la laisse échapper. Il nous raconte donc l'histoire de ce monument depuis la légende la plus ancienne jusqu'à nos jours, et durant sa promenade, il s'arrête devant quelques-uns de ses quatre cents tombeaux. Chaucer, Shakspere, Addison, reçoivent en passant son hommage. Goldsmith obtient de lui une courte notice biographique.