Aussi, malgré sa vaste érudition, son esprit vif et curieux, son coup d'œil à la fois rapide et profond, M. Monteil n'a réussi qu'à demi. Dans un livre qui eût exigé la science de Mabillon et la verve de Voltaire, il a quelquefois faibli. Avons-nous le droit de nous en plaindre? Non; car si on rencontre çà et là des traces d'épuisement et d'insuffisance, on retrouve, aux endroits même les plus défectueux, le cachet «de la science et du travail. L'Histoire des Français des divers États restera donc sous les yeux des savants, des philosophes et des artistes, comme une riche mosaïque dont chaque fragment peut inspirer un bon livre ou un piquant tableau.

E. de C.

Poésies de Schiller, traduites par M. X. Marmier; avec une introduction du traducteur.--Paris, 1844. Charpentier. 1 vol. in-18. 3 fr. 50.

«La poésie lyrique, dit M. X. Marmier dans son introduction, est l'une des poésies les plus pures et l'une des gloires littéraires les plus brillantes du peuple allemand. On n'a point vu se développer dans ce vaste pays d'Allemagne certains rameaux de la pensée humaine, qui, dans d'autres contrées, ont porté tant de fleurs précieuses et tant de fruits vivifiants. L'Allemagne n'a point eu de Molière, point de Walter Scott, ni de La Fontaine, et le drame, qui, dans les derniers temps, lui a donné une si grande illustration, le drame n'est apparu sur la scène allemande avec une réelle originalité et un véritable éclat, qu'après une longue suite d'obscurs tâtonnements, de froids essais, de fades imitations; mais depuis les plus anciens temps, l'Allemagne, avec sa nature tendre, rêveuse, idéale, a senti s'éveiller en elle le sentiment de la poésie lyrique.»

Parmi tes poètes lyriques de l'Allemagne, Schiller occupera toujours une place distinguée. Dans l'introduction, à laquelle nous venons d'emprunter le fragment précédent, M X. Marmier recherche les premières traces de ses compositions lyriques, et indique les différentes phases que sa pensée a suivies, le cercle qu'elle a parcouru, jusqu'à ce qu'elle arrivât à sa dernière manifestation, à son dernier développement, interrompu, brisé par une mort prématurée. Il nous le montre débutant à seize ans dans la carrière littéraire par ode intitulée le Soir; composant péniblement, en 1779, une seconde pièce intitulée le Conquérant, qui annonçait encore moins de pureté et de goût que d'inspiration naïve; puis, après le succès des Brigands, publiant, en 1782, une Anthologie, qu'il remplit presque en entier de ses propres œuvres; plus tard enfin, enrichissant les Horen, ou les Almanachs des Muses de ses plus belles compositions lyriques, le Plongeur, le Chant de la Cloche, le Gant, etc.

Les poésies lyriques de Schiller n'avaient jamais été traduites en français. En 1822 seulement parut un petit volume non signé, qui contenait la traduction d'un certain nombre de pièces. M. X. Marmier vient de refaire et de compléter ce premier travail, et il s'est acquitté avec autant de bonheur que de conscience de la tâche difficile qu'il s'était imposée. «Toute poésie lyrique, dit-il, avec raison, est difficile à traduire, car toute poésie lyrique, on l'a souvent et très-justement remarqué, perd dans la plus fidèle des traductions l'harmonie, qui en est une des qualités essentielles, et souvent la couleur. Celles de Schiller présentent plus de difficultés encore, par la nature même de la langue allemande, dont nous ne pouvons rendre dans notre langue les teintes vaporeuses, et par le génie particulier du poète, génie rêveur et philosophique, qui, dans ses compositions lyriques, enveloppe souvent sa pensée d'une forme abstraite.»

«Tel que nous l'avons composé, ajoute M. Marmier en terminant, ce recueil est aussi complet qu'il est rigoureusement possible de le désirer, et nous avons essayé, dans notre traduction, de rester fidèlement attaché au texte original. C'est un travail qui avait pour nous un attrait de cœur; c'est un hommage qu'il nous était doux de rendre à la mémoire de Schiller, dont nous avons suivi avec amour les traces à Stuttgart, à Iéna, à Weimar, parmi ceux qui ont eu le bonheur de le connaître, et qui se souviennent de lui connue d'un homme doué des plus beaux dons de l'esprit et des plus nobles qualités de l'âme.»

Simples Amours; par Eugène de Lonlay.--Paris, 1844. Amyot. 2 fr.

L'auteur des Bluettes est toujours amoureux et poète. Au lieu de diminuer avec le temps, ces deux passions qui le dévorent, ne font qu'augmenter. Que d'autres désirent la fortune et la gloire, M. Eugène de Lonlay se contente d'aimer et de chanter: «Loin de moi, s'écrie-t-il, ces tristes accents qu'emprunte le barde éploré pour surprendre les transports et les larmes! L'aveugle fortune, comme il l'appelle, ne m'a point favorise; mais je bannis le chagrin, et ma devise est l'amour. Si riche que soit la possession, elle tue le rêve, elle entraîne à sa suite toutes les craintes de la perte. L'homme qui n'a que le pain quotidien est moins chargé d'ennuis que l'avare qui possède et palpe l'or. Non, je ne suis pas de ceux qui se plaignent... La vie est belle pour le croyant.»

M. Eugène de Lonlay croit donc à l'amour, et il adore sa divinité avec toute la ferveur d'un néophyte enthousiaste. Il rime chaque jour en son honneur quelques verselets, comme il appelle lui-même ses petits vers et chaque année il publie un petit recueil de romances amoureuses, dont la simplicité sans prétention désarmera toujours les critiques les plus sévères: