M'emporte aux cieux!
A vous, Marie,
Ma voix qui prie,
Et mes adieux!
La Légomanie; par Timon.--Paris, 1844. Pagnerre. 75 c.
Quel que soit le sujet qu'elle traite, une brochure de Timon est toujours une bonne fortune pour tous les lecteurs qui recherchent avidement l'esprit et la verve satiriques. Sous ce titre, la Légomanie, M. Pagnerre vient de réimprimer en un petit volume in-32, une série d'articles que l'auteur du Livre des Orateurs a publiés, le mois dernier, dans la Gazette des Tribunaux, sur le nouveau projet de loi concernant le conseil d'État. Timon trouve cette loi inopportune et mauvaise, et il l'avoue hautement, et il explique avec tant de bonheur les motifs de son opinion, qu'il est difficile, après l'avoir écouté, de ne pas se ranger de son avis. Il attribue, en commençant la présentation de ce malencontreux projet à une maladie fatale, qu'il appelle la Légomanie. «Je concevrais, s'écrie-t-il des le début, qu'on eût la légophobie, c'est-à-dire l'horreur des lois nouvelles, et si j'étais électeur, je dirais à mon député: «Faites vos affaires, et, si vous le pouvez, les miennes; je ne disconviens pas que je ne vous ai nommé un peu pour cela; mais, en outre, et de grâce, donnez-nous le moins de lois possible, le moins de lois possible, entendez-vous bien?» Malheureusement, la chambre des députés a le diable de la légomanie au corps. Il faut absolument pour lui plaire que chacune des neuf Excellences donne son coup de pioche dans la corvée législative; sans cela ne dirait-on pas: Concevez-vous un pareil ministre, qui ne présente pas le plus petit bout de loi? Est-ce que nous continuerons à gratifier ce paresseux d'un traitement de 80,000 fr.? Est-ce que nous ne lui ôterons pas les chevaux de son équipage? Qu'il aille, se faire traîner par des bœufs, comme les rois fainéants de la première race!... C'est singulier, mais, moi, j'avoue que tout au contraire je donnerais volontiers vingt autres mille francs à tout sobre et judicieux ministre qui ne voudrait pas ajouter une loi de plus aux 52,000 lois indispensables dont nous avons le bonheur de jouir; 52,000 lois! et vous en voulez encore! O gens de peu de ressources! ouvrez le Bulletin, mettez-y la main, retirez-la, et ce sera bien du hasard si vous n'y trouvez votre affaire?»
Annuaire de l'Ordre judiciaire de France publié par un employé du ministère de la justice.--Paris, 1844. 1 vol. in-18 de 600 pages. Coste et Delamotte.
L'année 1844 a produit à elle seule plus d'annuaires nouveaux que les dix années précédentes. Il y a quelques semaines, nous annoncions la mise en vente d'un Annuaire de l'Économie politique et d'un Annuaire des Voyages; aujourd'hui, nous recevons le premier volume d'un Annuaire de l'Ordre judiciaire, publié par un employé du ministère de la justice. Ce recueil, dont l'utilité ne saurait être contestée, contient la nomenclature exacte et complète des magistrats des différentes juridictions, des membres de tous les barreaux, des notaires de chefs-lieux et des cantons ruraux, des avoués d'appel et de première instance, des commissaires-priseurs et des huissiers, tant de la France que des colonies. Les facultés de droit, écoles préparatoires à l'exercice des fonctions de l'ordre judiciaire et les conseils de préfecture, tribunaux administratifs, qui, sans faire partie de l'ordre judiciaire proprement dit, s'y rattachent cependant à quelques égards, occupent les premières et les dernières pages de cette nomenclature d'environ 60,000 personnes.
On s'occupe beaucoup aujourd'hui de la peinture moderne. Certains artistes ont vu leurs ouvrages prendre rang dans les cabinets des amateurs concurremment avec les œuvres des maîtres d'autrefois, et les ventes publiques font depuis quelque temps un véritable succès aux compositions des peintres de la jeune école. Il est curieux d'étudier la physionomie de ces ventes, où l'estime publique couronne, en dépit de l'Institut, des artistes que les Académies repoussent.
On visite en ce moment, aux Galeries des Beaux-Arts, une exposition particulière de tous les objets retirés de l'exposition générale et annuelle de cet établissement d'art et destinés à la vente opérée tous les ans, au nom des artistes, par l'administration des Galeries des Beaux-Arts, et qui aura lieu le 21 et le 22 mai. Cette exposition est intéressante par la réunion des noms qui composent son catalogue, et qui appartiennent aux artistes les plus aimés et les plus connus. Nous citerons entre autres MM. Bellange, Boilly, Réaume, Canon. Charlet, Couder, Danzats, Decamps, Dedreux, Deveria, Diaz, Français, Huet, Johannot, Eug. Lami, Maréchal, Meissonier, Roqueplan, Soulès, Tourneux, etc.