Note 2: Nous avons emprunté la plupart des renseignements contenus dans cet article à des notes communiquées par une des femmes à qui ou est redevable et de l'institution et d'une partie de ses développements. Nous les avons complétés à l'aide du Journal des Salles d'Asile, auquel ces bienfaitrice de l'œuvre ont souvent fourni également d'excellents travaux. En nous remettant ces documents, on a imposé à notre reconnaissance la dure condition de garder le silence. Si cette réserve n'était pas dictée uniquement par une modestie aussi noble que sincère, nous aurions pu être tenté d'y voir en temps une leçon donnée aux philanthropes à grand orchestre.
(La suite au prochain numéro.)
Exposition des Produits de l'Industrie.
(4e article.--Voir t. III, p. 49, 153, 164 et 180.)
BRONZES.
L'industrie des bronzes est une des plus intéressantes dont nous ayons à nous occuper: c'est une industrie éminemment parisienne, qui appelle à son aide les artistes les plus habiles et les ouvriers les plus infimes, qui s'adresse aux fortunes les plus considérables, pour lesquelles elle se fait grandiose, imposante et puissante, et aux plus petits rentiers, chez lesquels elle fait pénétrer le goût des choses solides et confectionnées avec art. Les jurys de 1835 et 1839 s'étaient plaints de ne pas voir arriver aux expositions ce qu'ils appelaient la partie industrielle de la fabrication des bronzes, celle qui va trouver la grande masse des petits consommateurs, et de n'avoir à récompenser que les grands fabricants, ceux qui, par l'importance de leurs ateliers, le choix de leurs modèles et le fini de leur exécution, se recommandent d'eux-mêmes à l'attention publique; tandis qu'ils auraient désiré appeler aussi les récompenses sur les fabricants de troisième et quatrième ordre, sur ceux qui versent leurs produits courants dans le petit commerce. En sera-t-il différent cette année, et le jury de 1844 signalera-t-il l'arrivée au grand jour de ces bronziers qui font tout pour répandre dans le public le goût des bronzes, et qui se dérobent obstinément à la reconnaissance publique? Nous ne saurions l'affirmer; cependant il nous a semblé remarquer cette année un assez grand nombre de produits usuels, qui marquent un pas fait depuis la dernière exposition, et qui ne sont pas indignes de figurer, même au point de vue de l'art.
L'industrie des bronzes remonte à la plus haute antiquité. Les Hébreux, les Égyptiens, les Grecs en faisaient usage: à Rome, des portes de temples, des statues, les tables des lois étaient en bronze, qui prenait le nom de métal sacré. Puis il disparaît dans les orage» qui ont suivi la chute de la civilisation romaine, pendant les premiers temps de la chrétienté et une partie du moyen âge. On ne le voit reparaître qu'à la renaissance, avec Donatello, Ghiberti et Benvenuto Cellini; c'est seulement en 1624 qu'il se naturalise en France: d'abord sous forme de canon, puis, quand la dorure au mat est inventée, comme objet de luxe et d'ameublement. Dès lors ses progrès devinrent rapides: à l'exposition de 1806, ses produits placent l'industrie des bronzes au premier rang, et, depuis cette époque, elle ne connaît pas de rivale. Le chiffre de son commerce augmente tous les ans. Les principaux marchés qui lui servent de débouchés à l'extérieur sont l'Angleterre, la Belgique, l'Italie, l'Allemagne et la Russie. Chaptal, dans son livre de l'industrie française, écrit en 1818, évaluait le mouvement commercial à 35 millions, et le nombre d'ouvriers à 6,000. Les fabricant» contestèrent ces évaluations, et les réduisirent de moitié, c'est-à-dire à 18 millions de francs et 3,000 ouvriers. En 1834, le mouvement commercial avait peu augmenté; mais, en 1839, le jury l'évalua à 23 millions de francs, dont un tiers pour l'étranger et deux tiers pour la France. Nous pensons qu'il y a encore eu amélioration depuis 1839; car, comme nous le disions plus haut, les produits de cette industrie tendent à s'adresser aux masses, qui commencent à apprécier l'avantage de trouver un objet d'art dans un meuble usuel.
On sait que le bronze n'est pas un métal pur: c'est un alliage, c'est-à-dire une combinaison de plusieurs métaux. Les proportions en sont très-variées, suivant qu'elles s'appliquent aux canons, aux cloches, aux statues, aux médailles, ou aux produits que nous voulons plus spécialement examiner. Dans l'état où se trouve actuellement l'industrie, des progrès de la fonderie en bronze, autrement dit de la composition du métal, dépend, pour cette fabrication, la possibilité de satisfaire aux exigences de l'art et à celles du bon marché. La plupart des fabricants de bronze ne font pas eux-mêmes leur métal: ils remettent leurs modèles à des fondeurs qui exercent spécialement cette industrie.
On conçoit l'influence de la composition du métal sur l'objet que le bronzier doit ensuite travailler, ciseler et dorer. Aussi une des opérations les plus importantes est-elle celle du dosage des différents métaux qui doivent entrer dans le bronze. Malheureusement, dans cette industrie, on a encore recours à des règles empiriques, où même les fondeurs tendent à abaisser le titre du bronze et à substituer le plomb ou le zinc au cuivre. Aussi, en général, l'alliage livré par les fondeurs n'est pas le plus convenable pour l'ajustement, le tour, la ciselure et surtout la dorure. Il paraît certain que l'alliage le plus complètement satisfaisant est celui qui se compose ainsi:
Cuivre 82 parties.
Zinc 18
Étain 3
Plomb 1 1/2.