Bénitier en bronze,
par M. Quesnel.

Parmi les bronziers fondeurs, nous placerons au premier rang MM. Quesnel et Eck-Dorand. Ces derniers ont fondu la statue de Molière, qui figure au-dessus de la fontaine de ce nom. Ils ont exposé cette année des bronzes d'art d'une belle exécution, des statues, des médaillons, et la comparaison de leurs produits avec ceux des fondeurs d'un ordre inférieur nous a convaincu que ces habiles artistes ne s'en rapportaient pas à des règles empiriques pour la composition de leur métal.

MM. Quesnel ont une exposition vraiment remarquable et qui attire l'attention, parce que leurs produits s'adressent à tous ceux qui ont un peu de goût (et qui n'en veut pas avoir beaucoup, dans ce temps-ci?). Elle consiste en bronzes d'art, statues, statuettes, groupes: c'est Mercure inventant la lyre, l'éducation de l'Amour, un groupe d'Amphitrite; mais MM. Quesnel ne se sont pas bornés à la mythologie

Candélabre en bronze,
par M. Denière.
païenne; ils ont fait aussi une incursion dans le domaine religieux: ils ont un groupe de l'ange Michel et Gabriel, des chandeliers gothiques, et surtout un bénitier en bronze doré, dont nous donnons aujourd'hui le dessin. Ce bénitier est d'une composition sévère et les lignes en sont harmonieuses. Les draperies des deux anges qui se tiennent au pied de la croix tombent bien, et l'ampleur de ces vêtements convient tout à fait à la couleur sombre du métal. MM. Quesnel ont réservé l'or pour la base et la coquille du bénitier. Il n'y en a pas trop, et pour nous qui n'avons jamais compris qu'une église fût une espèce de mine d'or, nous avons été satisfait de voir que, dans cet objet d'art, il n'a pas été prodigué.

Fauteuil en bois sculpté
par le procédé mécanique
de M. Émile Grimpré.

Les bronzes, dont nous venons d'entretenir nos lecteurs, touchent de si près à l'orfèvrerie, qu'ils ne seront pas surpris de nous voir les transporter subitement et sans transition devant la case de M. Froment-Meurice, dont l'exposition est si remarquable. Il y a, dans les produits de cet artiste, du style, de la pensée et une excellente composition. Son plus beau travail est un vase commandé par la ville de Paris, comme témoignage de reconnaissance à M. Emmery, ingénieur des eaux de la capitale, qui, pendant une carrière toute de travaux intelligents, a su concilier la science avec l'humanité, et faire d'excellents travaux avec des ouvriers moralisés par lui et qui lui étaient attachés comme à un père. La forme du vase est grecque, et l'ornementation, du seizième siècle, est riche et bien jetée. Ce vase est ciselé avec une véritable perfection.

Le dessin que nous empruntons à l'exposition de M. Froment-Meurice est un ostensoir, style Louis XII. Nos lecteurs verront combien il s'écarte des ostensoirs ordinaires, qui ont malheureusement l'air d'être tous de la même famille. Celui de M. Froment-Meurice est d'une remarquable composition; les amateurs peuvent y apprécier le passage du gothique à la renaissance. C'est une mine nouvelle à exploiter. On a été jusqu'à présent ou tout gothique ou tout renaissance. Cependant il y a dans cette époque reculée de transition un certain charme indéfinissable, la gaucherie du style qui s'éveille jointe à la rouerie de celui qui finit, toute cette alliance à moitié avouée, à moitié cachée de deux styles si différents, qui aurait pour nous tout l'attrait de la nouveauté et qui ne risquerait pas de fausser le goût du public, comme certaines œuvres d'artistes que nous ne nommerons pas, et qui croient faire du nouveau en faisant du bizarre. Il y a là, nous le répétons, pour notre orfèvrerie surtout, une riche mine à exploiter, et nous convions les orfèvres qui tiennent à ce que leurs produits conservent, sur les marchés étrangers, leur réputation de bon goût, à entrer dans cette voie nouvelle.