Buffet en chêne par M. Ringuet.
La fabrication des meubles est concentrée presque tout entière à Paris, où, depuis trente ans, elle s'est organisée sur une vaste échelle dans le faubourg Saint-Antoine. «Ce faubourg lui-même, dit le jury de 1839, avec ses 40,000 habitants, semble ne former qu'une seule usine dirigée par les maîtres les plus intelligents et servie par les ouvriers les plus habiles, tout y est soumis au principe fécond de la division du travail. Les scieries mécaniques débitent le bois de placage en feuilles légères, en baguettes sveltes et déliées. La hardiesse des découpures ne connaît plus de bornes; elle s'est emparée des métaux, de l'ivoire, de l'écaille naturelle et factice, pour en faire des fleurs, des bordures...» Ce que disait le jury en 1839 est plus vrai encore aujourd'hui où les cours industriels faits aux ouvriers ébénistes, les modèles qu'on leur met sous les veux, la théorie qui vient détruire la routine, a fait naître chez eux le goût du dessin et, par suite, le bon goût des ornements. Nous n'avons pas remarqué, en effet, comme aux expositions précédentes, ces formes affreuses et repoussantes, ces espèces de barbarismes qui affligeaient l'œil du curieux.
Ici d'ailleurs, comme dans d'autres industries que nous avons déjà signalées, il y a progrès sous le rapport mécanique.
Déjà en 1839, le jury avait remarqué les procédés inventés par M Émile Grimpré pour sculpter mécaniquement le bois et y produire, au prix du travail le plus simple, les effets les plus inattendus et les plus variés. Cette année encore le jury aura à constater un nouveau pas fait dans les procédés de sculpture pour l'ébénisterie; nous voulons parler des procédés imaginés par M. Wood, et dont nous offrons un spécimen à nos lecteurs. Ici c'est la sculpture à chaud: on soumet le bois sur lequel on veut sculpter à l'application d'un moule chaud qui porte en creux le dessin qu'on veut produire en relief. On conçoit que la première application ne produit pas le résultat attendu; mais on la renouvelle un certain nombre de fois, et bientôt le morceau de bois est devenu une œuvre d'art sans ciseau, sans marteau, sans rabot, et il a de plus acquis une teinte foncée qui lui donne plus de valeur. Ce que nous avons dit sur un dessin en relief s'applique également pour la moulure complète des colonnes, chapiteaux, dossiers, comme on le voit dans la chaise et le fauteuil de bois sculpté par ce procédé.
Nous avons choisi, parmi les meubles dont l'exécution nous a semblé remarquable, ceux qui ont été exécutés par MM. Grohé et Ringuet.
M. Grohé a exposé un prie-Dieu en chêne d'une forme gothique. Les détails en sont bien soignés; nous critiquerons seulement la forme des portes du bas surmontées de deux écussons: outre qu'il nous a toujours semblé de mauvais goût de faire intervenir les insignes de l'orgueil dans un meuble qui sert à s'agenouiller, à s'humilier, la caisse de ce prie-Dieu nous a semblé trop basse et trop large pour les deux battants de la porte, qui paraissent disproportionnés; sauf ces critiques de détail, nous reconnaissons que le style de ce meuble est sévère et parfaitement approprié à sa destination. Nous louerons sans restriction un autre meuble de M. Grohé, le meuble de milieu de salon, qui est irréprochable. Il est en ébène, à quatre pans, et les figurines, les détails des ornements y ont été faits con amore; c'est une des plus belles pièces de l'exposition de l'ébénisterie. Dans un genre différent, nous signalerons aussi un meuble de salle à manger, un magnifique buffet en chêne, dû à M. Ringuet. La couleur de ce bois, qui prend, d'ailleurs, en vieillissant des teintes sombres, est convenable pour une salle à manger, et les attributs que M. Ringuet a prodigués avec une sage mesure, sont tout à fait appropriés à la nature de son service.
Nous arrêtons ici notre compte rendu de l'ébénisterie, en répétant qu'elle nous a semblé cette année dans un progrès marqué. Le bon goût tend à pénétrer dans les masses, et les fabricants commencent à comprendre que s'il est lucratif de prendre à l'étranger ce qu'il a de bon, il est mille fois plus honorable de chercher des bénéfices dans une exécution irréprochable et mise à la portée de tous.
Erratum.--Dans notre article du numéro dernier, relatif au moulin à bras portatif, nous avons par erreur désigné M. Tarin comme inventeur de ce mécanisme. Nous nous empressons de rectifier cette erreur, et d'annoncer à nos lecteurs que l'inventeur et le constructeur est M. Bouchon, de la Ferté-sous-Jouarre.
Courses de Chantilly,
Quelques jours ont passé sur les courses du Champ-de-Mars, et déjà elles sont vieilles.