Toutes ces courses ont été languissantes et insipides. Chevaux et sportsmen, acteurs et spectateurs étaient engourdis: on s'ennuyait; pour réveiller les dormeurs, une poule de hacks, gentlemen riders, est improvisée. M. de Tournon s'élance sur Olivia, au marquis de Vidil. Quel cheval résisterait à la marquise Olivia? M. de Tournon est un de nos plus élégants et plus hardis cavaliers. Vainement M. de Caters et Phosphore, M. de Larochette et Maid, MM. Lupin, de Perregaux et Mosselman jouent des pieds et des mains, de l'éperon et de la cravache, Olivia vole et arrive la première. Déjà le matin, sous M. Edgar Ney, elle avait battu MM. de Bernis et de Pracoutal, deux cavaliers distingués. Mais pourquoi le marquis de Vidil, si rude chasseur, si vaillant gentleman, a-t-il laissé à M. de Tournon toute la gloire de ces deux succès?

Allons donc sur la pelouse de Chantilly, sans même jeter quelques fleurs et quelques mots à ces pauvres défuntes.

Pour devenir populaires, il ne manque aux courses de Chantilly qu'un chemin de fer. Tant qu'elles n'auront pas un railway économique au service des demi-sportsmen, elles resteront la propriété exclusive des membres du Jockey-Club. Allons, messieurs de Chantilly, cotisez-vous, imposez-vous, fouillez dans vos bourses, mais ayez un chemin de fer, si vous désirez que votre ville reste l'Epsom français.

Jeudi passé, outre les désagréments et les fatigues du voyage, la pluie s'était mise de la partie; il faisait froid, triste et humide. Cinquante amateurs, armés de parapluies, de manteaux et de tweeds, étaient perdus sur cette immense pelouse, qui serait trop vaste pour une armée de cent mille sportsmen. Le prince de Beauvau a eu l'étrenne de la victoire. Sa pouliche Rachel s'est adjugé le prix de Chantilly, 1,200 francs.

Dans le prix du ministère du commerce, Governor gagne les deux épreuves, et M. de Rothschild 2,000 francs.

Voici surgir un vainqueur nouveau. Salut à Mustapha! L'administration des haras royaux lui doit 3,000 francs.

Prix de Diane, 6,000 francs. Sido, Cavatine, Angelina, Lantere, promettaient une belle course. Vaines promesses! Cavatine se dérobe, Sido s'endort, Angelina regarde voler les oiseaux, Lanterne seule fait en conscience son métier de jument de course. Le prince de Beauvau gagne 6,000 Francs.

Le samedi était le jour consacré à la chasse. La pluie et le vent ne servent pas le nez des chiens; en dépit du mauvais temps, la chasse s'annonçait sous de brillants auspices. Attaqué à Ermenonville, l'animal de meute se fit chasser pendant quatre heures, puis les défauts arrivèrent: découragés et mouillés, les chiens ne retombèrent plus sur la voie. Au lieu d'un victorieux hallali, on dut sonner la retraite manquée. Quelle bredouille!

Dimanche, malgré le mauvais temps, les tribunes sont désertes. Nos frères de Normandie, de Bretagne ou de Picardie ont préféré Versailles et Saint-Germain à Chantilly; ils ont mieux aimé galoper eux-mêmes sur les chevaux du bois de Boulogne, que de voir s'escrimer les fils de Royal-Oak et Ibrahim.

En tout autre temps, la journée eût été bonne pour l'écurie Rothschild, qui a gagné deux courses sur quatre: avec Drummer, le prix de Nemours et ses 3,000 fr.; avec Governor, le prix de l'Oise et ses 2,000 fr. Mais, aujourd'hui. qu'importaient ces luttes anodines, ces mesquines récompenses? Aujourd'hui, il n'y a qu'un prix: c'est le prix du Jockey-Club, tous les autres ne sont que du remplissage. La leçon reçue l'année dernière par des parieurs extravagants n'a pas été perdue: à peine si quelques cent mille francs sont en jeu. Lanterne est première favorite, et, par hasard, la favorite a justifié les espérances qu'elle avait fait naître. Encore le prince de Beauvau! Cette victoire sera le plus beau fleuron de sa couronne d'éleveur, honorifiquement et spéculativement parlant: elle lui a rapporté au moins 60,000 francs.