La chasse au poste est à Marseille le rêve de toute la population. A la bourse, les conversations sur les grives se croisent avec celles sur les cotons; l'arrivée d'un nouvel oiseau de passage est quelquefois annoncée avant celle d'un navire. Tout oiseau qui, le dimanche, se pose sur un arbre, à Marseille, est un oiseau mort, plumé, rôti, mangé. Les étrangers qui arrivent dans la capitale des Phocéens, un jour de fête, s'étonnent de la fusillade continue qu'ils entendent, et plusieurs s'arrêtent, hésitant d'entrer dans une ville qu'ils croient envahie par l'émeute. A Marseille, tout homme qui se respecte a sa bastide et sa pinède; celui qui n'en possède point passe sa vie à la désirer, à faire des économies pour se procurer un jour cette jouissance. Dans le prix d'une bastide, la pinède entre pour moitié; si les arbres sont beaux, si la cabane est confortable, si tout se trouve dans une situation favorable et dans une direction adoptée par les oiseaux du passage, eh! alors, les prétentions du vendeur n'ont plus de bornes, il montre à l'acquéreur le livre où sont inscrits, sincèrement à ce qu'il dit, les oiseaux tués l'année précédente, et le démon cynégétique, le plus tentateur de tous les démons, fait promptement dénouer les cordons de la bourse.
La chasse au poste, à part l'amusement de tuer des oiseaux, offre d'autres plaisirs encore. Les dames aiment beaucoup la pinède; on les invite; et comme les Marseillais sont très galants de leur nature, elles viennent embellir ces réunions par leur présence. Je dis par leur présence, et non par leur conversation, car à la chasse au poste il faut se taire, c'est un point essentiel: le moindre bruit ferait déguerpir la grive prête à se poser sur le cimeau, elle irait chez le voisin, vous ne la tueriez pas, et, pour comble de malheur, il la tuerait, ce serait une double perte, à cause de la rivalité qui existe entre tous les postes. Le silence est donc recommandé aux dames; on leur dit:
Contentez-vous des yeux pour vos seuls truchements.
Mais, sans parler, il y a bien des moyens de s'entendre, et les yeux des Marseillais pourraient en apprendre aux plus jolies bouches du Nord. Et puis on déjeune; avec leurs belles mains blanches les dames font les apprêts du festin, les carnassières sont vidées; à la ville on les a beurrées de jambons et de poutargues, de poissons et de volailles; car, à Marseille, on va toujours à la chasse avec la carnassière pleine, on la rapporte vide, cela fait compensation; c'est le contraire dans les autres pays. Le déjeuner commence lorsque le passage est fini; alors on peut parler, rire et chanter, les joyeux propos circulent avec les bouteilles; et si quelque oiseau vient, malgré le bruit, se poser sur le cimeau, un domestique aux aguets en prévient les convives, et le pauvre petit tombe mort entre deux verres de vin de Champagne.
Le chien étant le compagnon obligé du chasseur, bien des gens se croient obligés d'aller chasser au poste avec un chien. Ils font cela par acquit de conscience et pour se donner un air. Le pauvre Médor rougit en allant ramasser un pinson blessé; il sent bien qu'il fait un métier déshonorant; mais son obéissance, son dévouement au maître, lui font surmonter son dégoût. Quelle noble abnégation! C'est Paganini jouant des contredanses dans un bastringue. A la chasse au poste on ne ramasse les morts qu'après la bataille. Les chiens servent quelquefois à poursuivre les chats qui, sur le mur voisin, guettent la chute du petit oiseau pour l'enlever à la barbe du chasseur; en sorte qu'on a souvent, en chassant au poste, le spectacle d'une chasse au chien courant en miniature.
En résumé, j'estime fort cette chasse quand il s'agit de grives, et lorsque je suis fatigué de courir la plaine. Cela fait diversion; on chasse en se reposant; on peut le faire avec intérêt même dans les pays où l'on rencontre du gibier plus noble; mais je suis d'avis de laisser vivre les pinsons, les linottes, les chardonnerets; j'aime mieux les entendre chanter que de les voir rôtis sur ma table. Cependant! si j'habitais Marseille, si j'en étais réduit à ce seul menu gibier, qui sait où ne m'emporterait pas l'envie de brûler de la poudre?
La Provence du 3 mars s'indigne de l'article de la loi qui défend la chasse sur la propriété d'autrui, sans la permission du propriétaire; elle dit que cette disposition est criante, qu'elle équivaut à une prohibition complète. Cet article n'est pas nouveau; il n'est que la reproduction de l'article 1er de la loi de 1790. «Il est défendu à toutes personnes de chasser, en quelque temps et de quelque manière que ce soit, sur le terrain d'autrui, sans son consentement, à peine de vingt livres d'amende envers la commune du lieu, et d'une indemnité de dix livres envers le propriétaire des fruits, sans préjudice de plus grands dommages-intérêts, s'il y échet.» Tout cela est basé sur le droit commun; car enfin charbonnier est maître chez lui, et, ne posséderait-il qu'un centiare de terre, vous n'avez pas le droit d'y entrer sans sa permission.
Des Vitraux anciens et modernes.
VITRAUX DE MM. GALIMARD ET LAMI DE NOZAN,
A SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.
Depuis quelques années, la peinture sur verre fait d'honorables efforts pour reconquérir dans nos édifices religieux la place qu'elle y occupait autrefois; nous avons à constater aujourd'hui un des plus beaux succès qu'elle ait encore obtenus: nous voulons parler de la fenêtre que viennent de placer à Saint-Germain-l'Auxerrois MM. Galimard et Lami de Nozan.