Une diligence qui verse au détour de la rue Lafayette, quelques côtes enfoncées, un malheureux jeune homme inconnu qui se brûle la cervelle dans l'église Saint-Gervais, aux pieds du saint autel, voilà les dernières tristesses de la semaine, en attendant l'autre.

La Chasse au poste.

Les chasseurs de la Provence sont en ce moment dans un état de surexcitation fébrile; les journaux du pays retentissent de plaintes amères contre la nouvelle loi sur la chasse. «Nous lie pourrons plus chasser au poste, disent-ils; Marseille réclamera sans doute, Marseille, où le poste à feu dans la pinède est devenu une nécessité de la vie, dont la campagne est hérissée à chaque pas de ces innombrables petits blockhaus où le chasseur, attentif derrière sa meurtrière, guette l'arrivée d'un oisillon sur le cimeau, tout, en tournant la succulente andouille qui chante sur le gril à l'unisson des merles et des bruants. Mais que deviendrait une grande partie de notre population provençale, si l'on voyait disparaître les marchés aux grives, si l'on était condamné à ne plus entendre l'orchestre de la chiquerie (1) aux premières lueurs du matin, et à abandonner, comme un exilé, cette petite cabane où l'on avait éprouvé de si vives jouissances?» (La Provence, du 7 avril.)

[Note 1: Chic est le cri d'appel des grives; on nomme chiquerie l'harmonie produite par plusieurs grives qui chantent.

Mes chers compatriotes s'effraient à tort, et je suis bien aise de leur porter des paroles de consolation. Les anguilles de Melun crient avant qu'on les écorche, et vous, vous criez alors qu'on ne vous écorche pas. Lisez donc l'article 2 de la loi nouvelle. Voici le texte: «Le propriétaire ou possesseur peut chasser ou faire chasser en tout temps, sans permis de chasse, dans ses possessions attenantes à une habitation et entourées d'une clôture continue faisant obstacle à toute communication avec les héritages voisins.» Est-ce clair? On dirait que les deux Chambres ne songeaient qu'à vous en rédigeant cet article 2; car les vingt mille bastides qui existent dans les environs de Marseille, soit qu'elles aient un hectare ou un are de jardin, soit que leur terrain soit grand comme un billard ou comme un châle de cachemire, sont closes de murs faisant obstacle à toute communication avec les héritages voisins: donc vous pouvez y chasser le cerf et le sanglier, le lièvre et le lapin s'il s'en trouve; et si, par une espèce de fatalité, ces quadrupèdes sont des animaux fabuleux sur vos heureux rivages, vous pouvez continuer en toute sûreté de conscience à poser sur les branches de la pinède vos appeaux de grives et de pinsons, d'ortolans et de chardonnerets, et fusiller de la cabane voisine tous les oiseaux de passage qui s'arrêteront pour se reposer au retour de leur longue pérégrination ou bien avant de partir pour leur voyage d'outre-mer. Ainsi la loi semble faite à votre taille, comme il semble qu'Alger fut conquis dans l'intention de favoriser votre commerce; vous avez plaisir et profit, un beau soleil et des figues bien mûres; ne vous plaignez donc pas.

Vue extérieure d'un poste à feu pour la
chasse dans les environs de Marseille.

Les chasseurs parisiens, accoutumés à tuer des perdreaux et des faisans, des chevreuils et des lièvres, lèveraient les épaules de pitié en voyant des milliers de chasseurs provençaux guettant une grive, un pinson, une linotte. Eh! messieurs, tous les genres de chasse ont leurs émotions. A Paris et partout ailleurs, on court après le gibier, mais à Marseille on attend qu'il vienne à la pinède; voilà toute la différence, le plaisir est le même au Midi comme au Nord. Vous ne savez peut-être pas ce que c'est qu'une pinède; c'est un bouquet de pins sur lesquels viennent s'abattre les oiseaux de passage attirés par les appeaux placés dans des cages et sur les branches de ces arbres. Tout près de là, le chasseur est blotti dans un trou recouvert de feuillage, ou confortablement installé dans une cabane, un pavillon, un kiosque garni d'un râtelier de fusils chargés, prêts à vomir la mitraille sur l'imprudent voyageur ailé qui se posera n'importe où. Au faîte du pin le plus élevé on attache plusieurs baguettes, deux horizontales, une verticale, qu'on nomme cimeaux; quelquefois ces baguettes forment un éventail, on les pose de manière que de la loge on puisse les voir de profil. Alors le coup de fusil prend en écharpe tous les oiseaux qui s'y trouvent perchés. Dans certains postes fashionables bien organisés, des fusils sont posés sur un affût et toujours dirigés sur cette espèce d'éventail, de sorte que sans viser on peut tuer. Les dames, les demoiselles qui n'osent pas toucher un fusil tirent de loin une ficelle attachée à la détente; le coup part, et le but est atteint. Cette chasse est fort amusante, essayez-en pendant le passage des grives; ayez quelques bons appeaux dans des cages, et vous ne regretterez pas votre abonnement à l'Illustration; vous bénirez le jour où vous avez déposé vos 30 fr. sur notre bureau.

Intérieur d'un poste à feu.