La bruyante admiration que certains auditeurs, à la première représentation, prétendaient éprouver pour les chœurs d'Antigone, nous a remis en mémoire l'histoire de madame de Longueville et son observation si naïvement judicieuse.
Nous n'analyserons pas les sept ou huit morceaux que renferme la partition de M. Mendelssohn. Nous serions exposés à répéter trop souvent les mêmes remarques elles mêmes reproches. Peu d'invention mélodique, peu ou point d'expression, rhythmes lourds et monotones... Mais n'insistons pas sur des vérités pénibles, et terminons, en faisant une exception pour le chœur du cinquième intermède, l'hymne à Bacchus, qui a du moins une partie des qualités dont les autres morceaux sont dépourvus.
--Il y a eu dernièrement, au Théâtre-Italien, une représentation curieuse à quelques égards. Deux chanteurs espagnols, MM. Ojéda et Cacérès, ont exécuté plusieurs morceaux d'un opéra espagnol, composé à Madrid par M. Basili. L'introduction de cet opéra ouvrait la marche. Ce sont des contrebandiers réunis dans une posaja, qui boivent, chantent, et aussi se querellent et se gourment un peu, ce nous semble. La musique de M Basili rend avec une certaine vivacité ces divers incidents.
Un autre morceau de ce compositeur a fixé l'attention de l'auditoire. Une cantatrice exécute la cavatine de Norma. Un dilettante castillan ne peut contenir son admiration, et l'exprime en chantant de la manière la plus plaisante, pendant que la prima donna poursuit sa tâche avec un sang-froid imperturbable. Ainsi l'air tragique de Norma devient tout à coup un duo bouffe. Cette idée est originale, et l'effet du morceau est assez piquant.
Il est à regretter seulement que les airs espagnols aient tous le même rhythme et la même physionomie. Toujours du plaisir n'est plus du plaisir, dit Zadig.--Toujours du boléro... Mais respectons les goûts d'autrui, même quand nous ne les partageons pas.
Le dernier des Commis Voyageurs.
(Voir t. III, p. 70, 86, 106, 118, 138, 150, 170, 186 et 202.)
X.
L'ANCIEN ET LE MODERNE.
«Jeune homme, poursuivit Potard en donnant à sa voix un accent de plus en plus solennel, vous vous tromperiez étrangement si vous ne voyiez dans ma confidence que le désir de vous distraire et d'intéresser votre curiosité. Voici bien des années que ce secret demeure enseveli dans mon cœur, et vous êtes le seul homme en faveur de qui je me sois départi de ma réserve. C'est la fatalité qui le veut; ce secret doit être désormais le vôtre comme le mien. Il est des choses qu'il fallait vous apprendre avant de vous demander compte de vos intentions et de vos desseins. Maintenant, monsieur Beaupertuis, répondez-moi d'une manière catégorique, avec franchise, avec loyauté. Songez-vous à mettre à couvert l'honneur d'une jeune fille que vous avez séduite? Consentez-vous à épouser ma Jenny, l'enfant d'Agathe? Voyons, expliquez-vous.»