et l'alphabet se trouve ainsi enseigné jusqu'à Z. L'éloquence du geste est permise dans ce mode de lecture, comme accompagnement de la voix. On peut, le bras tendu, montrer les lettres du bout des doigts, fermer le poing, battre la mesure, frapper des mains, lire vite, lire doucement, élever la voix, la baisser, le tout à commandement; l'oreille s'habitue à un certain rhythme, le corps est tenu en activité; le mouvement des bras, celui des pieds, entretiennent la vivacité de circulation, la plénitude de respiration, la turbulence d'action et la précision d'exécution; dans tout cet ensemble l'enfant est entraîné, il vit, il oublie qu'il apprend à lire; et en effet la lecture n'est pas, comme on le voit, le seul résultat de sa leçon. Lorsque ce procédé fut usité pour la première fois par les fondateurs des salles d'asile à Paris, l'un d'eux s'avisa de dire un jour au ministre de l'instruction publique (c'était en 1828): «Monseigneur, nous avons le moyen d'apprendre à lire aux enfants en chantant.--Pourquoi pas en dansant? repartit le ministre, qui croyait repousser une plaisanterie.--Vous avez raison, monseigneur, répliqua l'interlocuteur, ce serait encore mieux; nous y penserons.» Depuis ce temps il fut mis en usage de gesticuler et de sauter en mesure, tout en chantant: Je vois un A. Cette méthode, dit le Journal des Salles d'Asile, fait la joie de nos petite disciples. Nous n'assurons pas qu'elle soit la méthode sans pareille, la méthode par excellence; nous n'afficherons pas sur les murailles qu'elle peut procurer une lecture courante en vingt leçons, mais nous affirmerons qu'elle familiarise les enfants des salles d'asile avec la connaissance des lettres, avec celle des sons, avec l'habitude de la mesure, et qu'elle réunit l'utile à l'agréable pour un âge qui a besoin de mouvement autant et plus que d'enseignement.

La mise en rang des enfants avant leur entrée dans la salle, la prière, la lecture, ont été retracés par le crayon des artistes de l'Illustration. Ils ont voulu donner aussi à nos lecteurs une vue générale de l'intérieur de la salle de l'asile Cochin, et leur y faire voir jusqu'au lit de camp sur lequel on étend, durant les exercices, ceux des enfants que le sommeil a gagnés. Comme on retient cette jeune population jusqu'au soir, pour donner aux parents la disposition libre de leur journée entière, cette précaution, en quelque sorte maternelle, a plus d'une fois son utilité.--Enfin un dernier dessin représente le prononcé d'une des peines bien légères dont nous avons parlé plus haut. Les lignes suivantes du Cours normal de M. de Gérando expliquent et font apprécier cette innovation heureuse; «On a introduit depuis quelque temps, disait-il, l'institution d'un petit jury, formé par les enfants eux-mêmes, pour prononcer sur les fautes de leurs camarades. Vous trouverez dans cette institution, employée à propos et avec réserve, un moyen d'une heureuse efficacité pour faire réfléchir les enfants sur la moralité des actions, et pour les conduire à consulter le témoignage intime de leur conscience. Et ce qui nous prouve que la conscience leur dicte, en effet, naturellement, les règles du bien et du mal, lorsqu'ils l'interrogent avec une attention sincère et impartiale, c'est que les arrêts prononcés par ces petite jurys sont ordinairement empreints d'une équité remarquable.»

On a vu que tout est calculé pour que chacun des exercices fût une sorte de récréation. Mais pour satisfaire au besoin d'air et pour permettre aux enfants des mouvements plus vifs et plus animés, on les exerce dans les préaux à courir, à gravir, à sauter, à se livrer enfin à des exercices de gymnastiques simples, qui leur développent les muscles en les mettant souvent en activité.

C'est après une journée ainsi remplie que l'enfant retourne, le soir, dans sa famille gai, heureux, n'ayant recueilli que des impressions bienveillantes et morales qu'il reporte au milieu des siens.

Académie des Sciences.

COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844

(Voir t. I, p. 217, 234, 258; t. II, p. 182, 198, 396 et 394; t. III, p. 26, 58, 134 et 154.)

VII.--Sciences médicales.

Anatomie et physiologie.--Une note de M. Lacauchie contient la description de nouveaux organes appartenant au système chylifère des mésentères. Ces organes n'existent que dans les replis mésentériques du péritoine; on les suit depuis le commencement de l'intestin jusque dans le méso-rectum, et leur nombre est d'autant plus grand qu'on les observe sur un point plus rapproché de l'estomac. Ce sont de petite corps ellipsoïdes de plus d'un millimètre de longueur dans le sens de leur grand axe, transparents, parcourus dans leur centre par une ligne blanchâtre. Placés entre les deux feuillets du péritoine, ils abondent au voisinage du pancréas et vers la fin de l'intestin grêle autour de la glande chylifère dite pancréas d'Aselli.

Quelle est la nature, quels sont les usages de ces organes? Ces questions sont encore à résoudre. L'auteur de la note pense qu'ils produisent une matière particulière qui vient se mêler au chyle pour le modifier.