L'École éclectique et l'École française, par M. Saphary, professeur de philosophie au collège Bourbon.--Paris, 1844. Joubert. 1 vol. in-8. 6 fr.
Ce livre est un plaidoyer en faveur de l'école française contre l'école éclectique. M. Saphary attaque M. Cousin, son supérieur, et défend M. Laromiguière, son maître et son ami. Il pense, avec Rousseau, que des égards ne doivent pas l'emporter sur les devoirs.» Comme l'illustre philosophe de Genève, il s'écrie: «Justice, vérité, voilà les premiers devoirs de l'homme. Toutes les fois que des ménagements particuliers lui font changer cet ordre, il est coupable.»
Le jeune professeur de philosophie du collège Bourbon le déclare lui-même: il ne vient pas, en transfuge de l'Université, servir la cause de ses éternels ennemis. Mais il appelle de toutes ses sympathies le concours légitime et salutaire du clergé de France, «qu'on enveloppe, dit-il, dans une funeste solidarité, et dont l'action religieuse est affaiblie par le contact qu'on lui suppose avec une congrégation que m'autorise pas la loi, et que repousse l'esprit public.» Aussi lui conseille-t-il de désavouer ces liens secrets, cette domination étrangère qu'on lui prête, s'il veut prendre la mesure d'influence qui lui appartient, et que réclame le bien de la société. D'un autre côté, il engage l'Université à ne pas confondre la cause d'une école étrangère avec sa cause propre, qui est toute nationale; car il ne convient pas à sa dignité d'abriter derrière les noms de Descartes, de Bossuet, de Fénelon, des doctrines antipathiques à leurs doctrines, et dont le corps épiscopal s'est vivement ému, alors qu'il défendait les prérogatives de la raison, attaquée au sein même de l'instruction publique. «Pour dire, en un mot, toute notre pensée, s'écrie M. Saphary, en terminant sa préface, nous ne voulons ni les jésuites, ni les éclectiques; nous désirons qu'une direction nouvelle soit donnée à l'enseignement philosophique.»
Dans la première partie de son livre, l'École éclectique, M. Saphary essaie de prouver que l'éclectisme n'a introduit aucune idée neuve dans la science, ne l'a délivrée d'aucune erreur, et que, n'ayant pas pu créer, après les grands maîtres de la philosophie, une œuvre originale, il s'est vainement efforcé de former, de leurs pensées diverses, une doctrine unique qu'ils ne puissent pas désavouer.
Dans son opinion, l'éclectisme est un nom sans réalité. Appliqué aux sciences, il en devient la dislocation. Il n'a pas de méthode fixe, il est dépourvu de critérium pour discerner le vrai d'avec le faux; il propose des transactions; il tend à effacer le caractère de la vérité, à affaiblir les croyances, à énerver les âmes; enfin, il a porté le trouble dans l'Université, et il a déconsidéré la philosophie autant par ses pauvretés nébuleuses que par ses témérités provocatrices.
La seconde partie, intitulée l'École française, est le mémoire couronné par l'Université au concours sur la philosophie de Laromiguière. M. Saphary fait d'abord une esquisse de la philosophie française, telle que l'a prise Condillac des mains de Locke et telle qu'elle a été enrichie par lui et par ses vrais disciples jusqu'à Laromiguière. Puis il considère successivement son maître et son ami sous trois points de vue: il apprécie tour à tour le philosophe, l'écrivain, l'homme. Ce panégyrique se termine ainsi: «Lorsqu'on pressait ce modèle des philosophes de protéger au moins son œuvre contre les objections qu'on murmurait autour de lui, il répondait avec un profond désintéressement: «Si mon livre renferme la vérité, c'est en vain qu'on l'attaquera; sinon, qu'il périsse.» Il ne périra pas.»
Catalogue des Livres composant la bibliothèque de feu M. F.-Fréd. Poncelet.--Paris, 1844. Delion. 1 vol. in-8 de 400 pages. 6 fr.
C'est lundi prochain 3 juin que commencera à l'École de Droit la vente de la belle bibliothèque de feu Fréd. Poncelet. Cette vente se continuera sans interruption jusqu'au 6 juillet. Trente vacations suffiront donc pour détruire et disséminer cette magnifique collection que Poncelet, enlevé trop tôt à ses amis et à la science, avait mis plus de quarante années à amasser. Aucun professeur n'est jamais parvenu à recueillir une si grande quantité de matériaux rares concernant l'histoire du droit. La bibliothèque particulière de Poncelet renfermait un nombre considérable d'ouvrages français, mais surtout étrangers, dont les plus riches collections publiques ne possédaient pas un seul exemplaire, et dont les titres même étaient inconnus de savants. Il est vivement à regretter que tant et de si précieux trésors, réunis avec tant de peine et d'argent, soient dispersés en quelques jours dans une foule de bibliothèques particulières, où la plupart resteront à tout jamais enfouis sans profit pour la science. Heureusement du moins, il en restera toujours un catalogue bien fait, dans lequel les hommes qui s'adonnent au droit, ou qui s'occupent d'histoire ou de littérature, seront sûrs de trouver une foule d'indications utiles qu'ils chercheraient vainement ailleurs.
Musée Lambourg.--Une exposition intéressante est ouverte en ce moment boulevard des Italiens, nº 4. M. Lambourg y montre tout un cabinet d'histoire naturelle, plantes, fleurs et animaux de grandeurs naturelles, exécutés en verre et en émail, avec une perfection d'imitation qui accuse dans cet artiste, outre la possession complète des procédés matériels, un sentiment et un goût que nos peintres et nos sculpteurs admireront, et qui étonneront les gens du monde. Nous parlerons plus en détail de cette curieuse exposition; mais dès aujourd'hui, nous voulons engager nos lecteurs à la visiter. M. Lambourg ne se borne pas à montrer les produits façonnés de son art, il exécute devant les spectateurs des petits chefs-d'œuvre d'imitation qu'on voit naître d'une tige de verre exposée au feu d'une lampe, sous sa main habile et sûre. C'est un art qu'il enseigne et qui doit, nous en sommes certains, devenir un art à la mode dans le monde.