Ce que nous avons remarqué en grande quantité à l'exposition, ce sont des charrues: chaque contrée veut avoir la sienne, chaque cultivateur qui réfléchit et raisonne fait son invention; mais, nous devons le dire, bien peu nous ont paru avoir atteint le but, qui est d'ouvrir un sillon bien égal et bien droit, et du diminuer le travail de l'homme et des animaux employés à manœuvrer la charrue. Quoique toutes les charrues ne soient pas également propres à être employées dans les mêmes circonstances, en raison de la diversité des terrains, il y a cependant des conditions générales auxquelles toutes doivent satisfaire. Une des plus perfectionnées, celle qui a fixé l'attention publique et attiré à son auteur, simple garçon de ferme, les encouragements et les récompenses, est la charrue Grangé; nous voudrions qu'il nous fût permis de donner à nos lecteurs une description succincte de cet ingénieux instrument, et ils verraient, en le comparant à ceux exposés cette année, que les combinaisons auxquelles se sont arrêtés les exposants ne présentent pas, à beaucoup près, les mêmes avantages; mais notre cadre ne comporte pas cette description.

Nous nous bornerons à décrire une charrue nommée par son auteur, M. Le Bachelle, araire avec support. L'auteur a cherché à réunir les conditions qui doivent avoir pour résultat la moindre résistance possible, au moyen du mode de répartition du frottement et de la pression exercée par la terre qu'ouvre le soc de la charrue. Cette répartition consiste à faire participer au frottement, dans une égale proportion, toutes les parties de l'instrument qui contribuent au déplacement de la terre. En outre, et par la raison qu'il est impossible d'exécuter convenablement tous les genres de labour avec la même charrue, l'auteur a disposé la sienne de manière à pouvoir employer des versoir» de différentes formes. Le mode de traction adopté pour cette charrue est le même que pour l'araire, qui, comme on sait, est privé d'avant-train: mais on peut à volonté y adapter un support, dans les cas assez nombreux où l'araire a besoin d'être maintenu; ce qui fait participer cet instrument aux avantages de l'araire et de la charrue ordinaire. Ajoutons que pour juger une charrue, c'est à l'œuvre qu'il faut la voir, et pas seulement dans un concours, mais dans une exploitation courante. Nous nous garderons donc bien de recommander celle dont nous venons de parler plutôt que telle autre; nous avons seulement voulu signaler quelques ingénieuses combinaisons qui nous ont semblé la distinguer.

Quand la terre a été ouverte, il faut y répandre la semence; on connaît le mode barbare généralement suivi dans les campagnes, qui consiste à jeter la semaille à la main et à faire ensuite passer la herse sur les endroits ainsi ensemencés. Par cette méthode, on a calculé qu'on perdait environ les deux tiers de la semence; aussi ne doit-on pas être surpris de voir un grand nombre de machines à semer à l'exposition; nous ne nous arrêterons pas à les examiner. Le problème à résoudre est de déposer avec mesure et une parfaite égalité la semence dans le sillon et à le recouvrir immédiatement. Mais il faut que la force dépensée pour obtenir cet effet ne présente pas une augmentation de prix sur le système actuel avec semaille à la main et recouvrement par la herse.

Puis viennent dans l'ordre des saisons, les machines à faucher, à moissonner, à battre le blé.

M. Lanu, avocat, a exposé une machine à moissonner, composée d'une paire de grands ciseaux portée sur des roulettes: les deux branches des ciseaux sont deux longues tiges de fer, terminées par une poignets, que l'homme manœuvre debout. De plus, sur les lames des ciseaux sont deux petites tringles de fer, qui déterminent, comme il convient, le renversement du blé coupé. Nous ignorons la valeur de cet instrument, qu'il sera bon de voir fonctionner.

M. Gaigan a exposé un faucheur mécanique. C'est une brouette à trois roues, deux grandes au milieu et une petite en avant. Autour de la petite roue et à égale distance l'une de l'autre, il y a trois faux qui tournent à la fois et sont placées aussi près de terre que l'on veut: le mouvement est donné par la marche de la brouette. Pour cette machine, comme pour la précédente, il faudrait assister à des essais. Cependant nous avons entendu dire à de bons agriculteurs qu'ils n'ignoraient pas que cette machine pût servir là où le foin est d'un prix élevé.

Quant aux machines à battre le blé, il y en a un grand nombre: nous nous bornerons à citer celles de M. Boulet, de M. Mittelette, de M. Lagrange, de M. Midy et de M. Mothes de Bordeaux; cette dernière paraît réunir les suffrages des connaisseurs, parce que le blé y est battu en ligne droite, au lieu de l'être en ligne courbe, ce qui permet de conserver la paille autant que possible. Dans cette machine comme dans les autres, le blé est attiré par des rouleaux adducteurs.

L'innovation importante est d'avoir une aire mobile, qui rapproche ou éloigne la couche de blé à battre, suivant que cette couche est plus ou moins épaisse.

Il nous reste à entretenir nos lecteurs des machines de M. Quentin-Durand, qui a monté à Paris un atelier de machines agricoles perfectionnées et d'un prix tellement modéré, quelles sont abordables au plus pauvre agriculteur. Nous avons chois, pour en offrir les dessins à nos lecteurs, trois des machines les plus intéressantes, ce sont le hache-paille rotatif, le concasseur français et le crible à plan incliné. Le hache-paille est d'invention anglaise, mais il a été perfectionné et grandement amélioré par M. Quentin-Durand. Il a trois lames cintrées en hélice, et montées sur un cylindre en fonte. Le tranchant de ces lames passe et glisse obliquement sur une entretoise horizontale et près de deux cylindres tournant en sens contraire, et dont l'un est cannelé. Ces cylindres servent à amener la paille sous les couteaux. Il y a un avantage bien reconnu dans l'agriculture, à hacher la paille pour en nourrir les bestiaux, et notamment les moutons, qui la mangent avec avidité dans cet état.