Chronique musicale.

Antigone, tragédie de Sophocle, traduite en vers français, par MM. Meurice et Vacquerie. Musique des chœurs par M. Mendelssohn-Bartholdy.--Les Chanteurs espagnols.

Scènes espagnoles: M. Ojéda,
mademoiselle Masson.

L'Illustration a déjà raconté par quelle série de vicissitudes a passé cette œuvre antique, et quelles épreuves il lui a fallu subir avant d'arriver devant le public, un public français du dix-neuvième siècle!

L'entreprise était hardie, et plus d'un directeur aurait reculé à l'aspect de tant de difficultés et de périls. Celui de l'Odéon s'est obstiné. Grâces lui en soient rendues! Le brillant résultat qu'il a obtenu prouve à quel point les préoccupations de l'intérêt matériel sont encore loin d'avoir éteint parmi nous le goût des plaisirs de l'esprit, le culte raisonné, sérieux, sincère de l'art.

Il eût été sans doute matériellement impossible de représenter cette simple et noble tragédie d'Antigone comme on la représentait jadis dans Athènes, et de reproduire le spectacle grec sans aucune modification. Les théâtres anciens étaient des cirques immenses, où le peuple tout entier venait s'asseoir. L'acteur se perdait au milieu de cet espace: ses traits s'effaçaient dans l'éloignement, et tous ces mouvements de physionomie, qui, chez nous, sont la source de si beaux effets, ne lui étaient d'aucun secours. Il était obligé de se grandir, de s'exagérer en tout, pour qu'il y eût moins de disproportion entre lui et les objets qui l'environnaient, le cothurne l'exhaussait de plusieurs pouces; il allongeait ses bras par des gantelets, il s'épaississait la taille, il s'affublait d'un masque beaucoup plus grand que son visage, et dont la bouche, toujours ouverte et revêtue de lames de métal, doublait la sonorité naturelle de sa voix. En un mot, l'acteur antique n'était, en réalité, qu'un grand mannequin dans lequel un homme s'enfermait pour lui donner le mouvement et la parole.

L'usage, les mœurs, et la loi elle-même, défendaient aux femmes de paraître en public sur un théâtre, et l'on peut facilement conclure de ce qui précède que l'habit et la forme du masque devaient suffire pour indiquer le sexe des personnages.

La déclamation des Grecs n'était point parlée, comme chez nous, mais chantée: elle consistait en une suite d'intonations régulières, et se développait au son de la lyre, qui en dirigeait les inflexions. C'était une sorte de récitatif qui, d'ailleurs, devait différer essentiellement du nôtre par sa marche et par son caractère. Nous savons seulement qu'il était coupé quelquefois par des ritournelles instrumentales, comme notre récitatif obligé.