Aujourd'hui, il faut l'avouer, la condition de l'homme est toute différente; son esprit, excité, stimulé par les mille merveilles qu'il voit naître autour de lui, par les découvertes qu'enfante le cerveau de chacun, son esprit est toujours en avant de ce qu'il a; il conçoit le mieux tout en ayant le bien, et sa bourse, et sa maison sont toujours ouvertes à qui vient lui apporter une idée nouvelle qui augmente ou complète son bien-être.
On se rappelle comme un rêve ou comme un épisode des romans de chevalerie les fameux éclairages des grandes salles des châteaux antiques au moyen de torches de résine que soutenaient des bras en fer sortant du mur; leur lueur rougeâtre et la fumée épaisse qui remplissait bientôt la salle et luttait avec peine contre la flamme de chênes entiers, que dévorait l'immense cheminée. C'était le luxe alors. Depuis, chaque chaumière, pour qui la torche de résine était inabordable, chaque chaumière eut sa lampe antique, où l'on brûlait une huile impure provenant de graines oléagineuses imparfaitement triturées. Ces lampes à bec allongé, à mèche ruineuse, on les voit encore dans nos campagnes.--Mais que de progrès depuis lors! combien l'éclairage a gagné! avec quelle ardeur la chimie et la physique ont concouru à en faire un des arts les plus complets! sous quelles formes brillantes et nombreuses chacun peut-il trouver l'éclairage qui convient le mieux à sa fortune: chandelle, bougie de cire, bougie stéarique, huile épurée, alcool, hydrogène, huile de schiste, gaz de houille, gaz de résine, gaz ordinaire, gaz comprimé, telles sont les diverses inventions pour lesquelles la physique et la mécanique ont de leur côté développé toutes leurs ressources.
Nous allons essayer une revue rapide de ces diverses sortes d'éclairage, et nous indiquerons, en passant, les améliorations obtenues dans chacune de ces branches.
La fabrication des chandelles en est arrivée à un point où elle n'a plus de grands progrès à faire. Les perfectionnements dont elle est susceptible tiennent d'ailleurs au mélange du suif avec des matières étrangères, telles que de la cire ou du blanc de baleine, ce qui leur donne de la consistance et en rend l'usage plus agréable. On les fabrique de deux manières, au moule ou à la baguette. Pour le moulage, on place la mèche dans un moule qu'on remplit de suif; pour le second procédé, on plonge la mèche dans un bain de suif, et on réitère cette opération jusqu'à ce que les couches de suif accumulées donnent à la chandelle la grosseur suffisante.
La cire est la matière la plus anciennement employée dans la fabrication des bougies. On la blanchit en la fondant et en l'exposant à l'air en rubans larges et minces. La plupart des bougies se fabriquent au moule comme les chandelles.
Cependant la chimie préparait, dans le silence du laboratoire, le coup le plus inattendu et le plus redoutable en même temps à tous les systèmes d'éclairage direct par les substances employées à l'état solide. On apprit, en effet, que le suif pouvait être divisé en plusieurs substances, les unes solides, cristallisables; les autres fluides à la température ordinaire. On parvint à éliminer économiquement ces dernières, et à transformer les autres en véritables bougies, douées des principales propriétés qui conviennent à l'éclairage de luxe. Telle est l'origine de la bougie stéarique, dont la fabrication est aujourd'hui une branche importante de l'industrie parisienne. Nous avons remarqué à l'exposition les produits de M. de Milly, le fondateur de la bougie dite de l'Étoile; ceux de M. Tresca, qui a créé la bougie de l'Éclipse, et ceux de divers autres fabricants, dont les bougies présentent de bonnes qualités.
Il résulte des observations faites par M. Peclet: l° que dans l'éclairage par les chandelles de six ou de huit, les dernières sont plus coûteuses que les premières pour produire la même quantité de lumière; 2º que les prétendues chandelles économiques ne le sont réellement pas, attendu qu'elles coûtent par heure plus que les chandelles ordinaires et qu'elles donnent moins de lumière; qu'elles présentent seulement l'avantage de moins couler, d'être plus sèches, plus blanches et de ne pas donner d'odeur; 3º que l'éclairage par les bougies de cire et de blanc de baleine diffère peu; que celles de blanc de baleine sont préférées à cause de leur éclat et de leur translucidité; que les bougies d'acide stéarique valent les deux autres pour l'usage, mais qu'elles sont d'un aspect moins agréable.
Les huiles les plus propres à l'éclairage sont celles qui ne sont point volatiles et qui ont la propriété de rester grasses à l'action de la chaleur, quelque prolongée qu'elle soit. Telles sont les huiles d'olive, de colza, de navette et d'œillet qui sont communément employées dans ce but. On les purifie d'ailleurs au moyen d'acide sulfurique concentré qui décompose les matières étrangères et les précipite au fond du vase où se fait l'opération.
Jusqu'en 1786 on ne s'était servi que de la lampe antique, de la lampe de campagne, dont nous avons parlé plus haut; mais à cette époque, Ami Argand fit la découverte des becs à double courant d'air, et c'est de là que datent les perfectionnements introduits dans l'éclairage à l'huile.
Les avantages du système d'Argand sont faciles à saisir: la mèche, au lieu d'être plate, est en forme de cylindre creux retenu entre deux cylindres concentriques; l'air arrive ainsi des deux côtés et sur toutes les parties de la mèche; la combustion de l'huile se fait plus rapidement; on obtient une belle lumière, il ne se vaporise que peu d'huile et on n'a ni fumée ni odeur. On augmente d'ailleurs le tirage en protégeant la flamme par une cheminée en verre.