La bello estelo, la belle étoile. L'astre radieux, porté au bout d'un bâton, guide les rois mages, lesquels ont des pantalons turcs de filasse et des couronnes dorées. Ces grands potentats sont suivis chacun d'un page, qui salue à chaque instant l'étoile par un mouvement des reins; ce geste gracieux, qu'on appelle lou réguigneau, charme d'autant plus les assistants qu'il est très-difficile à exécuter; c'est une invention chorégraphique du roi René dont la tradition est près de se perdre.

Lou juech d'oou cat, le veau d'or. Moïse s'avance; il tient d'une main une baguette et de l'autre les tables de la loi; à ses côtés marche le grand prêtre coiffé de la cédaris et portant le pectoral. Ces deux vénérables personnages cherchent à ramener les Israélites infidèles; mais ceux-ci se moquent d'eux et dansent autour du veau d'or, représenté par un matou, lequel hissé sur une planchette, au bout d'un bâton, miaule et roule des yeux effroyables à la grande satisfaction de ses impies adorateurs.

Leis tirassouns, le massacre des innocents. Hérode paraît la couronne en tête et un soleil d'or sur la poitrine; il est suivi d'un tambour, d'un porte-drapeau et d'un fusilier; une douzaine de marmots en chemise fuient devant lui. Le barbare Hérode lève son sceptre, le drapeau s'agite, le tambour bat, le coup de fusil part, et les ennemis tombent les uns sur les autres comme des capucins de carte; ordinairement, ils choisissent pour se laisser choir quelque endroit propice, un tas de boue par exemple, ou le milieu d'un ruisseau, d'où ils se relèvent aux applaudissements de la foule, crottés jusqu'à la nuque et barbouillés jusqu'aux yeux.

Leis apotros, les apôtres. Judas ouvre la marche; il tient la fatale bourse, prix de sa trahison; saint Paul le suit, portant la grande épée, instrument de son supplice; les autres apôtres viennent après avec leurs attributs et vêtus d'une dalmatique ornée de rubans; tous ont à la main un morceau de bois semblable à la batte d'Arlequin. Cette troupe de saints personnages environne le traître Judas, et le frappe sans miséricorde devant le Sauveur, qui les suit en traînant sa croix.

Lou juech deis diables, le jeu des diables. Satan et sa cour viennent en grand costume, les cornes à la tête, une fourche à la main, et des grelots à la ceinture. Le diable est marié; sa femme, représentée par quelque rustre d'une taille gigantesque et d'un affreux visage, est vêtue d'après le journal des modes. Avant, la révolution, elle portait la poudre et les paniers. On l'affubla, sous l'empire, d'une robe de satin rose et d'un chapeau à la comète. Cette troupe maudite entoure le roi Hérode et le harcèle avec ses fourches, pour venger sans doute le meurtre des innocents; le roi tâche de les écarter avec son sceptre, et fait en fuyant des bonds prodigieux. Quand il leur échappe enfin, il saute encore et célèbre en dansant sa délivrance; mais le groupe infernal ressaisit sa proie, et la diablesse cabriole alors pour marquer sa satisfaction à son funèbre époux.

L'armette, la petite âme. Un adolescent s'avance, vêtu de blanc et les cheveux épars; il tient une grande croix et l'embrasse avec ferveur, tandis qu'une légion de diables et son bon ange gardien se battent derrière lui. Les démons tâchent de l'enlever avec leurs bâtons fourchus; l'ange le défend, et reçoit sur son dos garni d'un épais coussin les coups qu'on veut lui porter; enfin l'enfer est mis en fuite, et le bon ange danse en agitant ses ailes dorées, tandis que la petite âme prie au pied de la croix.

Lei rascassetos, les lépreux. Tout le monde danse dans la pièce du roi René; le lépreux immonde danse, tandis que d'autres lépreux peignent, brossent et accommodent une grosse perruque posée sur la tête de l'un d'entre eux. La tradition n'a pas conservé l'explication de cette scène, qui fut peut-être, dans l'origine, une allégorie fine et hardie.