Après la Renommée marche en bel ordre la foule des poétiques divinités que René a naïvement costumées suivant les traditions de l'antiquité et la mode du quinzième siècle, Pluton a quelque chose des allures du diable avec sa robe noire semée de flammes et sa collerette bordée de rouge. La sombre Proserpine l'accompagne en robe de deuil, une torche à la main. Neptune et sa jeune épouse sont couronnés de roseaux et portent des habits du plus beau vert de mer. La troupe joyeuse des nymphes et des satyres entoure le dieu Pan, lequel est vêtu d'une peau de bouc et coiffé d'un petit chapeau à plumes de dessous lequel ressortent ses cornes. Le costume des autres divinités est dans le même goût: Apollon est charmant, surtout avec son rebec, dont il brandit glorieusement l'archet, et sa couronne de lauriers entremêlés de rosettes en papier rose. Le grand char qui ferme la marche porte le maître des dieux couronné d'une tiare de fer-blanc; son altière moitié trône près de lui, un bouquet de plumes de paon à la main, en guise de sceptre, ce qui nous semble une économie d'attributs tout à fait ingénieuse; Vénus et son fils sont sur le même char, environnés d'une foule de Jeux, de Ris et de Plaisirs, lesquels sont représentés par les plus déterminés polissons de la ville. La belle Aphrodise a pour sceptre un bouquet et minaude derrière un grand éventail. Enfin, derrière le char, marchent les trois livides sœurs; Ctotho tient une énorme quenouille, et Atropos, armée d'une grande paire de ciseaux de tondeur, coupe à chaque instant la ficelle que Lachésis lui tend avec un geste lugubre. Tous ces personnages sont à cheval et accompagnés de lampadophores qui portent des torches de résine dont les clartés fumeuses environnent les dieux d'une espèce de nuage.
Le Veau d'or.
|
Le prince d'Amour. |
Le Bâtonnier du roi de la Basoche. |
|
La belle Étoile. |
Les Apôtres. |
Cette étrange cohorte parcourt les rues jusqu'à minuit; c'est le triomphe des divinités païennes, la dernière de ces riantes fêtes, de ces magnifiques théoxénies dont les Grecs avaient transmis le programme aux habitants de Massilie; le paganisme régnait encore un moment dans l'antique Provence; mais au premier rayon du jour ces fantômes disparaissaient; le christianisme sortait radieux des ténèbres, et les saints personnages évoqués par le roi René commençaient à représenter les pieuses légendes de l'Ancien et du Nouveau Testament.
La reine Sabo, la reine de Saba, s'avance, entourée des dames de sa cour; elle vient, dans les atours d'une dame du quinzième siècle, visiter le roi Salomon et tâche de le séduire avec des révérences et des minauderies un peu vives pour une personne de son éminente condition. Le roi Salomon, sensible à ses grâces, danse devant elle au son du tambourin et des grelots attachés à ses jarretières, et la salue en baissant épée, laquelle est surmontée d'un petit château représentant probablement le temple de Jérusalem.
Leis chivaou frus les centaures, décorés du scapulaire de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, exécutent des manœuvres et des évolutions, et forment ainsi une espèce de contredanse, dont la mesure est marquée par les tambourins et les galoubets.