/* J'ai le roi de Sicile Vu devenir forger, Et sa femme gentille De ce propre métier, Portant la panetière, La houlette et chapeau, Longeant sur la bruyère Auprès de leur troupeau. */

Ce fut au milieu de ces délassements bucoliques que René d'Anjou imagina les jeux de la Fête-Dieu. Peintre, musicien et poète, il inventa toutes les scènes de son drame, dessina les costumes des personnages, et composa les airs naïfs qu'on joue encore aujourd'hui dans cette solennité. Cette pièce, tout à la fois profane et religieuse, n'avait pas moins de vingt-quatre actes qui se jouaient simultanément à tous les carrefours de la ville. A la vérité les acteurs étaient muets, et leur rôle se réduisait à une pantomime expressive. Ce gigantesque spectacle, qui dut paraître au monde élégant de cette époque une composition sublime, une œuvre magnifique, n'est plus aujourd'hui qu'un curieux spécimen des divertissements de la société du quinzième siècle. Du reste, la pièce du roi René a fourni une aussi longue carrière que les chefs-d'œuvre de la scène française. Jouée pour la première fois en 1162 et reprise d'année en année jusqu'en 1790, elle a eu trois cent vingt-huit représentations, sans compter quelques reprises données de loin en loin sous l'empire et sous la restauration.

Voici le programme de cette fête, dont une tradition non interrompue a conservé dans leur originalité tous les détails.

Trois personnages, choisis entre les plus considérables de la cité, représentaient les trois ordres, et présidaient, chaque année, aux jeux de la Fête-Dieu; c'étaient le prince d'Amour, pour la noblesse; l'abbé de la Jeunesse, pour le clergé; et le roi de la Basoche, pour le tiers-état. La veille de la fête, vers le soir, les bâtonniers du roi de la Basoche et de l'abbé de la Jeunesse parcouraient la ville, précédés des tambourins et des galoubets, qui jouaient l'air de la passade, et se rendaient à l'hôtel de ville pour se joindre à la procession nocturne, qu'on appelle ou qué. Cette étrange cavalcade, où figurent tous les dieux de l'antiquité païenne, met fort en relief l'érudition mythologique du roi René; l'Olympe et les Enfers y sont au grand complet. La Renommée ouvre la marche, vêtue d'une robe jaune, à travers laquelle sortent deux grandes ailes d'oie; elle porte au cou une ample fraise, et tient à la main sa classique trompette; un bonnet rouge, orné de quatre petites ailes, complète le costume de la déesse aux cent voix, laquelle, comme toutes les autres divinités, est représentée par quelque jeune garçon au teint fauve, aux traits fins et hardis, à l'air grave et malin.

Les Lépreux.

L'Abbé de la Jeunesse.