M. Sédillot, professeur à Strasbourg, envoie une note sur un nouveau procédé opératoire employé par lui pour l'ablation d'un cancer de la base de la langue. Dans le but d'éviter les inconvénients graves qui résultent des deux méthodes en usage, en opérant par la bouche ou par l'intervalle maxillohyoidien, M. Sédillot a séparé par un trait de sure les deux moitiés de la mâchoire intérieure vers la ligne médiane, et, par leur écartement, il s'est ménage un espace de 10 centimètres de large, sans intéresser aucun organe important. L'opération a été prompte, bien supportée, et neuf jours après la malade allait fort bien.
M. Feldmann, de Munich, a envoyé un nouveau mémoire sur la kératoplastie, c'est-à-dire le remplacement de la cornée devenue opaque par une cornée prise sur un autre individu.
Ses opérations, faites sur des lapins et sur des chats, ont fort bien réussi; espérons qu'on pourra quelque jour en faire l'application à l'homme.
M. Leroy d'Étiolles a lu un mémoire sur l'évacuation artificielle des débris de calculs urinaires sur leur pulvérisation; c'est au moyen d'instruments nouveaux et de son invention qu'il obtient ces résultats.
Dans la séance du 26 février, l'Académie a décerné les prix de médecine et de chirurgie pour l'année 1842 à MM. Stromeyer, Dieffenbach, Bourgery et Jacob, Thibert, Longet, Valleix, Amussat, Serrurier et Rousseau, Philippe Boyer.
Enfin, dans la séance du 18 mars, l'Académie a nommé membre correspondant pour la section de médecine et de chirurgie M. Brodie, en remplacement d'Ashley Cooper, et dans la section d'anatomie et de zoologie, M. Ch. Buonaparte, prince de Cunino, en remplacement de Jacobson.
La Fête-Dieu, à Aix, et le roi René d'Anjou.
L'institution de la fête du Saint-Sacrement ou la Fête-Dieu ne remonte qu'au treizième siècle. Ce fut une jeune fille, la bienheureuse Julienne, religieuse hospitalière du Mont-Cornillon, près de Liège, qui en eut la première idée. Un jour, ravie en extase, elle vit un croissant splendide dont la courbure avait une brèche, et il lui sembla que cette vision s'expliquait clairement ainsi; le croissant, c'était l'Église, et la brèche signifiait qu'il manquait une fête au calendrier, la fête du Saint-Sacrement. La jeune religieuse ne déclara cependant qu'après de longues hésitations l'avis qu'elle avait reçu du ciel. On trouve dans les Hollandistes le récit des tribulations qu'elle éprouva lorsque, devenue supérieure du Mont-Cornillon, elle entreprit d'accomplir sa mission, et qu'elle fit célébrer dans son monastère l'office qu'elle avait composé pour la fête du Saint-Sacrement. Soutenue par l'évêque de Liège et par quelques autres prélats contre les membres du clergé qui n'approuvaient pas les innovations en matière de culte, elle passa sa vie entière à lutter contre la persécution, et mourut âgée de plus de soixante ans sans avoir eu la satisfaction d'achever son œuvre. Une autre fille dévote, son amie et sa confidente, sœur Ève, recluse de Saint-Martin de Liège, jouit de ce triomphe; elle obtint du pape Urbain IV que la Fête-Dieu serait célébrée non-seulement dans les monastères des Pays-Bas, mais encore dans toute la chrétienté, le jeudi après l'octave de la Pentecôte.
Deux cents ans plus tard, René d'Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Sicile, de Naples et de Jérusalem, composa pour cette solennité le spectacle original qu'on appelle les jeux de la Fête-Dieu. René d'Anjou était un prince assez semblable à ce bon roi d'Yvelot, qui dormait fort bien sans gloire, sous un simple bonnet de coton; bien qu'il fût d'un grand cœur et d'un grand courage, il n'eut pas de bonheur à la guerre; le roi d'Aragon, qui avait déjà son royaume de Sicile, lui prit encore son royaume de Naples, et les infidèles n'eurent garde de lui rendre son royaume de Jérusalem. Il se résigna philosophiquement à son rôle de roi in partibus et vint tenir sa cour à Aix, l'ancienne cité romaine, la ville capitale de son comté de Provence. Ce beau pays de Provence était à peu près tout ce qu'il lui restait de ses États, et il pouvait se considérer comme le plus pauvre souverain de la chrétienté. Pourtant il protégea magnifiquement les lettres et tint une cour plus brillante que son beau-frère le roi Charles VII, que son neveu le roi Louis XI et que son gendre le roi d'Angleterre, Henri de Lancastre.
Après la mort de sa première femme, Isabelle de Lorraine, il épousa la belle Jeanne de Laval, de laquelle, disent les historiens, il était depuis longtemps et en tout honneur secrètement épris. René d'Anjou avait alors près de cinquante ans, et, d'après les portraits authentiques qui sont restés de lui, il n'était pas beau de visage. Pourtant sa nouvelle reine l'aima si tendrement, qu'elle mettait en action avec lui les galantes pastorales dont les poètes espagnols et provençaux ont donné les premiers modèles. Souvent le royal couple prenait de rustiques habits, et le bon roi René, la houlette à la main, conduisait ses petits montons dans les prairies riantes qu'arrose l'Arc. Un poète de l'époque, Georges Chatelain, a consacré ce fait dans sa chronique en vers: