Le vagabond.
Il y a des maisons de dépôt pour les mendiants condamnés; il n'y en a pas pour l'ouvrier qu'une maladie ou que le manque d'ouvrage laisse sans ressources, et place en état de vagabondage. La misère honnête n'est point un titre suffisant pour obtenir un lit et un morceau de pain dans une maison d'asile: cette faveur ne s'accorde qu'aux prévenus qui ont mendié: c'est une prime réservée au délit de mendicité.
Mais une nouvelle catégorie de prévenus vient s'asseoir sur la fatale sellette. Ce sont les voleurs, race nombreuse d'industriels vivant aux dépens du prochain, et qui, dans ce siècle de classifications et de spécialités, se subdivise en mille espèces variées.
Un statisticien prétend qu'à Paris il y a chaque matin vingt mille individus qui se lèvent sans savoir comment ils feront pour dîner. Or, le soir arrive, et ces vingt mille individus ont dîné. Ce qui établit une balance de vingt mille vols par jour et d'autant de dupes. Vous m'objecterez peut-être que les agents n'arrêtent pas vingt mille voleurs par vingt-quatre heures: non, certes; ils en arrêtent tout au plus dix ou douze. S'ils les prenaient tous en un jour, où les mettrait-on?
Costume du Jeune détenu.
Le Ban rompu.
Et puis, le lendemain de cette immense capture, qu'auraient donc à faire ces estimables protecteurs de la sûreté publique? ils se croiseraient les bras et verraient leur brigade éclaircie faute d'occupation. Au lieu qu'en ménageant économiquement les arrestations, ils se maintiennent dans un état d'utilité permanente, et fournissent aux prisons et aux tribunaux le contingent nécessaire. Il y a bien, au résultat, quelques vols de plus, mais cela ne fait de mal à personne, excepté aux personnes volées. Après tout, il faut que tout le monde vive.
Mais n'oublions pas que nous sommes à la sixième chambre, que les voleurs arrêtés sont assis sur le banc. Tâchons de nous instruire de leurs divers moyens d'opération, afin de pouvoir protéger nos poches contre leurs habiles tentatives.