Vase en porcelaine, style Louis XV,
de la fabrique de M. Talmoure,
procédés de M. Discry.
Flacon en porcelaine, imitation
chinoise, de la fabrique de M.
Talmoure, procédés de M. Discry.
Les fonds de couleur sur porcelaine, dite au grand feu, sont une des parties les plus délicates de l'art du porcelainier. On entend par là les couleurs brillantes qui, cuites et identifiées avec la couverte ou vernis de la porcelaine, sont susceptibles d'être dorées aussi brillamment et aussi solidement que la porcelaine elle-même. Jusqu'en 1835, on n'avait que deux belles couleurs de fonds au grand feu, le bleu de cobalt et le vert de chrome; maintenant on en a plus de dix, grâce aux nouveaux procédés de M. Halot et de M. Discry. Ils sont arrivés à placer leurs couleurs sur la pièce avant qu'elle soit cuite; ils la recouvrent de l'émail feldspathique, et ils unissent ainsi, par un seul feu, la porcelaine et la couleur avec le vernis. Ce procédé est à la fois économique et donne des fonds très-glacés, très-solides et très-égaux. Un autre procédé consiste dans l'application d'un corps gras sur les places dites réserves, destinées à recevoir soit une autre couleur, soit des peintures diverses.
Au jugement du jury de 1839, M. Discry excelle dans la composition des fonds, la pose des couleurs par immersion et la formation des réserves. Cette année, l'exposition de M. Talmoure prouve que la fabrication n'a pas dépéri entre ses mains. Nous donnons à nos lecteurs un vase, style Louis XV, qui est d'une belle exécution, un flacon, imitation de boccaro chinois. Mais la pièce capitale est un grand vase de porcelaine, monté en bronze doré, exécuté par M. Lerolle. Et, à propos de ces derniers fabricants, qui avaient été si honorablement remarqués à l'exposition de 1831, nous demanderons comment il se fait qu'ils ne paraissent cette année que sous le patronage d'un fabricant de porcelaines, et nous regrettons qu'ils n'aient pas cru devoir affronter par eux-mêmes et pour leur propre compte le jugement du public et du jury.
Bulletin bibliographique.
Hegel et la Philosophie allemande, ou Exposé et Examen critique des principaux systèmes de la Philosophie allemande depuis Kant, et spécialement de celui de Hegel; par A. Ott, docteur en droit, 1 vol. in-8.--Paris, 1844. Joubert, 7 fr.
Si nous en croyons M. Ott, la philosophie allemande ne tend à prendre en France une autorité de plus en plus grande que parce qu'elle y est très-imparfaitement connue. Que l'enveloppe mystérieuse qui la dérobe encore aux regards de la plus grande partie de ses concitoyens soit levée, le prestige dont elle est environnée tombera bien vite, et chacun appréciera à leur juste valeur ces idées que tant de personnes prônent sans les avoir suffisamment étudiées. Aussi l'ouvrage qu'il vient de publier a-t-il pour but d'en donner une notion plus véritable, et de mettre le public français à même de les juger en pleine connaissance de cause.
«Notre intention, dit-il, n'est donc pas de propager parmi nous la philosophie allemande, mais seulement de la faire connaître. Nous ne voulons nullement ravaler les travaux scientifiques de l'Allemagne, ni méconnaître la puissance de ses penseurs; mais autre chose est d'admirer la hardiesse d'un système, l'effort intellectuel qui l'a engendré, l'enchaînement rigoureux dont il se compose; autre chose est d'en accepter le point de départ, la méthode et les résultats. La philosophie allemande n'est pas un fait isolé dans l'histoire moderne; elle est l'expression de l'esprit même du peuple allemand, de ses croyances religieuses, de ses tendances morales. Ces tendances ne sont pas celles de la France. La France est une nation catholique; chez elle prédominent les sentiments d'unité, les idées sociales. Dans les croyances françaises, l'individu est subordonné à la société; le mot n'est qu'un point de la circonférence; la raison de chacun doit se soumettre à la raison de tous. L'Allemagne, au contraire, est la patrie du protestantisme, de l'esprit de division et de séparation; chez elle le moi s'est fait centre, la raison individuelle ne reconnaît aucune autorité supérieure, le point de vue individuel domine le point de vue social. A ces deux tendances répondent deux philosophies, mais deux philosophies opposées, contradictoires que jamais on ne parviendra à concilier. Or, c'est à l'avenir de décider quelle tendance prévaudra de la tendance française on de la tendance allemande. Ce sera l'une ou l'autre, mais certainement pas toutes les deux. Pour nous, qui croyons notre pairie dans la bonne voie, nous lui souhaitons d'y persister et de rester fidèle à sa tradition, dont l'abandon serait une renonciation au principe même de sa nationalité.»