M. Ott nous a fait connaître lui-même le but et reprit de son ouvrage; disons maintenant quelle méthode il a suivie pour initier ses lecteurs à la philosophie allemande. Selon lui, il ne devait pas écrire une histoire de cette philosophie, et analyser avec le même soin tous les systèmes qui ont paru depuis Kant. La plupart de ces systèmes, après avoir brillé un moment, ont disparu, et n'offrent plus aujourd'hui qu'un intérêt purement historique. Les maîtres de la philosophie allemande, ceux qui l'ont conduite au point où elle se trouve, sont en petit nombre: c'est Kant, Fichte, Schelling et Hegel. «Or, dit encore M. Ott, la valeur personnelle de ces hommes était mise de côté, leurs doctrines n'ont plus, à l'époque actuelle, une importance égalé. De Kant et de Fichte, il n'est resté que les principes généraux, les données qui ont servi à leurs successeurs. Schelling a soumis son système à une refonte complète. Hegel est le seul qui soit debout aujourd'hui; il est le seul aussi dont l'école manifeste encore de la vie et de l'activité, et dont les idées exercent une influence directe sur le mouvement actuel de la philosophie. C'est donc le système de Hegel qui forme le sujet principal de notre travail.» L'ouvrage de M. Ott se divise en trois parties, précédées d'une introduction, et suivies d'une conclusion.

Dans l'introduction, M. Ott expose d'abord la partie substantielle des doctrines de Kant, de Fichte et de Schelling, ce qui est, est resté dans la philosophie allemande; puis il examine l'ensemble des principes de Hegel de manière à donner en même temps une idée générale du système, et à préparer le lecteur à l'analyse proprement dite des ouvrages de l'auteur.

Cette analyse forme les trois parties du livre, qui ont pour titres; La Logique, la Philosophie de la Nature et la Philosophie de l'Esprit. M. Ott suit ainsi l'ordre et les divisions adoptées par Hegel dans son Encyclopédie.

La conclusion est intitulée: État présent de la Philosophie en Allemagne. Après avoir affirmé que le système de Hegel, qu'il vient d'analyser, a clos la série des doctrines philosophiques engendrées par le protestantisme allemand, M. Ott se demande quel est le fruit de cette science tant vantée, quel est le résultat on a abouti ce développement qui a trouvé de si nombreux admirateurs. Dans son opinion, et sa conclusion n'a d'autre but que de prouver qu'il a raison de penser ainsi, «Ce résultat est la confusion universelle. Toutes les théories, toutes les doctrines, tous les systèmes qui, depuis Kant, se sont élevés en Allemagne, se sont mêlés et amalgamés dans une logomachie sans nom. Les idées ont perdu leur valeur, les mots ont perdu leur sens; on se parle sans s'entendre, et c'est en vain que chacun espère faire taire les autres en criant plus fort qu'eux. Toutes choses sont remises en question; partout est la discussion et la controverse, et des brochures innombrables alimentent sans cesse cette ardeur de disputer qui s'est emparée de tous. De ce choc des opinions contradictoires, il résulté que nulle conviction générale ne peut se fonder, et qu'il ne reste en partage au public que le doute et l'incertitude. Telle est, dit M. Ott en terminant, la situation que la philosophie protestante a faite de l'Allemagne savante. Il suffira de la connaître et d'en apprécier les causes, pour repousser les idées qui l'ont produite, idées étrangères, dont l'importation dans notre patrie procurerait aussi peu de profit que d'honneur.»

Histoire des Peuples du Nord, par Henry Wheaton, membre correspondant de l'Institut de France, ministre des États-Unis d'Amérique près la cour de Prusse; traduit de l'Anglais par Paul Guillot, avocat à la cour royale de Paris. 1 vol. in-8, LXI et 583 p., augmenté de cartes, inscriptions et alphabet runiques.--Paris, 1844. Marc-Aurel et Hachette. 11 fr.

La littérature du Nord n'a pas été sans participer au mouvement que le dix-neuvième siècle a imprimé aux études historiques. De grands et importants travaux ont été entrepris, et se continuent chaque jour pour nous révéler les annales d'une contrée dont les habitants occupent, par leurs conquêtes et leurs expéditions aventureuses, une si grande place dans l'histoire du moyeu âge. Il nous suffira, dès à présent, de citer les remarquables travaux de Gejer, de Rask, de Rafu, de Müller, de Finn-Magnussen, et d'autres encore dont la science et le zèle infatigable ont tant contribué à faire connaître à l'Europe les faits et gestes des nations Scandinaves.

Jusqu'ici, cependant, nous devons dire que la France était restée un peu en dehors du mouvement général. Les ouvrages publiés sur le Nord se bornaient, à très-peu d'exceptions près, à des écrits de touristes qu'on pouvait considérer comme d'agréables impressions de voyage, mais auxquels on ne pouvait accorder la confiance que doit commander toute œuvre scientifique. C'est dire assez que nous ne devons point ranger dans cette catégorie l'Histoire des Peuples du Nord que vient de publier M. Wheaton. Ancien ministre des États-Unis à Copenhague, nul n'était mieux placé que lui pour puiser aux sources officielles, et s'éclairer par ce contact des savants, qui, les premiers, avaient mis en lumière les titres jusqu'alors égarés on enfouis dans l'histoire Scandinave.

L'ouvrage de M. Wheaton comprend l'histoire des Danois et des Normands, depuis les temps les plus reculés jusqu'à la conquête de l'Angleterre par Guillaume de Normandie, et du royaume des Deux-Siciles par le fils des Tancrède de Hauteville.

Tout ce qui intéresse la vie des peuples du Nord pendant cette longue période de temps se trouve consigné dans le livre de M, Wheaton, et nous devons avouer que ce n'était pas une tâche toujours facile de mettre un peu d'ordre et de clarté dans le récit d'événements où tant de peuples, les Danois, les Norvégiens, les Islandais, les Suédois, les Anglo-Saxons, etc., sont toujours en contact, de faire la part de l'histoire et celle des traditions mythologiques qui ont régné en Scandinavie après même l'introduction du christianisme. L'auteur a porté beaucoup de méthode dans cette partie du son œuvre; l'étude approfondie qu'il a faite des matériaux indigènes lui a permis d'aborder plusieurs points de critique historique, et parfois de les décider.

L'histoire des races du Nord a pour les hommes sérieux un intérêt d'autant plus vif, qu'elles se trouvent mêlées à tous les grands événements de cette époque, en contact avec tous les empires. Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus dans leurs guerres avec la France et l'Angleterre, jusqu'au moment où Rollo se fut fait donner le duché de Normandie, et où Guillaume le Bâtard se rendit maître de l'Angleterre; conquérants dans le royaume des Deux-Siciles, gardes du corps à Constantinople, pirates ou aventuriers sur toutes les mers, on trouve partout des traces de leur passage. Doit-on s'étonner après cela que les Scandinaves, en rapports continuels pendant plusieurs siècles avec les peuples de l'Europe centrale et méridionale, leur aient communiqué une partie de leurs mœurs, de leurs usages, de leurs lois, quelquefois même aient influé sur leur idiome. L'Angleterre, notamment, conserve même aujourd'hui les traces de sa fusion avec la race normande.