En un mot, il nous semble que madame Sand ne prend plus guère la plume sans se promettre de réformer ou de constituer des systèmes importants dans les idées sur lesquelles vivent les sociétés; mais c'est de ses derniers écrits qu'on peut dire avec justesse ce qu'elle disait des premiers: Ils ne concluent rien. Pleins d'action, de mouvement et de vie, les romans de la première période de madame Sand comportaient l'enseignement moral, philosophique, si l'on veut, qui est au fond de tout acte humain; tandis que ses ouvrages postérieurs, qu'il serait très-difficile de classer dans aucune catégorie de genre distinct, ne produisent guère sur l'esprit qu'un effet de confusion, de vertige, de fatigue et de doute. Ainsi, bizarre phénomène non prévu par l'auteur sans doute, on peut dire qu'il prouvait très-clairement autrefois des choses auxquelles il ne pensait pas, et que, depuis qu'il a la prétention d'enseigner et de démontrer, il jette ses lecteurs dans un chaos fantastique au milieu duquel il est impossible de rien voir.

En essayant d'exprimer des idées fort obscures en elles-mêmes et assez mal définies dans son esprit peut-être, madame Sand a perdu, par intervalles, plusieurs des qualités de son beau talent. Parfois, son style si brillant s'est terni et a manqué de la vivacité, de l'énergie et du la précieuse clarté qui, d'ordinaire, le caractérisent. Nous devons cependant excepter Spiridion, qui, tout en méritant, par le fond, les critiques que nous avons adressées en général à la seconde série des ouvrages de l'auteur, peut être considéré, d'un bout à l'autre, comme une magnifique et sévère étude du style dont on ne s'aviserait jamais de faire honneur à une femme.

Mais il est temps de fermer les livres de madame Sand, auxquels nous nous proposons de consacrer prochainement un examen plus attentif, pour arriver à un dame qui a pris rang parmi les écrivains qui font le plus impitoyablement gémir la presse.

MADAME DE GIRARDIN.

Lorsqu'on a à exprimer un jugement sur les femmes de lettres, il est fort difficile, de concilier les devoirs de la critique avec les égards qu'on doit à un sexe auquel nul n'accorde plus de respect sincère que nous. Pour trouver le courage nécessaire à l'accomplissement d'une pareille tâche, nous avons besoin de nous répéter sans cesse que les femmes qui écrivent pour le public renoncent, pour ainsi dire, volontairement à leur sexe, et qu'en parlant de chacune d'elles ici, nous faisons entièrement abstraction de la femme, pour ne considérer que l'écrivain.

Madame de Girardin, alors mademoiselle Delphine Gay, commença à écrire dans les premières années de la restauration. Nous pouvons, sans trop d'indiscrétion, et peut-être même devons nous dire qu'elle était belle; car il n'y avait dans le monde qu'une voix pour proclamer, chez la jeune débutante, une beauté et un talent qu'elle-même chanta en vers harmonieux, et qui se rendirent de mutuels services. Ce n'était pas trop de ce double don du ciel pour réaliser les grandes choses que mademoiselle Delphine Guy s'était imposées de bonne heure, et dont elle traçait en ces termes le programme à sa jeune ambition:

Mes yeux entrevoyaient la gloire sans effroi,

D'un orgueil inconnu je me sentais saisie:

Guide-moi, m'écriai-je, ô toi qui m'as choisie;

Protège de mon cœur la pure ambition;