On verra l'imposteur trembler devant ma lyre;
L'opprimé, qu'oubliait la justice des lois,
Viendra me réclamer pour défendre ses droits;
Le héros me cherchant, au jour de sa victoire,
Si je ne l'ai chanté doutera de sa gloire
Les autels retiendront mes cantiques sacrés,
Et fiers, après ma mort, de mes chants inspirés.
Les Français me pleurant comme une sœur chérie,
M'appelleront, un jour, muse de la patrie.
Ce passage est extrait d'une ode intitulée la Vision, où mademoiselle Delphine Gay célébrait, avec une exaltation de sentiment monarchique vraiment religieuse, le sacre de Charles X. Pour bien comprendre ce passage, il est indispensable de savoir que l'invocation qu'il renferme s'adresse à Jeanne d'Arc, vis-à-vis de laquelle notre jeune muse ne s'en tenait pas à l'hommage d'une admiration banale, mais qu'elle avait prise si sérieusement pour modèle, qu'elle voulait, au risque d'expier même gloire par même supplice, accomplir avec la plume la mission remplie avec l'épée par la pure et sublime héroïne qui sauva la France. Heureusement, si les beaux dévouements sont de tous les temps, le martyre brutal qui a terminé la carrière de Jeanne d'Arc n'est plus guère dans les mœurs du nôtre; en sorte que, si jamais la France peut associer Jeanne d'Arc et madame de Girardin dans sa reconnaissance, nous pouvons espérer qu'elle n'aura pas à les associer dans l'amertume de ses regrets.